Cours n°4 - Peut-on attribuer un sens A l'Histoire ?
Plan de l'article
Notre existence se déroule dans l’Histoire. L’Histoire humaine se déroule au cours du temps et elle comprend la succession des changements qui ont affecté notre espèce dans son mode d’existence.
L’Histoire a une importance décisive pour notre espèce car elle s’est produite au cours du temps. Cependant, nous n’avons pas toujours une connaissance claire de notre passé ; ce que nous savons est souvent sujet à discussion et il nous ait souvent difficile d’arrêter le sens de l’Histoire. Peut-on lui attribuer un sens ? Cette question a d’autant plus d’importance que les penseurs du XIXe siècle ont cru pouvoir déterminer le sens d’une Histoire universelle c'est-à-dire d’une Histoire commune à tous les hommes. A partir de cette prétention, on a cru pouvoir orienter le cours de l’Histoire humaine et hâter sa progression vers le bonheur.
Les historiens étudient le déroulement de l’Histoire humaine. Ils essaient de parvenir à une connaissance objective de notre passé. Pour l’historien français, Henri-Irénée Marrou, l’Histoire est une connaissance du passé et il attribue une valeur scientifique à l’Histoire qu’il écrit.
l. 1 à 4 : l’Histoire est la connaissance du passé
Il définit l’Histoire comme une forme de connaissances c'est-à-dire qu’il pense qu’elle a une objectivité. Il veut donc la distinguer de jugement sur le passé qui serait arbitraire ou fictif. L’historien ne juge pas le passé, il déploie une méthode dont le but est de lui permettre de connaître le passé.
l. 5 à 12 : l’Histoire, un acte de connaissance
L’historien doit produire une œuvre écrite qui est le résultat de ses recherches mais il ne faut pas le confondre avec un écrivain ou avec un conteur. L’historien n’a pour but de produire une œuvre qui serait jugée pour ses qualités esthétiques. Les écrits sont seulement un moyen de faire connaître son travail de recherche et ils sont complètement distincts de ce travail. Le travail de l’historien n’est pas d’écrire une œuvre littéraire.
l. 13 à fin : Histoire et vérité
L’Histoire est connaissance du passé car elle prend pour règle la vérité. L’historien s’efforce d’établir des faits et il essaie de s’écarter de tout travail fictif ou de toutes entreprises idéologiques (Hannah Arendt). Cependant, la recherche de la vérité reste un idéal. L’historien s’efforce de l’atteindre et progresser vers elle mais aucun travail de recherche ne peut prétendre l’avoir définitivement atteinte.
L’historien apparaît donc comme une science qui cherche à établir une vérité et qui est capable d’objectivité. Cette dernière provient d’une méthode mais est-elle suffisante pour corriger la subjectivité qui est celle de l’historien. Malgré ses efforts, l’historien ne cesse pas d’être un homme et d’adopter des points de vue sur le passé qui lui sont propres.
B - La subjectivité de l’historien
Paul Ricœur (1913-2005) s’est intéressé à l’importance de l’Histoire pour les êtres humains et dans ce texte, il présente une synthèse sur la question de la subjectivité de l’historien. Il rappelle brièvement que cette question est une vieille question et que notre position a changé à propos de la subjectivité. Aujourd’hui, on estime que la subjectivité est une condition nécessaire pour construire une étude objective de l’Histoire.
l. 1 à 9 : un rôle pour la subjectivité
Au XIXe siècle, l’Histoire a une période positiviste. Les historiens ont pensé qu’il était possible de connaître le passé de manière scientifique en prenant pour modèle les sciences de la nature. Leurs méthodes consistaient à opérer une critique des sources dans le but de vérifier leur authenticité. Cette critique devait permettre d’établir un discours qui excluait la subjectivité. Par la suite, les historiens ont changé leur conception au sujet de la méthode à suivre. La critique des sources est nécessaire mais contrairement à l’idée des positivistes, il est aussi nécessaire de choisir ce que l’on étudie. Il n’est pas possible à un être humain de tout étudier ; il doit donc faire des choix et dans son domaine il doit présenter ses travaux de manière à faire apparaître ce qui est important et donc choisir de rejeter dans l’ombre certains évènements.
Enfin, l’historien doit avoir une sympathie pour l’époque qu’il étudie. De cette façon, il parvient à fixer son attention sur ce passé. C’est pourquoi, il faut utiliser sa subjectivité pour connaître.
l. 10 à 19 : le double « moi » de l’historien
Le métier d’historien éduque la subjectivité de l’historien. Il apprend à étudier le passé, à l’imaginer, à avoir une sympathie pour lui en faisant son travail de recherche. Il assoie sa subjectivité et sa raison. Il fait donc passer une ligne de partage à l’intérieur de lui-même si bien que Ricœur parle d’un « moi » de recherche d’un « moi » pathétique. Celui-ci ne se soumet pas à la raison qui cherche à connaître ce passé. Il produit des jugements d’ordre affectif qui sont des réactions. C’est ce « moi » qu’il s’agit de mettre côté.
l. 19 à fin : mettre en parenthèse la subjectivité quotidienne
Le « moi » pathétique de l’historien doit être mis de côté car il est à l’origine de jugements de valeurs qui peuvent fausser le travail de l’historien. Il doit s’appuyer sur sa raison pour faire une véritable enquête au sujet du passé même s’il ne doit pas abandonner complètement l’imagination et le sentiment.
La subjectivité n’empêche pas l’historien d’étudier l’Histoire. Son étude n’est pas arbitraire. L’historien utilise son imagination ou son affectivité pour mieux comprendre le passé. Il expose ses résultats dans des ouvrages composés à l’aide de raisonnements. Dans la mesure où il s’appuie sur des sources précises et où il explique les questions qu’il se pose au sujet du passé, son travail peut atteindre une objectivité. En publiant ses travaux, il les soumet à la critique des autres historiens qui peuvent à leur tour suivre sa démarche pour l’accepter ou la refuser. Son objectivité s’appuie sur la critique des sources, l’explicitation de sa démarche et la discussion au sujet de ses résultats avec d’autres historiens. Dans ces conditions, l’Histoire peut être une science.
II - Peut-on faire usage de l'Histoire ?
L’Histoire cherche à avoir une connaissance objective du passé ; mais notre rapport au passé n’est pas toujours objectif. Nous en conservons aussi la mémoire. La mémoire du passé le déforme souvent. Elle retient des évènements et peut grossir leurs sens. Dans le cas d’une mémoire collective, cette mémoire peut créer des points de rassemblements. D’un point de vue individuel, la mémoire peut de la même façon retenir des évènements auxquels on prête un rôle fondateur pour notre personnalité.
La mémoire joue un rôle important car c’est souvent par son intermédiaire que nous nous rapportons au passé. On peut se demander si elle ne nous aide pas à définir un usage du passé pour nous aider à agir et à construire notre existence présente.
A - Peut-on tirer des leçons du passé ?
Machiavel (1469-1527) pensait qu’il était possible d’agir dans l’Histoire de manière efficace. Les hommes d’action ont besoin de prendre des modèles dans le passé pour apprendre à agir efficacement. Ils doivent donc avoir une connaissance de l’Histoire. Mais cette connaissance se concentre sur des figures particulières qui peuvent leur fournir des modèles à imiter. Ils ne cherchent pas à avoir une conséquence complète et entièrement objective du passé. Il s’intéresse seulement aux leçons qu’ils peuvent tirer du passé.
l. 1 à 8 : des exemples à imiter
Il s’intéresse aux différentes façons d’accéder au pouvoir lorsque l’on n’appartient pas aux classes dirigeantes et que l’on n’est pas aidé par la chance. Dans ces cas, l’ascension au pouvoir repose entièrement sur les aptitudes de l’individu. On peut donc apprendre, en étudiant le passé, comment des hommes qui étaient dans cette situation ont fait pour accéder au pouvoir. On essaie d’apprendre qu’elles ont été leurs techniques. Ils fournissent donc des modèles à imiter. Machiavel sous-entend qu’il est possible de répéter leurs actions et par conséquent que certaines situations historiques peuvent se répéter.
l. 9 à 21 : l’exemple d’Agathocle
Agathocle parvient au pouvoir par ses propres moyens grâce à son courage. Il commet des crimes pour y parvenir mais Machiavel n’exerce pas de jugement moral sur ces actes ; il s’intéresse seulement à leur efficacité. Agathocle lui fournit l’exemple d’un individu qui sait réaliser ses buts dans l’Histoire. Il y a donc quelque chose à apprendre de lui.
l. 21 à fin : un exemple à suivre
Agathocle n’est pas un homme vertueux. Les actes sont condamnables mais du point de vue de l’efficacité de ses actions, il y a une certaine grandeur. Machiavel est attentif à cette grandeur même s’il reconnaît que les crimes d’Agathocle l’empêchent d’être un homme d’excellence. Il a réussit à agir dans l’Histoire c'est-à-dire à la plier à sa volonté. Il montre donc que les individus peuvent avoir la force d’inscrire leurs actes dans le cours de l’Histoire.
Machiavel présente une conception de l’Histoire dans laquelle les situations historiques peuvent se répéter. Pour cette raison, l’Histoire peut fournir des modèles qui peuvent nous aider à agir aujourd’hui. Mais, ce sont les hommes d’action qui cherchent de tels modèles dans le passé et on peut se demander si tous les individus peuvent tirer de telles leçons du passé.
B - Faut-il oublier l’Histoire ?
Les hommes ont intérêt à cultiver une mémoire du passé car ils peuvent trouver dans le passé un modèle pour leurs actions présentes. Cependant, une référence constante au passé peut finir par étouffer les actions individuelles. Notre rapport au passé doit mêler une part de mémoire et une part d’oubli. La mémoire permet de conserver des éléments du passé qui peuvent servir de modèles ou qui peuvent assurer un lien entre notre présent et notre passé. La plus grande partie du passé est vouée à l’oubli.
Nietzsche a insisté sur l’importance de l’oubli. Selon lui, oublier le passé est nécessaire à la vie.
l. 1 à 8 : oubli et bonheur
Il associe le bonheur et l’oubli. Pour être heureux, il faut se concentrer sur le moment présent. Il faut rejeter dans l’oubli, le malheur qui jalonne l’Histoire et ne pas de faire de souci dans l’attente d’un futur qui peut être inquiétant. L’oubli est une condition du bonheur car il permet de rester aux sensations présentes qui peuvent être une source de grande satisfaction. Sans cette expérience, il est impossible d’avoir une idée du bonheur et donc d’agir pour le réaliser. Si les hommes veulent être heureux, ils ne doivent pas conserver de manière excessive la mémoire de leur passé.
l. 8 à 13 : les dangers de la mémoire
Un homme qui se souviendrait exactement de tout le passé aurait pour conception de l’Histoire le devenir : il percevrait le changement en toutes choses, il deviendrait incapable de distinguer l’importance de différents évènements et il verrait seulement que les actes les plus héroïques comme les actes les plus lâches sont l’affaire d’un instant et sont voués au néant. Les actions humaines cesseraient d’avoir un sens et une importance à ses yeux et il lui serait totalement impossible de valoriser la moindre action humaine.
l. 13 à 23 : oublier pour vivre
L’oubli paraît nécessaire à la vie. Il a sur elle un effet : il lui permet de se développer. Sans oubli, il semble impossible d’agir car on perd toute confiance dans les actions humaines. Si les hommes sont capables de survivre et de créer des civilisations c’est parce qu’ils sont capables d’oublier.
Nietzsche associe l’oubli de l’Histoire à la capacité d’agir. Mais, cet oubli ne peut pas être complet car sans mémoire du passé, les hommes ne peuvent plus avoir d’existence culturelle. S’ils vivaient simplement dans l’instant, ils leurs seraient impossible de développer le type d’existence qui leur est propre. Nietzsche veut seulement combattre l’excès d’Histoire. Il pensait que les êtres humains devaient se rapporter à l’Histoire selon trois formes de mémoires. La première c’est l’Histoire monumentale : elle permet aux hommes d’action de trouver un modèle dans le passé. La seconde est l’Histoire traditionnelle : elle incite les hommes à conserver les habitudes qui viennent dans leur passé et elle peut conduire à un conservatisme dangereux. La troisième est l’Histoire critique. Elle consiste à juger le passé et à rejeter ce que l’on ne veut pas conserver. Ces trois rapports au passé peuvent consister chez un même individu ou chez un même peuple. Nietzsche ne refuse donc pas une certaine conservation du passé.
C - Une exigence d’Histoire
Sans tomber l’excès que Nietzsche dénonce, il peut paraître nécessaire d’étudier le passé. Le travail des historiens qui vise à une connaissance a pour but de sortir d’une mémoire qui serait seulement subjective. Dans certains cas, cette exigence est nécessaire. Le passé est fragilisé car il existe seulement à travers les sources et les sources peuvent être modifiées.
Certains individus ou certains Etats peuvent avoir intérêt à transformer la mémoire que l’on a du passé. Pour lutter contre cette entreprise, le travail des historiens est nécessaire car ils apportent une objectivité.
l. 1 à 15 : propagande
Kundera est un romancier tchèque. Dans ce texte, il raconte le début de la Bohême communiste. Il montre comment l’Etat se sert d’un évènement pour constituer une mémoire collective. Il utilise une photographie et il l’imprime dans tous les manuels pour marquer les mémoires. Il y a une véritable propagande.
l. 16 à 20 : changer le passé
L’Etat se donne le droit de changer le contenu des sources pour récrire l’Histoire selon sa conception. Dans l’exemple que donne Kundera, l’un des personnages disparait des photographies. Contre de telles manipulations, seul le travail des historiens peut rétablir la vérité. Ils confrontent les sources, ils essaient d’établir leur authenticité et à partir de là ils sont en mesure de déceler les manipulations.
Les historiens peuvent donc contribuer à établir la vérité au sujet de l’Histoire. Ils ne doivent pas toujours se battre contre des Etats. Ils peuvent avoir à le faire pour établir des vérités que certains mouvements vont nier. C’est le cas des travaux de Vidal-Nacquet qui a lutté contre les thèses révisionnistes de Faurisson. Vidal-Nacquet a démontré à partir d’une étude minutieuse des sources que les nazis avaient réellement fait usage des chambres à gaz. Il a aussi expliqué comment leurs façons de cacher la réalité dans leurs documents a permis aux révisionnistes de trouver des arguments. Les travaux de Vidal-Nacquet ont permis de ne plus avoir aucun doute sur l’existence des chambres à gaz.
III - Un sens à l'Histoire ?
L’historien peut parvenir à donner un sens objectif au passé grâce à son étude. Il peut corriger des déformations de la mémoire. Mais, malgré tout, son interrogation part du présent. Elle est suscitée par les problèmes présents et l’étude du passé n’échappe pas malgré tout à une certaine subjectivité. On peut donc se demander s’il est possible de donner un sens à l’Histoire en échappant à toute subjectivité.
Autrement dit, peut-on connaître le sens de l’Histoire ou bien en reste-t-on toujours à une interprétation ?
A - Le déterminisme historique
Pour connaître le sens de l’Histoire, il faut comprendre la logique du processus historique et il faut supposer qu’il existe une telle logique. Cette logique consiste à penser qu’il existe un sens par delà des évènements qui peuvent sembler par eux-mêmes chaotiques. Cette logique pense que les évènements historiques se suivent nécessairement : on peut parler d’un déterminisme historique ce qui signifie que les évènements historiques sont produits par des causes dont les effets sont nécessaires.
Il n’y a pas de liberté face au cours de l’Histoire et il doit être possible de comprendre qu’elles sont les lois qui engendrent l’Histoire pour éventuellement s’en rendre maître et gagner une liberté. Marx a été un grand penseur du déterminisme historique. Il pense que l’élément moteur de l’Histoire se situe dans des conditions matérielles ce qui le distingue de Hegel qui plaçait ce moteur dans l’idée.
l. 1 à 9 : un déterminisme
Il affirme le caractère déterminé et nécessaire de notre existence sociale. La société se structure autour des rapports de production qui vont déterminer les relations sociales sans que les individus puissent avoir un pouvoir sur ces structures. Les individus les subissent. Il explique que la base structurelle repose sur l’économie. Les rapports de production sont à l’origine des édifices sociaux. Une superstructure est produite par ces rapports de production c'est-à-dire que ces rapports vont appeler un droit et un type de gouvernement. Par exemple, on peut penser que l’apparition d’un libéralisme économique a favorisé le type de droit et de gouvernement qui existe dans les démocraties libérales. On peut aussi penser que le processus actuel de mondialisation est responsable des difficultés que semblent connaître l’Etat-nation.
l. 10 à 13 : la conscience individuelle
Marx inverse l’opinion commune. Il pense que pour connaître une conscience individuelle, il faut étudier le milieu économique et social où l’individu a été formé. Ce ne sont pas les idées d’un individu qui vont influencer ce qu’il est mais ce sont les manières d’être, les prises de positions de son milieu c'est-à-dire un être social et économique qui influence la conscience qu’un individu a de lui-même.
l. 13 à 20 : les contradictions, moteur de l’Histoire
Il pense que les transformations historiques sont causées par des contradictions qui apparaissent à l’intérieur de la structure économique. Les forces productives se trouvent soudain arrêtées dans leurs progressions par des rapports de productions qui deviennent des freins à leur développement. Le droit, la forme de gouvernement, ne peuvent plus accompagner l’essor de l’économie. Cette contradiction doit nécessairement conduire à une transformation radicale de la structure sociale. Les nouveaux rapports qui sont exigés par les forces productives vont donner naissance à des formes nouvelles de droit et de gouvernement. Par exemple, la Révolution Française met fin à la société d’Ancien Régime et aux corporations.
l. 21 à 31 : connaître l’Histoire
Il est possible d’avoir une connaissance des processus historiques en étudiant les contradictions. Cette étude doit être quantifiée et elle doit porter sur la base matérielle de la société plutôt que sur les idées car les idées ne rendent pas bien compte de ce qu’est une société. Il pense les représentations sociales de la même façon qu’il a pensé la conscience individuelle. Au XXe siècle, les historiens ont insisté sur la nécessité de faire une Histoire des idées. Ils se sont opposés à une Histoire de type marxiste.
l. 31 à fin : le mouvement de l’Histoire
Marx pense le processus historique. Il explique qu’une société se développe entièrement avant de disparaître. Elle donne naissance à des forces qui sont responsables de sa disparition. Il y a une continuité dans l’Histoire. La nouveauté s’explique toujours à partir de ce qui la précède. C’est pourquoi, il pense qu’une société ne se pose jamais que des problèmes qu’elle peut résoudre. Lorsque la contradiction apparaît, les forces qui provoquent le changement sont déjà présentes et ouvrent déjà la perspective d’une nouvelle société. Pour lui, l’Histoire est progressive c'est-à-dire qu’à travers de grandes contradictions, elle progresse de plus en plus vers une époque où les hommes seront inoccupés. L’Histoire que nous vivons n’est qu’une préhistoire. La société bourgeoise représente le dernier moment avant l’émancipation des hommes. Cette Histoire ne concerne pas seulement une partie du monde mais toute l’humanité.
Marx présente une conception progressive de l’Histoire. Il pense qu’elle est déterminée et que les évènements sont produits de manière nécessaire, les uns par les autres selon une logique qui assure la continuité de l’Histoire. Cela signifie que malgré des ruptures apparentes, chaque époque résulte des contradictions internes de la précédente. La vision générale qu’il présente de l’Histoire permet de lui donner un sens, celui du progrès de l’humanité vers une époque où les hommes seront libérés de toutes formes d’aliénation.
B - Histoire et nouveauté
Marx insiste sur la logique interne à l’Histoire. Il y a une nécessité au cours de l’Histoire. Bergson s’est opposé à une telle conception. Il a voulu penser l’évènement historique dans sa nouveauté et il a distingué des évènements passés qu’on pourrait penser être à son origine.
l. 1 à 6 : un jugement rétrospectif
Il pense que nous faisons une erreur en considérant qu’une logique nécessaire est la cause de l’Histoire. Nous faisons un jugement rétrospectif. Nous partons du présent et nous sommes attentifs seulement aux évènements qu’ils peuvent l’expliquer. Nous en déduisons que ce présent a été causé de manière nécessaire sans nous apercevoir qu’il y avait dans les évènements passés d’autres possibilités.
l. 6 à 15 : illusion sur l’avenir
Il pense que nous commettons aussi une erreur en voulant prédire l’avenir. Nous croyons que l’Histoire est nécessaire et à partir de là, nous utilisons des méthodes pour faire des projections qui donnent une image du futur. En réalité, l’Histoire ne lui paraît pas nécessaire. Les évènements dépendent des circonstances : il ne peut arriver n’importe quoi dans une époque, mais il y a de l’imprévisible. Des circonstances peuvent être à l’origine d’évènements très différents. Il y a donc un espace pour une nouveauté dans l’Histoire. Les évènements historiques ne se laissent pas déduire du passé. Ils apportent quelque chose d’inattendu, de neuf.
l. 15 à 30 : un exemple, le romantisme
Le romantisme est un courant littéraire produit par des individus singuliers. Après son apparition, on cherche dans l’Histoire littéraire des signes qui pouvaient l’annoncer mais notre regard est entièrement déterminé par notre connaissance du romantisme. Nous créons nous-mêmes une continuité après coup et nous perdons de vue la nouveauté des auteurs romantiques.
l. 31 à fin : prévision impossible
Il est donc impossible de prédire l’avenir. L’Histoire est une création de nouveautés. Il n’y a pas d’enchaînements logiques nécessaires entre les évènements, il y a une place pour la liberté et pour l’action individuelle. Tout n’est pas possible. Les évènements sont conditionnés par des circonstances mais elles ne dictent pas ce qui se réalisera. La nécessité de l’Histoire est une illusion rétrospective que notre étude introduit dans l’Histoire.