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Chapitre 7 - La France depuis 1945 Plan de l'article

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle république voit le jour dans le but de redresser la France: c'est la IVe République. Mais cette dernière présente très vite des inconvénients qui auront tôt fait de la mener à sa perte pour, au final, voire naître la Ve République, mise en place par le Général de Gaulle, laquelle est toujours en vigueur aujourd'hui.

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I - La IVe République : la France redressée (1945-1958)

Officiellement, la IVe République est fondée en 1946 par une nouvelle Constitution avec la reconstruction générale du pays pour objectif. Ce régime s’effondre 12 ans plus tard dans un climat de guerre civile. C’est donc une image négative qui ressort de cette IVe République.

A - Installation de la IVe République

1 - Les forces politiques

On assiste à une recomposition de la vie politique qui est marquée par une explosion des forces traditionnelles de droite, discréditées par la collaboration et le pétainisme. Des forces nouvelles naissent de la résistance : la gauche, le centre et une droite non collaborationniste modérée.
De Gaulle confirme ces nouvelles forces en demandant aux français s’ils souhaitent changer de Constitution. Il faut donc nommer une assemblée constituante. Des élections ont lieues portant le PC au rang de premier parti de France avec 25% des suffrages dirigé par Maurice Thorez. La SFIO de Léon Blum s’allie avec les radicaux du centre et le MRP du Général de Gaulle qui comprend la droite modérée et des chrétiens démocrates. Les leaders du MRP sont : Georges Bidault (chef du CNR et successeur de Jean Moulin) et Robert Schumann (démocrate chrétien, père de l’Europe).

2 - Les institutions

La Constitution est rédigée par la Constituante, largement influencée par la gauche se traduisant par un transfert des pouvoirs à l’Assemblée. Dès janvier 1946, de Gaulle démissionne, en total désaccord.
De nouvelles élections ont lieu pour définir une assemblée législative et non plus constituante. Les résultats sont les mêmes et la Constitution s’applique.
L’assemblée nationale élit le Président de la République, propose les lois et peut renverser le gouvernement. C’est donc un gouvernement parlementaire.
Paul Ramadier obtient le poste de 1er ministre et Vincent Auriol devient Président de la République.

B - Les grandes étapes

Le tripartisme politique s’arrête dès lors que la « Guerre Froide » commence. Les communistes sont expulsés de toutes formes de gouvernance. La SFIO alliée aux radicaux et le MRP gouvernent. Le PC et les hommes de de Gaulle se retrouvent désormais dans l’opposition.
De Gaulle créé alors le Rassemblement Pour la France (RPF) avec des gaullistes et des résistants.
De 1952 à 1954, c’est une coalition de centre droit qui gouverne la France avec Antoine Pinay.
De 1954 à 1958, face aux difficultés coloniales, la gauche revient au pouvoir avec Pierre Mendès-France et Guy Mollet.

C - Le bilan

1 - Faiblesses et échecs

On dénote une faiblesse intrinsèque des institutions puisque le pouvoir exécutif est dépendant du législatif. Par conséquent, on assiste à une forte instabilité ministérielle.
De plus, il n’y a pas de majorité nette à l’assemblée ce qui empêche l’action politique des gouvernements qui se retrouvent sous l’emprise des tractations.
De Gaulle avait dénoncé le phénomène dès le début s’affirmant au dessus des partis.
Antoine Pinay est l’auteur, néanmoins, d’un certain nombre de réussites. Il redresse la France, réduit l’inflation mais est malgré tout renversé rapidement par son propre camp qui n’accepte pas les réductions budgétaires.
Mendès-France était à la limite de sauver le conflit algérien. Les partis gênent donc l’action gouvernementale.

L’aspect colonial constitue une seconde faiblesse de la IVe République. L’opinion publique s’oppose à la décolonisation, celle de l’Indochine dans un premier temps.
La situation militaire stagne. Les américains soutiennent la France : la décolonisation s’inscrit alors dans la « Guerre Froide ».
En 1954, Ðiên Biên Phú marque la fin du gouvernement. Le suivant signera les accords de Genève.
En Tunisie et au Maroc, les décolonisations se passent relativement  bien sous l’action de Mendès-France.
Par contre, l’Algérie pose problème. Tous s’opposent à son indépendance et proposent de mieux intégrer les algériens par des réformes dans le but qu’ils ne soutiennent pas le Front de Libération Nationale.
Très vite, des vagues d’attentats surviennent et le contingent (jeunes effectuant leurs services militaires) est envoyé sur place. La guerre est terrible mais le terme n’est jamais cité.
La France est condamnée par l’ONU suite à des épisodes de tortures. On censure les partisans de l’Algérie algérienne. Le coût de la guerre devient très vite insupportable. Le débat qui concerne chaque famille française est engagé.
P. Pflimlin, nouveau chef de gouvernement, est favorable à l’indépendance de l’Algérie. Les généraux français de l’Algérie se soulèvent alors dans la ville d’Alger (Général Massu, en particulier) et envisagent un coup d’Etat. Les français craignent alors que le putsch se généralise à la France métropolitaine.
Du coup, on rappelle de Gaulle pour sauvegarder l’Algérie. Il devient alors chef du gouvernement avec les pleins pouvoirs, dans une situation de crise grave. La guerre d’Algérie marque donc la fin de la IVe République.

De vives tensions sociales secouent également le pays. Des grèves éclatent au lendemain de la guerre à cause des insuffisances du ravitaillement qui ce traduit par des tickets de rationnement.
L’inflation explose (+ 50%/an) et le France est dévalué. Le gouvernement bloque les salaires et les communistes en profitent pour discréditer le gouvernement. Les grèves sont réprimées par le gouvernement. Les leaders syndicaux sont arrêtés.
La CGT se divise car une partie est favorable à l’arrêt de la grève : FO naît de cette scission.
En 1953, une deuxième grande vague de grève éclate. Elle est provoquée par une dégradation de la situation économique des ouvriers. Elle est causée par la politique de rigueur d’Antoine Pinay qui engendre du chômage. Des tensions sociales sont le résultat des politiques audacieuses des différents gouvernements modernistes.

2 - Les aspects positifs

Une des premières tâches fondamentales de la IVe République fut de redresser la France, de la reconstruire.

De nouvelles structures économiques sont apparues. On procède à des nationalisations sous l’influence communiste dans les secteurs vitaux pour diriger et investir dans ces entreprises dans le but de les moderniser. Elles concernent EDF, les charbonnages de France, SNCF, Air France, Renault, le secteur bancaire (Société Générale, Crédit Lyonnais, BNP), etc.
Des planifications sont mises en place à but indicatif fixant un niveau de production à atteindre. Là encore, l’influence est communiste mais n’est pas directive.
Le premier plan quinquennal est mis en place en 1946 et met l’accent sur l’industrie lourde et les transports. L’aide américaine qui arrive en 1948 grâce au plan Marshall permet cette reconstruction.
Ce progrès se marque en gains de productivité. L’agriculture n’est pas encore industrialisée (+50% de ruraux).
Des progrès sociaux ont, en dépit des grèves, lieu. La sécurité sociale est créée et le niveau de vie s’améliore. Mais, elle ne concerne pas les paysans, les artisans, les commerçants et les professions libérales qui ont des caisses particulières. Les conventions collectives sont également de retour. Des réformes pour les métayers sont mises en place leur offrant de nouvelles garanties. Le statu de la fonction publique est créé. Guy Mollet donne aussi une troisième semaine de congés payés. Un fond de solidarité vieillesse est créé et était financé par la vignette automobile. La consommation augmente avec la hausse du pouvoir d’achat de même que le temps libre.

La construction européenne est initiée par la IVe République avec Georges Bidault et Robert Schumann. Elle constitue donc un deuxième grand progrès de cette IVe République.
Les Etats-Unis soutiennent cette construction pour consolider le bloc occidental et garantir la paix dans le cadre de la « Guerre Froide » en basant cette alliance sur la prospérité économique. C’est aussi une manière de la rendre indépendante des deux grands non sans rappeler un non-alignement.
Le Traité de Rome de mars 1957 marque la naissance de la CEE puis de l’UE.

Le bilan de la IVe République doit donc être nuancé car les difficultés rencontrées sont souvent celles héritées du passé. Les institutions sont critiquées et rendues responsables de l’instabilité gouvernementale et donc de l’immobilisme. Mais, elles traduisent le besoin démocratique. Le dysfonctionnement est du à la fin du tripartisme avec l’arrivée de la « Guerre Froide » et l’exclusion des communistes. Le problème colonial est à replacer dans son contexte.
Cependant, certaines réalisations ont perduré en termes de modernisation économique et sociale qui garantit les Trente Glorieuses. La création de la CEE constitue également un pari sur l’avenir.

II - La Ve République

Devant les risques de guerre civile que représentaient les partisans de l’Algérie française, les dirigeants de la IVe République rappelle le Général de Gaulle. Il est alors nommé Président du Conseil avec les pleins pouvoirs. Il faut également envisager la rédaction d’une nouvelle Constitution.

A - Les bases politiques de la Ve République

1 - La Constitution

Le but de cette nouvelle Constitution est d’éviter les dérives parlementaires de la IVe République : on passe d’un régime parlementaire à un régime présidentiel.
Après avoir été nommé en 1958, de Gaulle est élu au suffrage universel en 1962. Il préside désormais le conseil des ministres.
Il peut soumettre un projet de loi à référendum. L’article 16 permet de s’octroyer les pleins pouvoirs en cas de crise. Le 1er ministre « conduit et détermine la politique de la nation ».
Cette nouvelle Constitution bien qu’elle soit approuvée avec une large majorité rencontre des oppositions, en particulier du côté de la gauche avec Mitterrand.
Le pouvoir législatif reste confié à deux assemblées :

  • Le Sénat avec des sénateurs élus au suffrage universel indirect pour une durée de 9 ans. Il est réputé plus conservateur puisqu’exclusivement de droit ;
  • L’Assemblée nationale avec des députés élus au suffrage universel pour 5 ans. Ils peuvent proposer des lois mais les deux chambres doivent voter la loi à l’identique : c’est le principe de la navette ;

Le gouvernement peut engager sa confiance par le 49.3 de la Constitution.

2 - Les partis

La droite et la gauche demeurent. Des évolutions internes vont avoir lieu en raison des bouleversements contemporains.
La principale évolution est la tendance à la bipolarisation car il faut rechercher un candidat présidentiable.
Les petits partis doivent donc choisir entre l’un ou l’autre camp.

L’extrême-droite reste négligeable jusqu’en 1984 qui se maintient au-dessus de 10% par la suite. Elle surfe sur la dénonciation des immigrés mais aussi sur les questions sécuritaires tout comme avec une méfiance vis-à-vis de l’Europe.

La droite gaulliste est la principale formation politique menée par le Général de Gaulle (UNR, UDR, RPR et UMP). Il symbolise l’indépendance nationale.

Vers le centre, on trouve une droite centriste libérale qui connaît une alliance sous l’UDF avec Giscard. Il prône un libéralisme politique et économique.

A gauche, la SFIO devient le PS qui monte en puissance. Il devient le 1er parti de France sous l’impulsion de Mitterrand. Ils sont favorables à la construction européenne, atlantistes en principe mais ils se différencient du centre droit sur les questions sociales (éducation, solidarité, etc.).

Le PCF, 1er parti au sortir de la guerre, décline dans les années 70 en essayant de faire oublier son « inféodation » à Moscou. Ils ont une plus grande méfiance vis-à-vis de l’Europe et souhaitent une intervention de l’Etat dans l’économie via notamment les plans quinquennaux.

L’extrême-gauche est une véritable nébuleuse politique réunissant léniniste, trotskistes, etc. Ils ont une importance lors de mai 68 mais reste marginalisé depuis malgré un regain avec le non à la Constitution européenne.

B - Les grandes phases

Jusqu’en 1981, la droite est au pouvoir.

1 - De 1958 à 1969 : la droite au pouvoir

De Gaulle fonde ce que l’on appelle le domaine réservé (politique étrangère et défense). Il laisse ses premiers ministres gouverner :

  • Michel Debré, principal rédacteur de la Constitution de la Ve République ;
  • Georges Pompidou ;
  • Maurice Couve de Murville ;

Le problème algérien reste entier jusqu’en 1962 avec les accords d’Evian qui donne l’indépendance à l’Algérie.
Mais le discours « Je vous ai compris » provoque un malentendu. L’OAS lance des vagues d’attentats y compris contre de Gaulle.
De même, l’Afrique Equatoriale Française (AEF) et l’Afrique Orientale Française (AOF) deviennent indépendantes avec un maintien des relations économiques et militaires.

D’un point de vue économique, il reste d’accord sur un certain dirigisme de l’Etat en termes d’aménagement du territoire favorisant ainsi de grands projets industriels (modernisation des ports de Dunkerque et de Fos/Mer) et technologiques (Le Redoutable). Il assure également une politique étrangère forte s’inscrivant dans le cadre des Trente Glorieuses. Ainsi, de nombreux voyages à travers le monde sont réalisés par de Gaulle.

Mai 68 constitue l’élément marquant de la période gaullienne. C’est un mouvement étudiant puis repris par le monde ouvrier avec de nombreuses grèves paralysantes.
De Gaulle vacille mais tient bon. Il charge Pompidou de régler le conflit ouvrier par un accord alors que le conflit étudiant se résorbe de lui-même.
De plus, une immense manifestation de soutien gaulliste se déroule sur les Champs-Élysées.
Malgré tout, mai 68 montre une crise intergénérationnelle entre les jeunes et les personnes âgées ; jeunes qui réclament plus de libertés.

Mais face à un référendum sur la décentralisation qui engage de Gaulle, ce dernier démissionne en 68 et décède en 1970. Georges Pompidou succède alors à de Gaulle.
Il met l’accent sur la modernisation de la France (projet Concorde) et d’élargissement vers le centre. Enfin, le Royaume-Uni entre dans l’Union Européenne avec approbation de la majorité des français. Il meurt en fonction en 1974.

Valéry Giscard d’Estaing suit le glissement vers le centre droit avec une tendance modérée. Il abaisse la majorité électorale à 18 ans. De plus, les lois Veil sur l’avortement et le divorce par consentement mutuel mais aussi les lois sur le collège pour tous constituent des avancées sociales.
Mais, les chocs pétroliers de 74 et 79 noircissent le tableau avec une hausse du chômage et de l’inflation.

Raymond Barre mène donc une politique de rigueur budgétaire qui renforce la gauche de Mitterrand. Il parvient à réunir la gauche toute entière (PS, PCR et radicaux) sur un programme commun.

2 - Alternance et cohabitation

En 1981, Mitterrand est élu avec une courte majorité néanmoins. Les législatives qui suivent après avoir dissout l’Assemblée nationale passent à gauche.
Cette période est surnommée « l’Etat de grâce » car elle est marquée par un certain nombre de lois fondamentales :

  • Semaine de 39 h ;
  • Abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans ;
  • Vague de nationalisation ;
  • Grandes lois de décentralisation ;
  • Abolition de la peine de mort ;

Mais là encore, l’économie joue un rôle qui oblige à dévaluer le franc et à mener une politique de rigueur. Cette politique est menée par Pierre Mauroy et Laurent Fabius. Ils se retrouvent coincés entre une modernisation et une gestion prudente.
Par conséquent, l’union de la gauche se fissure et la droite se relève.
Les législatives de 1986 permettent à la droite de l’emporter. Un 1er ministre de droite est donc nommé pour effectuer la cohabitation : Jacques Chirac.
Cette cohabitation constitue donc une épreuve pour les institutions de la Ve. Dans ce cadre-ci, c’est le 1er ministre qui possède le plus de pouvoir avec son gouvernement.
Jacques Chirac (RPR + UDF) mène une politique libérale qui s’accompagne de dénationalisation dans les années 80 (naissance de TF1) et de facilitations des licenciements mais ne parvient pas à réformer l’université face aux manifestations. De même, des grèves à la SNCF ont lieu à l’hiver 86-87 dans une période de chômage persistant. La position de Mitterrand devient donc intéressante car il n’est pas responsable. Du coup, il l’emporte en 1988 avec un score assez confortable de 54%. Mais, cette année est marquée par la progression du FN et le recul du PCF.
Il mène donc un second septennat. Pour cela, il nomme Rocard, un social-démocrate, 1er ministre. Mais, il n’obtient pas la majorité à l’Assemblée. Il envisage de mener une politique de rigueur et de progrès sociaux. Il crée le RMI qui s’est malheureusement pérennisé. De plus, ses relations avec Rocard se dégradent. Il remplace ce dernier par Edith Cresson. Mais, des conflits sociaux apparaissent (paysans, infirmiers) ainsi que des problèmes internationaux.
Dans le même temps, des scandales politico-financiers éclatent. Elle démissionne un an plus tard.
Pierre Bérégovoy reprend les mêmes objectifs que les précédents gouvernements : luttes contre le chômage, l’insécurité et la corruption. Mais, les résultats sont limités et le Traité de Maastricht est voté à une courte majorité.
En 1993, les législatives sont favorables à la droite. Mitterrand nomme alors un 1er ministre de centre droit : Edouard Balladur. Il mène là aussi une politique de rigueur et de privatisations mais reste sérieux à l’approche des présidentielles.

Peu après, Mitterrand meurt malade Jacques Chirac prend le pouvoir en battant Jospin au second tour au nez de Balladur avec une campagne sur la « fracture sociale ». Il nomme Alain Juppé, 1er ministre et mène une politique de rigueur. Les réformes sur les retraites et la sécurité sociale sont malmenées par des grèves massives en décembre 95. En outre, le chômage explose. Un certain nombre de réformes sont bloquées et provoquent la dissolution de l’Assemblée pour obtenir une plus large majorité. Malheureusement, la gauche plurielle l’emporte. Une troisième cohabitation s’ouvre donc avec Jospin comme 1er ministre. Il augmente les impôts dans le but de réduire la dette. Les lois Aubry sur les 35 heures sont promulguées dans la controverse. Le PACS est instauré de même que les lois sur la parité. L’élection présidentielle s’approche et la précampagne s’accompagne par la montée de la délinquance.

C’est dans ce contexte qu’en 2002, le second tour provoque un véritable séisme politique. C’est une situation inédite : les candidats en lice pour le second tour sont tous deux de droite avec Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Les institutions sont remises en cause en raison de l’abstention.