Devant les risques de guerre civile que représentaient les partisans de l’Algérie française, les dirigeants de la IVe République rappelle le Général de Gaulle. Il est alors nommé Président du Conseil avec les pleins pouvoirs. Il faut également envisager la rédaction d’une nouvelle Constitution.
A - Les bases politiques de la Ve République
1 - La Constitution
Le but de cette nouvelle Constitution est d’éviter les dérives parlementaires de la IVe République : on passe d’un régime parlementaire à un régime présidentiel.
Après avoir été nommé en 1958, de Gaulle est élu au suffrage universel en 1962. Il préside désormais le conseil des ministres.
Il peut soumettre un projet de loi à référendum. L’article 16 permet de s’octroyer les pleins pouvoirs en cas de crise. Le 1er ministre « conduit et détermine la politique de la nation ».
Cette nouvelle Constitution bien qu’elle soit approuvée avec une large majorité rencontre des oppositions, en particulier du côté de la gauche avec Mitterrand.
Le pouvoir législatif reste confié à deux assemblées :
- Le Sénat avec des sénateurs élus au suffrage universel indirect pour une durée de 9 ans. Il est réputé plus conservateur puisqu’exclusivement de droit ;
- L’Assemblée nationale avec des députés élus au suffrage universel pour 5 ans. Ils peuvent proposer des lois mais les deux chambres doivent voter la loi à l’identique : c’est le principe de la navette ;
Le gouvernement peut engager sa confiance par le 49.3 de la Constitution.
2 - Les partis
La droite et la gauche demeurent. Des évolutions internes vont avoir lieu en raison des bouleversements contemporains.
La principale évolution est la tendance à la bipolarisation car il faut rechercher un candidat présidentiable.
Les petits partis doivent donc choisir entre l’un ou l’autre camp.
L’extrême-droite reste négligeable jusqu’en 1984 qui se maintient au-dessus de 10% par la suite. Elle surfe sur la dénonciation des immigrés mais aussi sur les questions sécuritaires tout comme avec une méfiance vis-à-vis de l’Europe.
La droite gaulliste est la principale formation politique menée par le Général de Gaulle (UNR, UDR, RPR et UMP). Il symbolise l’indépendance nationale.
Vers le centre, on trouve une droite centriste libérale qui connaît une alliance sous l’UDF avec Giscard. Il prône un libéralisme politique et économique.
A gauche, la SFIO devient le PS qui monte en puissance. Il devient le 1er parti de France sous l’impulsion de Mitterrand. Ils sont favorables à la construction européenne, atlantistes en principe mais ils se différencient du centre droit sur les questions sociales (éducation, solidarité, etc.).
Le PCF, 1er parti au sortir de la guerre, décline dans les années 70 en essayant de faire oublier son « inféodation » à Moscou. Ils ont une plus grande méfiance vis-à-vis de l’Europe et souhaitent une intervention de l’Etat dans l’économie via notamment les plans quinquennaux.
L’extrême-gauche est une véritable nébuleuse politique réunissant léniniste, trotskistes, etc. Ils ont une importance lors de mai 68 mais reste marginalisé depuis malgré un regain avec le non à la Constitution européenne.
B - Les grandes phases
Jusqu’en 1981, la droite est au pouvoir.
1 - De 1958 à 1969 : la droite au pouvoir
De Gaulle fonde ce que l’on appelle le domaine réservé (politique étrangère et défense). Il laisse ses premiers ministres gouverner :
- Michel Debré, principal rédacteur de la Constitution de la Ve République ;
- Georges Pompidou ;
- Maurice Couve de Murville ;
Le problème algérien reste entier jusqu’en 1962 avec les accords d’Evian qui donne l’indépendance à l’Algérie.
Mais le discours « Je vous ai compris » provoque un malentendu. L’OAS lance des vagues d’attentats y compris contre de Gaulle.
De même, l’Afrique Equatoriale Française (AEF) et l’Afrique Orientale Française (AOF) deviennent indépendantes avec un maintien des relations économiques et militaires.
D’un point de vue économique, il reste d’accord sur un certain dirigisme de l’Etat en termes d’aménagement du territoire favorisant ainsi de grands projets industriels (modernisation des ports de Dunkerque et de Fos/Mer) et technologiques (Le Redoutable). Il assure également une politique étrangère forte s’inscrivant dans le cadre des Trente Glorieuses. Ainsi, de nombreux voyages à travers le monde sont réalisés par de Gaulle.
Mai 68 constitue l’élément marquant de la période gaullienne. C’est un mouvement étudiant puis repris par le monde ouvrier avec de nombreuses grèves paralysantes.
De Gaulle vacille mais tient bon. Il charge Pompidou de régler le conflit ouvrier par un accord alors que le conflit étudiant se résorbe de lui-même.
De plus, une immense manifestation de soutien gaulliste se déroule sur les Champs-Élysées.
Malgré tout, mai 68 montre une crise intergénérationnelle entre les jeunes et les personnes âgées ; jeunes qui réclament plus de libertés.
Mais face à un référendum sur la décentralisation qui engage de Gaulle, ce dernier démissionne en 68 et décède en 1970. Georges Pompidou succède alors à de Gaulle.
Il met l’accent sur la modernisation de la France (projet Concorde) et d’élargissement vers le centre. Enfin, le Royaume-Uni entre dans l’Union Européenne avec approbation de la majorité des français. Il meurt en fonction en 1974.
Valéry Giscard d’Estaing suit le glissement vers le centre droit avec une tendance modérée. Il abaisse la majorité électorale à 18 ans. De plus, les lois Veil sur l’avortement et le divorce par consentement mutuel mais aussi les lois sur le collège pour tous constituent des avancées sociales.
Mais, les chocs pétroliers de 74 et 79 noircissent le tableau avec une hausse du chômage et de l’inflation.
Raymond Barre mène donc une politique de rigueur budgétaire qui renforce la gauche de Mitterrand. Il parvient à réunir la gauche toute entière (PS, PCR et radicaux) sur un programme commun.
2 - Alternance et cohabitation
En 1981, Mitterrand est élu avec une courte majorité néanmoins. Les législatives qui suivent après avoir dissout l’Assemblée nationale passent à gauche.
Cette période est surnommée « l’Etat de grâce » car elle est marquée par un certain nombre de lois fondamentales :
- Semaine de 39 h ;
- Abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans ;
- Vague de nationalisation ;
- Grandes lois de décentralisation ;
- Abolition de la peine de mort ;
Mais là encore, l’économie joue un rôle qui oblige à dévaluer le franc et à mener une politique de rigueur. Cette politique est menée par Pierre Mauroy et Laurent Fabius. Ils se retrouvent coincés entre une modernisation et une gestion prudente.
Par conséquent, l’union de la gauche se fissure et la droite se relève.
Les législatives de 1986 permettent à la droite de l’emporter. Un 1er ministre de droite est donc nommé pour effectuer la cohabitation : Jacques Chirac.
Cette cohabitation constitue donc une épreuve pour les institutions de la Ve. Dans ce cadre-ci, c’est le 1er ministre qui possède le plus de pouvoir avec son gouvernement.
Jacques Chirac (RPR + UDF) mène une politique libérale qui s’accompagne de dénationalisation dans les années 80 (naissance de TF1) et de facilitations des licenciements mais ne parvient pas à réformer l’université face aux manifestations. De même, des grèves à la SNCF ont lieu à l’hiver 86-87 dans une période de chômage persistant. La position de Mitterrand devient donc intéressante car il n’est pas responsable. Du coup, il l’emporte en 1988 avec un score assez confortable de 54%. Mais, cette année est marquée par la progression du FN et le recul du PCF.
Il mène donc un second septennat. Pour cela, il nomme Rocard, un social-démocrate, 1er ministre. Mais, il n’obtient pas la majorité à l’Assemblée. Il envisage de mener une politique de rigueur et de progrès sociaux. Il crée le RMI qui s’est malheureusement pérennisé. De plus, ses relations avec Rocard se dégradent. Il remplace ce dernier par Edith Cresson. Mais, des conflits sociaux apparaissent (paysans, infirmiers) ainsi que des problèmes internationaux.
Dans le même temps, des scandales politico-financiers éclatent. Elle démissionne un an plus tard.
Pierre Bérégovoy reprend les mêmes objectifs que les précédents gouvernements : luttes contre le chômage, l’insécurité et la corruption. Mais, les résultats sont limités et le Traité de Maastricht est voté à une courte majorité.
En 1993, les législatives sont favorables à la droite. Mitterrand nomme alors un 1er ministre de centre droit : Edouard Balladur. Il mène là aussi une politique de rigueur et de privatisations mais reste sérieux à l’approche des présidentielles.
Peu après, Mitterrand meurt malade Jacques Chirac prend le pouvoir en battant Jospin au second tour au nez de Balladur avec une campagne sur la « fracture sociale ». Il nomme Alain Juppé, 1er ministre et mène une politique de rigueur. Les réformes sur les retraites et la sécurité sociale sont malmenées par des grèves massives en décembre 95. En outre, le chômage explose. Un certain nombre de réformes sont bloquées et provoquent la dissolution de l’Assemblée pour obtenir une plus large majorité. Malheureusement, la gauche plurielle l’emporte. Une troisième cohabitation s’ouvre donc avec Jospin comme 1er ministre. Il augmente les impôts dans le but de réduire la dette. Les lois Aubry sur les 35 heures sont promulguées dans la controverse. Le PACS est instauré de même que les lois sur la parité. L’élection présidentielle s’approche et la précampagne s’accompagne par la montée de la délinquance.
C’est dans ce contexte qu’en 2002, le second tour provoque un véritable séisme politique. C’est une situation inédite : les candidats en lice pour le second tour sont tous deux de droite avec Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Les institutions sont remises en cause en raison de l’abstention. |