Chapitre 4 - A la recherche d'un nouvel ordre mondial
Plan de l'article
Depuis la disparition de l’URSS, les Etats-Unis sont libérés des contraintes que faisaient peser sur eux la nécessité de maintenir l’équilibre entre les deux blocs. Désormais, les USA font figure d’hyperpuissance unique, que vont-ils en faire ?
I - Hyperpuissance américaine et projet d'une "pax americana"
Les USA n’avait jamais eu une telle occasion d’imposer leur projet d’ordre mondial basé sur des valeurs telles que la démocratie libérale, le capitalisme… avec pour objectif du maintien de la paix, la garantie de la sécurité et enfin d’assurer la prospérité des habitants. Il n’est pas un projet nouveau mais la situation permet de l’imposer.
A - Un projet américain longtemps contrarié
Georges W. Bush père ne fait que reprendre ce projet dans un célèbre discours en 1991 que l’on peut comparer au président Wilson en 1918 (en 14 points présentés devant le Congrès). Mais déjà à l’époque, les grandes puissances européennes l’avait fait avorter.
Après la Seconde Guerre mondiale, Roosevelt le reprend en créant l’ONU (Charte de San Francisco). Mais, il remonte des oppositions avec la confrontation bipolaire dans la « Guerre Froide ».
Avec la chute de l’URSS, Bush affirme que c’est une victoire des USA dans la « Guerre Froide » et donc le moment pour annoncer son projet démocratique, du libre-échange, de concertation nécessaire entre les puissances du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, du caractère inviolable des frontières, etc.
B - Une mise en œuvre chaotique
On espère régler le problème du conflit Israélo-palestinien. Cela débouche sur plusieurs conférences :
Madrid en 1991 ;
Rencontre à Washington en 1993 avec Arafat, leader palestinien (OLPAL), Yitzhak Rabin et Shimon Peres (Israël) ;
Un signe de la reconnaissance de l’Etat palestinien et l’arrêt des attentats de l’OCP marque un grand optimisme.
En Yougoslavie, les différents peuples sont en pleine guerre civile (nationalisme) et la communauté européenne se montre incapable d’agir diplomatiquement, de même que les casques bleus sont trop peu nombreux pour agir efficacement.
Les USA interviennent donc via l’OTAN en 1992 et réussissent à imposer la paix.
Un accord de paix est signé, fin 1995, à Dayton. Une victoire apparente vécue comme une défaite de l’ONU, de l’inviolabilité des frontières.
Les USA se sentent plus efficace en agissant par eux-mêmes et prennent leurs distances avec l’ONU.
En 1993, les USA interviennent en Somalie à but humanitaire (contre la famine) et nomment cette opération « Restore Hope ». Mais cette guerre tourne rapidement au fiasco avec la diffusion d’images effroyables sur l’opinion américaine. On envisage un retrait des USA effectué en 1994, par Bill Clinton.
Elles pratiquent désormais l’unilatéralisme.
C - Le retour à l’unilatéralisme, affirmation brutale de la puissance à partir de 1993
Ils ont tendance à agir en dehors des cadres réglementaires définis par la communauté internationale dans le monde. C’est un choix politique délibéré.
Cet unilatéralisme n’est pas du à l’alternance politique. Discours du directeur de la CIA sous Clinton : « le monde est un espace global dirigé par les USA de manière impériale chargé d’étendre sur la surface du globe l’économie du marché et la démocratie.
La politique étrangère est au service des autorités économiques américaines. Il y a une coopération toujours plus forte entre la politique, l’économie et les renseignements.
D - L’élection de Georges W. Bush junior et le 11 septembre accentue cette évolution
Dans son programme, au cœur de sa campagne, il veut faire passer l’Amérique avant tout et rejeter les Nations Unies. Il mène des guerres préventives. Il rejette les grands organismes internationaux (ONU) et ne signe pas les accords internationaux (Kyoto).
En matière de justice internationale, les américains sont très méfiants (Tribunal de la Haye). Les alliés sont toujours considérés comme des subordonnées.
Les attentats ont accru une certaine méfiance vis-à-vis du monde extérieur justifiant ainsi une politique interventionniste et unilatérale.
Contrairement à la première intervention en Irak, la seconde se fait sans l’accord de l’ONU et donc sans des alliés de poids (France, Allemagne). Celle-ci est aujourd’hui qualifiée de désastreuse.
Des résistances apparaissent face à cet unilatéralisme.
II - Affirmations d'autres pôles de puissance et tentatives de régulation américaine
A - La puissance de l’Asie du Sud et du Sud-est
Pour les USA, il existe 3 concurrents potentiels :
Le Japon : c’est une puissance économique mais incomplète quand au plan politique et militaire due à la défaite de 1945. Aujourd’hui néanmoins, le Japon souhaite détenir une place plus importante dans les relations internationales (envoi de soldats en Irak, casques bleus…) ;
La Chine et l’Inde sont 2 géants qui ont déjà un rôle sur la scène internationale (mouvement des « non alignés ») :
La Chine : c’est une force militaire de par le nombre mais aussi performante ; elle détient un siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU ; 6e puissance économique mondiale ; mais cette réussite est paradoxale car à la fois communiste-socialiste et libérale depuis environ 30 ans ; elle remonte petit à petit la chaîne de production pour produire des produits à forte valeur ajoutée ; conquête spatiale (Shenzhou V) ; rapprochement sino-américain dans le contexte de la « Guerre Froide » mais rupture à la fin de la « Guerre Froide » ; relations internationales spéciales contrainte à une bonne entente avec l’Occident mais avec des points de friction notamment sur la question des droits de l’homme (taux d’exécution de près de 80%) et du Tibet (exil du Dalaï-lama) ; Hong-Kong est rétrocédé à la Chine sous certaines conditions (économie conservée plus démocratie) ; Taïwan est un lieu de refuge au adversaires communistes mais aussi une concurrente à la Chine continentale, aujourd’hui menacé d’invasion et faiblement soutenu par les USA ; contrefaçon chinoise quasi-légale ; menaces islamistes en Asie centrale et en extrême ouest de la Chine (Pakistan…) : rapprochement américain sur le sujet (ajout du dossier nord-coréen) ;
L’Inde : puissance moindre au niveau économique et militaire par rapport à la Chine ; pays du 1/3 monde ; Révolution Verte ; Pays en voie de développement (PID) ; mouvement des non-alignés ; collectivisme (proximité avec l’URSS) mais avec un virage libéral en 1991 dans le but de s’introduire dans la mondialisation (Révolution industrielle dans l’aéronautique, l’informatique, les télécommunications) ; développe des relations avec l’Union Européenne mais pas avec les USA ; garde des relations avec la Russie ;
B - La Russie
Elle est le principal héritier de l’URSS avec toutes ses ressources, son armement et son siège à l’ONU. C’est une puissance fragilisée à cause de l’adaptation difficile à l’économie de marché entraînant des conséquences sociales profondes. L’approche russe de la démocratie est également difficile. La corruption (mafias) et les visions séparatistes (Tchétchénie) contribuent à sa fragilisation.
En mars 2000, Vladimir Poutine arrive au pouvoir entraînant une stabilisation mais au prix d’un autoritarisme renforcé (avec la mise au pas des médias).
La Russie est obligée d’avoir le soutien de l’Occident pour obtenir des fonds d’aides économiques mais aussi avoir les mains libres en Tchétchénie. Les concessions sont forcées.
Néanmoins, la Russie a refusé de soutenir les USA en Irak.
C - L’Union Européenne
C’est la plus ancienne alliance interétatique qui naquit sous les auspices des USA puis qui se développa de manière autonome. Puissante sur les plans économique, culturel, démographique, monétaire, elle n’en demeure pas moins incomplète sur les plan militaire et diplomatique.
Un grand nombre de pays d’Europe ont choisi la protection de l’OTAN et donc indirectement des USA. Cela concerne en partie les nouveaux pays de l’UE (Europe de l’Est, anciennement sous la coupe de l’URSS).
1992 : traité de Maastricht qui établit une Politique de Sécurité Commune (PSC). D’autres initiatives sont également menées : protocole de Kyoto et création de l’OMC. Mais, elle se montre incapable de ramener la paix (exemple de l’Ex-Yougoslavie dont l’ordre fut ramené par l’OTAN).
Quelques réussites tout de même :
En Macédoine via l’intervention du commissaire européen ;
En Géorgie (régions du Caucase, Tchétchénie, Arménie) où l’UE a réussit à maintenir un Etat de droit ;
Aujourd’hui, l’UE se positionne, en général, en opposition avec les USA (cas de l’intervention en Irak, opinions publiques défavorables). Mais, les nouveaux venus sont pour les USA faisant pencher la balance en défaveur du noyau dur franco-allemand.
Aucune de ces puissances n’a la capacité d’empêcher telle ou telle initiative des USA. Au mieux, elles peuvent la gêner en la stigmatisant. Dans le même temps, les USA ne peuvent pas rompre définitivement avec ces puissances et ne pourraient pas se passer de leurs ressources qui conduisent à une interdépendance économique de ces puissances (luttes contre le terrorisme et la prolifération nucléaire).
III - Désir de gouvernance mondiale, refus de l'ordre américaine
A - Les Etats-Unis, un gendarme du monde de plus en plus discuté
Le choix d’unilatéralisme est très critiqué y compris par leurs propres alliés. Dans les camps des opposants à la guerre en Irak, on retrouve par exemple, la France mais aussi la Chine et la Russie tout comme l’Amérique latine. En effet, cette dernière défie la doctrine Monroe (institue le droit aux USA de pouvoir intervenir n’importe où sur le territoire américain) et l’ALENA en instaurant le Mercosur. De plus, des présidents sud-américains se sont fait élire pour lutter contre l’influence américaine.
On retrouve dans cette opposition, l’opinion via un antiaméricanisme profond (par exemple chez les intellectuels anglais).
L’islamisme est une forme d’antiaméricanisme qui souvent se définit en désaccord avec l’Amérique stigmatisant ses valeurs que sont l’individualisme, le matérialisme, le capitalisme… Les islamistes utilisent leur idéologie à des fins politique en instrumentalisant la religion. On distingue les islamistes « modérés » et les islamistes « terroristes » qui utilisent les médias pour imposer leurs idées (Al-Jazzera).
Un seul Etat ne peut pas gérer l’ensemble des conflits mondiaux. Il y a donc nécessité d’une coopération commune.
B - L’ONU
Depuis sa création au lendemain de la guerre, l’ONU a détenu un rôle primordial dans la gestion des conflits internationaux. Bien que paralysée par la vision bipolaire au cours de la guerre froide, celle-ci, avec la chute de l’URSS, se voit désormais être la garante de la paix dans le monde.
Ainsi, via l’utilisation du droit d’ingérence qui l’autorise à intervenir dans les pays ou les droits de l’homme ne sont pas respectés, l’ONU a donc la capacité de mettre en place des actions au-delà même de l’accord des pays concernés. Par exemple, des forces de maintien de la paix ou d’interposition forment les casques bleus qui interviennent partout dans le monde (Irak au cours de la 1ère guerre du Golfe, côte d’Ivoire en 2003…). A chaque fois son objectif premier est de rétablir l’ordre et la paix. De plus, la gestion des conflits s’effectue avant tout par le dialogue et le vote de résolution par le conseil de sécurité. Par conséquent, le nombre de sièges à l’ONU a fortement augmenté depuis sa création en 1945 pour faciliter la mise en place de ce dialogue. Néanmoins, on note une forte domination des pays occidentaux sur les pays du Sud via notamment la répartition des sièges et le droit de veto du conseil de sécurité comprenant les Etats-Unis, l’Allemagne, la France, l’Angleterre et la Chine (seul pays du Tiers Monde pourtant 6e puissance économique actuelle).
Cependant, l’unilatéralisme américain vient court-circuiter l’action de l’ONU. En effet, les USA sont intervenus sans l’accord de l’ONU pour une seconde guerre du Golfe en 2003 malgré le veto français. Le rôle de l’ONU et sa légitimité ne tiendrait-elle qu’à un fil ?