Dès 1945, l'Europe plonge dans la "Guerre Froide" qui scinde cette dernière en deux. D'un côté, l'Ouest, de l'autre, l'Est. Deux idéologies s'affrontent et c'est ainsi qu'apparaissent à l'Est, les démocraties dites "populaires" sous emprise soviétique alors que l'Ouest fonde les prémices de ce que sera plus tard l'Union Européenne.
En 1989, avec l'effondrement du régime communiste, l'Europe a de nouveaux défis à réaliser lesquels constituent les enjeux de demain.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe de l’Est fait partie du bloc communiste durant la « Guerre Froide », à l’exception de la Yougoslavie.
A - Les « démocraties populaires » alignées sur le modèle soviétique (1945-1953)
L’Armée Rouge passe d’une armée de libération à celle d’occupation. De plus, les partis communistes antinazis locaux ont contribué à répandre le communisme.
Les directives de Yalta s’appliquent. Pour organiser des élections libres, les communistes prennent les postes clés des gouvernements provisoires et éliminent petit à petit leurs opposants. Ils ont recours à la force et les élections ne sont guère libres mais truquées.
En février 1948, le « coup de Prague », organisée par les communistes manipulant les ouvriers, pousse le président Benes à abdiquer.
Puis, le « rideau de fer » s’installe et ces pays deviennent un glacis protecteur. Le Kominform (centre de tous les PC), le COMECON et la doctrine Jdanov accentue le bloc communiste de même que le pacte de Varsovie. Tous ces pactes permettent la maîtrise politique, économique et militaire de ces pays par l’URSS. Ce dernier impose son modèle communiste soviétique dans les « petites URSS » avec un parti unique, l’élimination des opposants, la propagande et le contrôle de la presse ainsi que l’embrigadement des populations.
Face à Tito et son modèle local, Staline procède à de grandes vagues d’épurations via des procès politiques truqués. On attend des aveux publics de ces purges.
D’un point de vue économique, l’économie est planifiée et le collectivisme s’applique. On donne la primauté à l’industrie lourde. Tout reste centralisé à Moscou d’où une économie fragile.
En 1945, Tito, héros de la résistance nationale yougoslave, prend le pouvoir de son pays et instaure le communisme. Il réduit à néant l’opposition monarchique et mène le pays dans le socialisme tout en restant en dehors de Moscou. Malgré les menaces de Staline, Tito garde son indépendance. C’est un des leaders du mouvement des Non-alignés. A sa mort, la Yougoslavie éclate.
B - Des tentatives de réformes réprimées (1953-1980)
Nikita Khrouchtchev mène la déstalinisation. A la mort de Staline, l’espoir des pays de l’Est pour un monde meilleur renaît. Des manifestations éclatent dans toute l’Allemagne pour les conditions de travail mais aussi pour la démocratisation. Elles sont sévèrement réprimées : 500 morts, 25 000 déportés au goulag.
L’Est est jaloux de l’Ouest qui profite de la croissance et de la société de consommation.
En 1956, le 20e Congrès du PCUS entame la déstalinisation et démantèle le Kominform, ce qui constitue un signe fort. En Pologne et en Hongrie, des révoltes éclatent.
En Pologne, des étudiants et des intellectuels puis rejoints par des ouvriers se rebellent contre le soviétisme et exalte leur pays. Ils réclament le retour de la souveraineté nationale. Gomulka, un antisoviétique, dénonce le stalinisme mais reste dans le pacte de Varsovie pour ne pas inquiéter Khroutchev.
Nagy, un hongrois, menace de quitter le pacte de Varsovie. L’Armée Rouge réprime cette manifestation dans un bain de sang avec pas moins de 20 000 tués.
L’évolution interne de l’URSS qui laissait entre une avancée vers la démocratie pour ces pays de l’Est ne se vérifie pas.
Dans les années 60, à Prague, en 1968 exactement, a lieu le « Printemps de Prague », dans la période de la Détente. Elle permet à l’URSS et au bloc soviétique d’envisager des réformes économiques. On emprunte au modèle occidental qui laisse souffler un vent de liberté. L’idée de développer un socialisme à visage humain. Le communisme n’est pas remis en cause mais doit être réformé.
Brejnev voit dans la tentative du tchèque, un danger pour le communisme si bien que les troupes russes envahissent la Tchécoslovaquie.
C - La fin des « démocraties populaires »
Un certain nombre de pays vont engendrer un mouvement destructeur.
Dès les années 70, en Pologne, des grèves paralysent le pays (mineurs, dockers, industrie lourde, etc.). Le haut lieu de cette révolte est l’ancienne ville allemande de Gdansk (Dantzig).
Cette opposition provient aussi du milieu intellectuel (Solidarnosc, syndicat ouvrier).
L’Eglise catholique s’en mêle aussi avec une force accrue grâce à l’élection du cardinal Wojtyla au rang de Pape (Jean-Paul II).
A partir de 1980, ce mouvement prend de l’importance sous la direction du syndicat Solidarnosc et son leader Lech Walesa. Par définition, ce syndicat est interdit car contraire à la doctrine communiste.
Dans un premier temps, le général Jaruzelski, dirigeant polonais, cède et reconnaît l’existence de ce syndicat. Dans un deuxième temps, il décrète la loi martiale et interdit le syndicat qui se solde par des milliers d’arrestations de courte durée mais symboliques.
Il faut attendre 1985 et l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir pour changer les choses. Il encourage les pays communistes à choisir leur propre voie dans le socialisme et dans le respect mutuel des pays frères. L’URSS ne s’immiscera plus dans les affaires internes des pays.
Les polonais en profitent et organisent des élections libres en juin 1989 qui sont gagnées par le Solidarnosc. Pour la première fois, un gouvernement non-communiste est formé. Lech Walesa devient président de la république de Pologne.
En octobre 1989, la Hongrie organise à son tour des élections libres. Elle ouvre sa frontière avec l’Autriche peu avant la chute du mur de Berlin. Nagy est réhabilité.
En novembre 1989, le mur tombe après des manifestations de toutes parts. Le communisme tombe et l’Allemagne est réunifiée.
En Tchécoslovaquie, à Prague, le gouvernement tombe. Il est remplacé par un gouvernement non-communiste, le tout sans violences : c’est la « Révolution de velours ».
La chute du communisme va libérer les nationalismes bridés par le communisme, notamment en Tchécoslovaquie et en Yougoslavie.
En Bulgarie et en Roumanie, le communisme de la vieille école résiste. Des révolutions éclatent et Ceausescu finit exécuté.
1990 : chute de la Yougoslavie et de l’Albanie.
1991 : dissolution du pacte de Varsovie.
II - L'Europe de l'Ouest en construction jusqu'à la fin des années 80
A - Les débuts de la construction européenne (1947-1957)
L’Europe unie trouve ses racines dans la guerre. Les français Jean Monnet et Robert Schuman, l’allemand Adenauer et l’italien De Gasperi sont les pères fondateurs de l’Europe.
Ils rejettent le communisme et sont favorables à un capitalisme à visage humain. Il y a donc un objectif économique de l’Europe et de maintien de la paix en politique.
1948 : OECE gère le plan Marshall en Europe.
1949 : création de l’OTAN.
1951 : la Communauté Européenne de l’Acier et du Charbon (CECA) est fondée et concerne six pays. Elle préfigure la CEE et institue un marché commun.
Les pères de l’Europe avec l’appui des USA créaient la Communauté Européenne de Défense (CED) en plein contexte de « Guerre Froide ». L’Allemagne de l’Ouest est impliquée à la CED mais c’est un échec car la France s’y oppose pour les raisons suivantes :
Les communistes soutiennent Moscou ;
Les Gaullistes craignent une perte de la maîtrise de la défense française et ne veulent que ce soit les américains qui gouvernent à leur place ;
L’Europe se limite donc au volet économique.
Néanmoins, les pères de l’Europe ainsi que le belge Spaak et les américains (avec des objectifs divergents) souhaitent une intégration européenne ce qui aboutit à la signature du Traité de Rome en 1957.
B - L’Europe des Six (1957-1972)
Le Traité de Rome institue la CEE et est signé le 25 mars 1957. On lie fortement le progrès économique et social au maintien de la paix.
Elle met en place des institutions communes :
Un Parlement consultatif ;
Une Commission proposant et veillant à l’application des lois ;
Le Conseil des ministres selon les domaines et dont le vote à l’unanimité est requis pour valider les propositions de la Commission ;
Elle établit aussi un marché commun avec la suppression des barrières aux frontières. On instaure également des politiques communes telles que la Politique Agricole Commune (PAC) qui demeure la plus réussie à l’heure actuelle.
L’EURATOM coordonne la gestion des politiques nucléaires entre les états membres.
Le Traité de Rome fonctionne dans un premier temps : un tarif douanier est établi et les échanges augmentent. C’est donc une réussite.
La PAC augmente également la production avec le FEOGA, organisme qui taxe les produits étrangers et subventionne les produits nationaux. La CEE devient donc exportatrice de produits agricoles.
Mais des problèmes apparaissent. La France de de Gaulle est pour le volet économique sans pour autant aller plus loin. Tout abandon de la souveraineté l’énerve. Il voit dans le Royaume-Uni un sous marin américain. Mais il tient beaucoup à l’amitié franco-allemande. C’est pour lui, les deux piliers de la construction européenne.
C - La relance du projet européen (1972-1989)
Après la mort du général, l’Irlande, le Royaume-Uni et le Danemark adhèrent à l’UE.
1981 : la Grèce entre dans l’Union.
1986 : c’est au tour de l’Espagne et du Portugal.
La réunification de l'Allemagne accroît la CEE. Mais, elle va préférer se concentrer sur la remise à niveau de l’Est et délaisser l’Ouest. Le couple franco-allemand bat légèrement de l’aile.
De nouvelles politiques communes sont mises en place. Ainsi, une politique de lutte contre les inégalités économiques et sociales régionales est établie (FEDER).
Le Système Monétaire Européen (SME) tente de réduire les variations de monnaie entre les pays membres.
1985 : les accords de Schengen concernent les politiques à mener en matière de migrations extérieures. Il entre en application en 1997.
1986 : l’Acte Unique réforme les institutions pour donner un second souffle à l’UE. Elle confère plus de pouvoir au Parlement et les décisions se prennent désormais à la majorité.
On prévoit désormais la mise en place d’un marché unique.
III - Les enjeux européens depuis 1989
A - L’Europe après le « rideau de fer »
A l’Est, l’Europe bouleversée émerge après la chute du communisme. Ces pays choisissent le modèle occidental.
En RDA, ce sont les partisans de la réunification avec la RFA qui sont au pouvoir. Kohl, chancelier de la RFA se réunissent pour fusionner.
Partout en Europe se mettent en place des gouvernements libéraux. Mais par le jeu de la démocratie, le communisme revient au pouvoir mais réformé (Roumanie et Bulgarie).
Il faut aussi convertir ces Etats à des économies de marché. L’inflation est galopante et le chômage de masse fort car l’appareil de production est caduque. Les gens votent pour les « néo-communistes ».
En conséquence, les nationalismes se libèrent et des guerres éclatent.
La Tchécoslovaquie se sépare en deux pour donner naissance à la République Tchèque et à la Slovaquie.
En Yougoslavie, la guerre civile éclate en 1991 au moment où la Serbie refuse l’autonomie des autres républiques yougoslaves. Elle se divise en cinq Etats (Croatie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine, Serbie et Slovénie). Des tensions naissent à l’intérieur de la Serbie avec le conflit au Kosovo et les minorités albanaises.
B - Quel sens prend la construction européenne après 1989 ?
1992 : Traité de Maastricht :
La CEE devient l’Union Européenne ;
L’Euro est instauré comme monnaie unique ;
La Politique Commune Etrangère de Sécurité (PCES) voit le jour mais n’est pas encore effective ;
On confie la maîtrise la monnaie à la BCE ;
Les idées libérales progressent mais l’Europe sociale est en retard.
Dans le même temps, se développe le mouvement « eurosceptique » faisant campagne pour le non à Maastricht ; de même que le mouvement altermondialiste.
1997 : Traité d’Amsterdam.
Il complète Maastricht mais est moins important. Ces deux traités marquent l’approfondissement de l’Europe dans son intégration.
Au cours de cette période, l’UE connaît un élargissement des plus forts et des plus rapides avec la réunion de l’Allemagne et les pays de l’ancien bloc communiste (Pologne, Slovaquie, etc.).
Par conséquent, certains proposent une pause dans l’élargissement. Ces défis sont nombreux de par les contrastes marqués entre les pays (délocalisations, facilités, etc.). En termes d’institutions, il est plus difficile de prendre des décisions politiques. Il faut donc adapter les institutions à cette nouvelle situation.
2001 : Traité de Nice amorçant l’idée de réforme européenne par la rédaction d’une Constitution.
Mais certains pays refusent d’où l’échec de la réforme.
C - Quelle politique étrangère pour l’UE ?
Une première interrogation demeure au sujet de l’OTAN qui s’inscrivait dans la « Guerre Froide » ; son rôle mérite d’être redéfini.
Elle doit protéger les PECO contre la Russie de Poutine et gérer les crises en Europe à la manière d’une force d’interposition américaine qui rappelle l’ONU et ses casques bleus.
La PESC reste embryonnaire malgré la création en 2003 de l’Eurocorps (France, Allemagne, Belgique et Espagne).
Son impuissance éclate au grand jour avec le conflit Yougoslave.
De même la crise irakienne avec l’intervention unilatérale des USA divise ses membres qui soutiennent ou qui s’opposent. Il y a donc un « déficit » diplomatique ainsi que militaire.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la construction européenne est due à des élites politiques européennes qui ont poursuivi l’œuvre des pères fondateurs.
Elle repose sur le postulat qu’un sentiment d’appartenance à une communauté existe.
Confrontée à son élargissement vers l’Est, l’UE s’interroge désormais sur ses limites et la définition claire de son identité.