Chapitre 5 - La decolonisation et l'emergence politique du Tiers Monde
Plan de l'article
C’est un mouvement de conquête par les peuples colonisés ou dominés, de leur indépendance nationale dans un premier temps, de leur reconnaissance internationale dans un second temps et de leur identité en troisième lieu.
Il débute dès 1918 mais c’est la Seconde Guerre mondiale qui amorce le mouvement et qui se termine rapidement dans les années 80. L’Asie est la première décolonisée (1945-1955) et l’Afrique la seconde (1955-1965).
Mais, ce n’est pas l’indépendance officielle qui justifie l’indépendance réelle. Nait alors un mouvement des « non-alignés » qui ne se positionne sous le joug d’aucun bloc. On tente d’expliquer également leur sous-développement.
Quelles sont les différentes formes prisent pour l’indépendance ?
L’affirmation de ces pays dans le concert des nations est-elle réelle ou bien le Tiers-Monde n’est-il que la victime d’un néocolonianisme ?
Un certain nombre de puissances colonisatrices ont été anéanties ou du moins amoindries par la Seconde Guerre mondiale.
Le Japon se présentait toutefois comme un « libérateur » en Asie. Les nationalismes se déchaînent (Viêtnam, Egypte,…).
Les troupes coloniales furent également très « utilisées » comme chair à canon en leur permettant plus d’autonomie.
De plus, les Alliés se présentent d’un côté comme les défenseurs de la liberté et de la démocratie et de l’autre de colonisateur d’où l’idée de laisser ces peuples libres à disposer d’eux-mêmes.
2 - L’attitude des métropoles (France et Grande-Bretagne)
Tout d’abord, elles refusent l’indépendance de leurs colonies.
Mais, De Gaulle, à la conférence de Brazzaville en 1944, se réunit avec les gouverneurs d’Afrique Noire. On décide d’associer les « indigènes » à la gestion de leurs propres affaires en laissant toutefois un gouverneur français : c’est de l’autogestion et non encore une forme d’autonomie.
La Constitution de 1946 donne de nouveaux droits aux peuples colonisés : égalité des droits, interdiction définitive des formes de travail esclavagiste,…mais reste sous tutelle française.
Toutes les colonies sont alors regroupées sous l’Union Française avec la création de départements (DOM-TOM).
Les anglais font la même chose avec la mise en place de « self-government », sans toutefois négliger leurs intérêts. Ils distinguent les colonies à dominance « blanche » (« dominions » : Canada, Australie…) et les autres (Inde…). Ils veulent conserver les avantages diplomatiques et militaires.
On débouche alors sur des indépendances. On procède étape par étape en maîtrisant ce processus (Inde) avec le cas particulier de la Palestine (promesses contradictoires).
Tout est néanmoins très théorique et se retrouve moins dans les faits.
3 - L’immédiat après-guerre
En 1943 a lieu la conférence de Téhéran. Les deux « Grands » y prennent part.
Les USA souhaitent l’émancipation des colonies sous l’égide de l’ONU. Ils accordent l’indépendance aux Philippines mais pas à Porto Rico. On essaie de faire en sorte que les pays nouvellement libérés ne basculent pas dans le camp adverse dans cette période Guerre Froide.
Les soviétiques ont accordé une assez grande autonomie aux peuples non-russes. Mais ce n’est en réalité qu’une façade. Ils rejettent les impérialismes (doctrine Jdanov) et soutiennent les indépendantistes.
L’ONU joue un grand rôle dans le processus de décolonisation donnant les pays du Tiers Monde majoritaires au conseil de l’ONU mais pas au Conseil de Sécurité (dirigé par les cinq vainqueurs de la guerre). En 1953, elle adopte le droit pour les peuples à disposer d’eux-mêmes.
Là encore, tout cela reste théorique.
B - L’essor des mouvements nationalistes
1 - L’éveil des consciences nationales
On prend conscience d’appartenir à une nation propre dans les pays colonisés. Le nationalisme se répand dans les élites urbaines et les leaders apparaissent.
2 - Une inégale répartition de ces mouvements
En Inde, dès 1895, nait le Parti du Congrès avec à sa tête Gandhi, leader charismatique. Il refuse de coopérer avec les anglais et boycotte son économie ; de manière non violent néanmoins.
En 1922, le président du Pari du Congrès, Nehru, demande l’indépendance. Mais, à cause de la diversité des cultures, Ali Jinnah, leader musulman, revendique l’indépendance contre les anglais et les hindous avec la création d’un état séparé. Il agit également de manière plus violente.
En 1942, c’est l’invasion japonaise jusqu’au porte de l’Inde (Birmanie). L’Angleterre, face à cette menace, promet le statut de « dominion » à l’Inde qui refuse. Après la guerre, l’Inde accède à l’indépendance.
De même, l’Indonésie connaît un mouvement décolonisateur dont le leader est Soekarno. Après la défaite japonaise en 1942, l’Indonésie est indépendante.
L’Indochine, colonie française, souhaite l’indépendance. Elle est menée par le Parti Communiste, en partie indépendantiste, le Vietminh. Cette lutte débute en 1941 sous la France de Vichy avec l’occupation japonaise. Ho Chi Minh, le leader, proclame l’indépendance en 1945 qui s’ensuivra par la guerre d’Indochine et du Vietnam.
En Tunisie, Habib Bourguiba, s’appuie sur le mouvement indépendantiste, le Neo-Destour ; non communiste. Il est réprimé par la France.
Au Maroc, le leader est le sultan Mohammed V et son parti l’Istiqlal qui recherche le soutien américain.
L’Algérie, seule colonie de peuplement franco-européen, fleuron des colonies françaises et de son empire colonial, guidée par Messali Hadj, leader charismatique, souhaite l’indépendance. D’autres, au contraire, réclament plus d’autonomie, sans toutefois souhaiter l’indépendance (Ferhat Abbas). Les mouvements algériens s’embrasent et l’armée française les réprime dans un bain de sang à Sétif, en 1945, suite à des enlèvements de français.
C - La décolonisation de l’Asie (1945-1954) : « la décennie de l’Asie »
1 - L’émancipation négociée des colonies anglaises
L’Angleterre mène une politique pragmatique sachant l’indépendance inéluctable. Elle souhaite conserver des avantages économiques et stratégiques en englobant ces colonies dans le Commonwealth, tout en leur garantissant l’indépendance.
Les heurts intra-communautaires accélèrent le processus d’indépendance. Le vice-roi, Lord Mountbatten est choisi pour négocier le plan de partition de Clement Attlee. Il prend existence en 1947, l’Inde devient donc indépendante. Elle entraine le déplacement de millions de réfugiés : les musulmans fuyant l’Inde hindouiste et les hindous, l’Inde musulmane (Pakistan Oriental et Occidental). Des massacres ont lieu.
La même année, le Sri Lanka devient indépendant et la Birmanie en 1948.
La Malaisie est intéressante pour ses ressources et détient une position stratégique. Les anglais attendent 1957 suite à une guérilla.
2 - Les colonies hollandaises
Une guérilla éclate en Indonésie. Les hollandais sont contraints d’accorder l’indépendance en 1949, sous la pression des deux grands qui veulent rallier à leur cause ce pays.
3 - Le problème de l’Indochine française
De Gaulle envoie un corps expéditionnaire pour lutter contre le Vietminh qui développe une guerre de harcèlement. Des massacres ont lieu : le port de Haiphong est bombardé par les français causant la mort de 6000 personnes de même que la ville d’Hanoi, en réponse à des massacres d’européens.
Les troupes Vietminh sont bien encadrées (général Giap) et ont une meilleure connaissance du terrain. La France s’appuie sur Bao Dai, un nationaliste conservateur et sur Norodom Sihanouk.
En 1949, le conflit s’inscrit dans le cadre de la « Guerre Froide ». Le Vietminh est soutenu par la Chine et l’URSS alors que les américains soutiennent les français ; d’où un équilibre des forces. C’est une « sale guerre » avec de nombreux massacres. 1952 et 1953 sont des années favorables au Vietminh qui gagnent du territoire.
En 1954, des négociations ont lieu à Genève entre la France et le Vietminh, en position de force après la défaite totale de la France à Dien Bien Phu. La France se retrouve contrainte à accorder l’indépendance à l’Indochine, le 21 juillet 1954.
Le Viêtnam est divisé en deux : le Nord est communiste et le Sud pro-américain ce qui débouchera sur la guerre du Viêtnam.
D - La décolonisation de l’Afrique (1956-1968) : « la décennie de l’Afrique »
1 - Le cas de l’Algérie
L’Afrique du Nord et le Maghreb, de même que le Moyen-Orient revendiquent leurs indépendance.
En Egypte, Nasser lance le mouvement. Il existe aussi une ligue arabe. En outre, la défaite des anciennes puissances coloniales donne du charisme à Nasser.
Les anglais se retirent de Chypre et du Yémen.
L’Algérie constitue un problème français car pour beaucoup de français, « l’Algérie, c’est la France », un département colonisé par les « Pieds Noirs » (algériens d’origine européenne) qui ont une position économique et sociale supérieure, en dépit du fait qu’ils ne représentent que 12 % de la population de l’Algérie. La répression à Sétif va galvaniser les mouvements nationalistes qui se radicalisent par la force armée et non par la voie diplomatique. Le Front de Libération Nationale voit le jour avec à sa tête Ben Bella.
Le 1er novembre 1954, surnommé la « Toussaint Rouge », la guerre éclate entre la France et l’Algérie, alors même que la guerre d’Indochine avait pris fin. Le FLN se dote d’une Armée de Libération Nationale (ALN).
La France de Guy Mollet choisit la voie de la répression par la force en « pacifiant le territoire », en soutenant la population et en combattant le FLN. Les harkis (arabes d’Algérie) sont enrôles pour appuyer le contingent français (appelés + armée principale). Le général Massu, un français, remporte la victoire au cours de la bataille d’Alger. Il a recours à la torture d’où la polémique qui s’y est greffée tout autour.
L’ONU internationalise la question en favorisant l’indépendance de l’Algérie.
Avec le retour de De Gaulle en 1958, il choisit de négocier avec le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA).
En 1961, il demande par référendum aux français la mise en place d’un vote laissant choisir les Algériens de leur sort. Les Pieds Noirs se sentent trahis.
L’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) est créée pour lutter contre le FLN mais aussi contre De Gaulle (plusieurs attentats auront lieu).
Un putsch de généraux français a lieu à Alger : c’est le baroud d’honneur des Pieds Noirs français.
Au final, le 18 et 19 mars 1962 sont signés les accords d’Evian qui accordent l’indépendance à l’Algérie.
Cette guerre a fait 600 000 morts, accompagnée de tortures. 1 million de Pieds Noirs et de Harkis sont contraints de quitter le pays après plusieurs massacres. C’est donc une tragédie avec tous les problèmes que cela aura enclenché par la suite.
2 - Le cas de l’Afrique subsaharienne
Le Ghana réclame l’indépendance avec à sa tête Nkrumah, qui l’obtient.
Le Nigéria et le Tanganyika, de même que l’Ouganda et le Malawi l’obtiennent par la suite.
Dans les colonies de peuplement anglaises, l’indépendance est plus difficile à obtenir. Les velléités d’indépendance du Kenya sont durement réprimées.
En Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe), les colons rompent avec Londres car ils sont contre l’indépendance. Ils mettent en place un régime ségrégationniste (cf. l’apartheid en Afrique du Sud). La Rhodésie du Sud devient indépendante après la victoire des africains qui à leur tour mettent en place une dictature.
En 1956, la loi de Gaston Deferre accorde l’autonomie aux colonies françaises. La Constitution de la Ve république marque le pas dans la reconnaissance de ces Etats dits « associés ». La Guinée refuse d’avoir ce statut qui préfère opter directement pour l’indépendance avec son leader Sékou Touré, en 1958.
En 1960, les colonies françaises d’Afrique subsaharienne sont indépendantes. Il reste alors des liens de coopération entre ces pays et la métropole.
La même année, la décolonisation du Congo belge est difficile et laisse le pays en proie à l’anarchie.
Les colonies portugaises que sont l’Angola et le Mozambique deviennent indépendantes dans les années 70 au prix de longue guerre. Cela est du au fait que le Portugal est une dictature (général Salazar).
II - L'émergence politique du Tiers Monde
Elle débute dans les années 50 mais est financé par son économie.
A - La naissance du Tiers Monde
En 1947, la conférence de New-Dehli réunit 25 états asiatiques pour envisager l’après indépendance et ainsi se forger une union politique. Mais ce n’est qu’une prémisse. En avril 1955, la conférence de Bandung fonde le Tiers Monde, en Indonésie. Elle rassemble 50 % de l’humanité dont notamment le mouvement des Non-alignés refusant de s’aligner sur les deux grands. Elle condamne la domination occidentale (coloniale ou économique), de la tendance des deux grands à intervenir dans les affaires internes des pays nouvellement indépendants (droit d’ingérence), elle souhaite une coopération entre riches et pauvres.
Les leaders charismatiques s’unissent : Nasser, Nehru et Zhou Enlai.
C’est le sociologue et économiste français Alfred Sauvy qui emploie pour la première fois, le terme de Tiers Monde, en 1952.
En 1961, la Conférence de Belgrade définit ce qu’est le non-alignement (Tito, Nehru et Nasser).
En 1964, la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED) permet de faire entendre la voix du Tiers Monde réclamant aussi un dialogue Nord-Sud. Toujours en opposition aux deux grands, l’OPEP est créé.
Enfin, l’ASEAN regroupe les pays d’Asie du Sud-est en 1967.
Mais, le mouvement s’essouffle car de nombreux pays sous-développés préfèrent obtenir une aide directe de l’un des deux grands.
B - L’impossible affirmation du Tiers Monde
L’économie de ces pays se développe peu et des guerres civiles éclatent. Les frontières issues de la décolonisation ne sont pas respectées car elles séparent les ethnies.
En 1967-1970, la guerre du Biafra fait apparaître les premières grandes famines ; de même que pour le Rwanda.
Ainsi, des problèmes intérieurs sont à l’origine de l’essoufflement du mouvement.
Il y a des inégalités dans les échanges Nord-Sud : dégradation des termes de l’échange en faveur des pays du Nord. C’est une forme de néocolonialisme.
En 1973, l’OPEP relève ses prix en signe de représailles, sorte de revanche des pays du Sud.
Aujourd’hui, la tendance est à l’éclatement (pays producteurs de pétrole, pays accueillant les délocalisations, PMA…).
Les Etats issus de la décolonisation sont fragiles politiquement, économiquement et socialement. Ils tentent d’affirmer leurs intérêts communs dans les années 50-60 mais échouent dans les années 70.
En réalité, la plus grande partie du Tiers Monde reste un monde sous-développé.