Chapitre 2 - Les grands modeles idÉologiques et la confrontation Est-Ouest jusqu'aux annÉÉs 70
Plan de l'article
C’est durant cette période que l’on s’est trouvé au plus proche d’un conflit généralisé à la limite de la guerre nucléaire. Deux camps se sont opposés : les capitalistes libéraux (pro-américains) contre les communistes (prosoviétiques). Cet affrontement fut indirect : militaire (conflits périphériques), politique, idéologique, scientifique (course à l’espace).
Dans les années 45-46, l’opposition Est-Ouest voient le jour. Les Etats-Unis s’inquiètent du devenir des Etats libérés par l’URSS.
En Grèce, après la libération du pays, une guerre civile éclate qui oppose les résistants communistes aux résistants royalistes (soutenus en particulier par les anglais).
La Turquie, restée neutre jusqu’aux derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, attirent les convoitises de Staline qui souhaite s’ouvrir un contact direct avec la Méditerranée. Il réclame alors la cogestion des détroits (Bosphore et Dardanelles). La Turquie se range alors du côté occidental.
La Conférence de Yalta avait prévu que les peuples d’Europe centrale et de l’Est libérés par l’URSS puissent élire leurs gouvernements et ainsi choisir leurs camps. Mais, l’URSS truque les élections ou fait pression sur les gouvernements élus.
L’année 47 est marquée par la rupture des anciens alliés et par l’apparition de la Guerre Froide.
En janvier 1947, le général Marshall propose d’endiguer la progression communiste en menant une politique de « containment ». Deux outils sont mis à disposition : la bombe atomique et la puissance économique des USA.
Ces idées sont reprises par le président Truman qui les expose devant le Congrès et prennent le nom de doctrine Truman en mars 1947. Les Etats-Unis étendent alors une sorte de « bouclier protecteur » sur les pays libres menacés. Ils proposent une aide économique à tous les pays européens, même à l’URSS. Le plan Marshall sera refusé par les pays de l’Est sous la pression de Moscou tandis que l’Europe de l’Ouest accepte en faisant le nécessaire tout de même pour exclure les communistes de la scène politique.
Les communistes énoncent alors une contre-doctrine : la doctrine Jdanov, au mois de septembre 47, qui appelle à la mobilisation des pays communistes et des partis communistes pour lutter contre l’influence américaine.
Le Kominform a pour but d’orienter les décisions aux partis communistes du monde dont l’action est coordonnée par Jdanov et cet organisme.
B - L’escalade (1948-1953)
1 - Les points de tension
L’Allemagne
L’occupation de l’Allemagne est quadripartite (Américains, Anglais, Français et Russes), de même que Berlin qui se trouve dans la zone soviétique. Le Deutsch mark est la nouvelle monnaie imposée à l’Allemagne. Mais, en juillet 48, Staline bloque l’accès à Berlin (terre et mer).
Les alliés surmontent le blocus en établissant un pont aérien quasi-permanent. Des couloirs aériens étaient tolérés par les Soviétiques.
En mai 1949, le blocus prend fin : il a échoué. C’est la rupture durable entre l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est. Les alliés créent la RFA en rassemblant leurs zones d’occupation.
La naissance de l’Etat d’Israël
Après le génocide, les Juifs du monde entier réclament la création d’un Etat qui leur serait propre. Israël voit donc le jour en Palestine. Cependant, le territoire est déjà peuplé par les musulmans. L’ONU se retrouve donc dans l’obligation de découper la zone entre palestiniens et israéliens.
La naissance officielle a lieu le 15 mai 1948. Elle est approuvée par les membres du conseil de sécurité de l’ONU. Au même moment, les pays arabes déclarent la guerre. Mais Israël a tôt fait de remporter la victoire si bien que la Palestine est désormais intégrée à Israël ou dans les pays arabes.
Après 1949, Israël se range définitivement aux côtés des Américains. L’URSS soutient de ce fait les pays arabes. Voici comment Israël s’incluse dans la Guerre Froide.
La guerre de Corée (1950-1953)
Corée du Nord : prochinois, communistes.
Corée du Sud : sous tutelle de l’ONU après un incident de frontière.
L’offensive nord-coréenne est stoppée via l’intervention des casques bleus, principalement Américains, sous la direction de Douglas Macarthur. Mais celui-ci est rappelé par le président américain car il envisageait d’utiliser la bombe atomique. L’armistice a lieu en juillet 1953 à Pan Mun Fou après avoir fait 3 millions de morts.
La frontière entre les deux Corées n’a pas bougé depuis et reste la plus hermétique au monde.
En 1952, Staline meurt.
La guerre d’indépendance en Indochine
Cette colonie française réclame son indépendance et se place sous l’égide de l’URSS. La guerre éclate en 1947. C’est à la fois un problème de décolonisation et de Guerre Froide.
Le parti Vietminh (Ho Chi Minh) s’oppose à la France.
En 1954, face à une erreur stratégique catastrophique, la France signe l’armistice et reconnaît l’indépendance indochinoise, suite à la bataille de Dien Bien Phu. On passera ensuite de la guerre d’Indochine à la guerre du Viêtnam.
2 - La formation des 2 blocs
Clan occidental
1949 : création de l’OTAN qui regroupe essentiellement les pays occidentaux autour des USA.
Ce sont les Américains qui contrôlent ces forces et qui appliquent leur bouclier nucléaire sur l’Europe.
1948 : OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique) gère l’application du plan Marshall.
Clan soviétique
Des traités bilatéraux entre l’URSS et ses satellites sont ratifiés.
Le Kominterm puis le Kominform s’occupe de l’ensemble des communistes dans le monde et de leurs actions.
Le COMECON coordonne l’économie entre les divers pays communistes, surtout au profit de l’URSS.
II - De la "Guerre Froide" à la coexistence pacifique
A - La stabilisation de la « Guerre Froide »
On assiste à des évolutions des 2 côtés. Staline est mort et Dwight Eisenhower devient président des Etats-Unis et John Foster Dulles son secrétaire d’Etat.
Il veut endiguer et même refouler voire anéantir le communisme.
Pour y parvenir, les USA ressentent la nécessité de renforcer leurs alliances d’où, dans cette seconde moitié des années 50, la pactomanie avec la signature de multiples traités.
L’OTASE est l’équivalent de l’OTAN pour l’Asie du Sud-est.
Nikita Khrouchtchev succède à Staline et se révèle être plus pragmatique avec les USA non sans quelques moments de tensions. Il signe, par exemple, l’armistice en guerre de Corée.
Il établit le pacte de Varsovie en 1955 qui regroupe les pays de l’Est et la Russie. C’est l’équivalent de l’OTAN. Ce pacte est une réaction à l’entrée dans l’OTAN de l’Allemagne de l’Ouest (RFA).
Il permet aussi, à la différence de l’OTAN, de coordonner les politiques de ses signataires.
La « Guerre Froide » se stabilise donc en partie aux tensions communes à l’intérieur des 2 camps.
1956 : crise de Suez.
Nasser est un grand colonel qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat en Egypte et qui défend une politique nationale et la création d’un « monde arabe ». Il demande des aides aux actionnaires de la compagnie du canal de Suez pour construire un barrage mais les français et les britanniques (principaux actionnaires) refusent car ce dernier mène une politique anti-israélienne (contraire à la politique américaine). Nasser nationalise donc la compagnie.
Face à cela, la France et l’Angleterre lance une opération conjointe de parachutage avec l’appui d’Israël à Port Saïd et à Suez. Cela se solde par une certaine réussite.
Mais, les « grands » interviennent. L’URSS voit d’un très mauvais œil cette attaque et les USA menacent avec le nucléaire. La France et l’Angleterre sont reléguées au second plan. Les 2 pôles ne veulent pas de concurrent.
Nasser défait militairement triomphe militairement. Il devient leader des pays du Sud et des pays arabes.
Les ambitions franco-britanniques sont limitées. Plus jamais ils ne pourront intervenir sans l’accord des USA.
B - Vers la coexistence pacifique (1957-1962)
C’est une période d’hésitation et de perte de stabilité.
On met en place l’équilibre de la terreur militaire au sens large mais plus particulièrement nucléaire (Bombe A puis H).
Les Américains se sont pratiquement laissés distancés par les Russes du fait qu’ils possédaient des bombardiers.
Les Russes parient sur des fusées longue portée. Les USA ripostent avec des sous-marins à propulsion nucléaire. Les Russes font de même.
Chacun a donc la capacité de se détruire mutuellement.
Il y aussi une compétition dans le domaine spatial : les Russes sont en avance avec, en 1957, le lancement du 1er satellite puis des engins sur la lune, de la première chienne dans l’espace Laïka et enfin de Gagarine.
L’armement nucléaire prolifère dans le monde (Royaume-Uni, France, Chine).
En 1959, Khrouchtchev se rend aux USA et à l’ONU. Il y rencontre Kennedy.
Désormais, on envisage de moins en moins à passer à l’acte et on favorise la dissuasion « graduée ».
Berlin est une place typique dans la Guerre Froide puisqu’elle commence et se termine dans cette ville. Khrouchtchev n’est pas content et souhaite annexer Berlin à la RDA. Mais rien ne se passe. Cette situation d’enclave facilite l’exil vers l’Ouest. Des millions de réfugiés fuient à l’Ouest.
Mais, un avion espion américain est abattu par les Russes en 1961. Ce prétexte permet de construire un mur encerclant Berlin-Ouest avec des miradors et des tirailleurs.
Kennedy visite les Berlinois de l’Ouest en 1963 pour les soutenir (« Ich bine ein berliner »).
En 1959, Fidel Castro, avocat, chasse le dictateur cubain Batista. Au début, Castro n’est pas ouvertement socialiste ou communiste mais le devient avec le Che Guevara et donc avec l’URSS.
Dossier : la crise de Cuba, sommet de la guerre froide
Menace militaire : missiles, bases de lancement, terreur avec la portée des missiles pouvant atteindre les principales villes américaines et donc anéantir les populations mais aussi l’économie américaine et ses centres de décisions ;
Position stratégique de Cuba à la fois sur les USA mais également sur le canal de Panama et la base de Guantanamo ;
Présence de bombardiers assemblés sur place ;
Risque thermonucléaire ;