Chapitre 1 - De la sociÉtÉ de consommation a la sociÉtÉ de communication
Plan de l'article
Durant trente années de prospérité, la France va connaître une croissance forte ininterrompue et un quasi plein-emploi. La consommation de masse atteint alors son apogée.
Cependant, après le premier choc pétrolier, une période d'instabilité s'installe marquant une profonde rupture avec la précédente.
Aussi dans un contexte de mondialisation, la société connaît de profonds bouleversements la conduisant, notamment, à une société de communication.
I - Les Trente Glorieuses et l'apogée de la société industrielle (1945-1973)
A - Une croissance exceptionnelle installe la société de consommation
1 - Conséquences économiques
Jean Fourastié est le premier à employer le terme de Trente Glorieuses pour désigner le taux de croissance annuel de 5%.
Cette croissance s’accompagne du quasi plein-emploi avec la tertiairisation de celui-ci. Le taux de chômage reste inférieur à 2% malgré les gains de productivité obtenus dans les secteurs primaires et secondaires grâce à la mécanisation.
On a donc recours à la main-d’œuvre immigrée :
1,7 million en 1946 ;
3,4 million en 1974 ;
2 - Conséquences sociales
On assiste à l’élévation du niveau de vie avec notamment des gains de pouvoir d’achat (x4 pour un ouvrier).
Les inégalités sociales se réduisent. Il y a une meilleure répartition des richesses.
On installe une société de consommation de masse avec le plein emploi, les gains de pouvoir d’achat, la publicité et l’accès au crédit.
L’automobile est le symbole de la généralisation de la consommation de masse tout comme la télévision et les appareils ménagers.
Elle embrasse une amélioration des conditions de vie ; le logement s’améliore.
1946 : 5% avaient une salle de bains ;
1975 : 90%, soit une multiplication par 18 ;
Dans le domaine de la distribution, les supermarchés puis les hypermarchés voient le jour.
3 - Les limites de la croissance
On constate des limites à cette croissance atypique :
Le fossé Nord-Sud se creuse dans les années 60 ;
Au moment de la décolonisation, l’OPEP est crée pour rééquilibrer l’échanger ; le krach pétrolier de 1973 est due à cette organisation ;
Cette croissance consomme des ressources de manière exponentielle ; on pollue en masse parce qu’on produit en masse et que l’on consomme en masse ;
Les immigrés vivent dans des bidonvilles ; en 1954, l’abbé Pierre lance son appel ; les « barres sont construites » ;
B - Les facteurs de cette croissance atypique
1 - Le capital humain
La formation s’améliore avec l’allongement de la scolarité, la multiplication des écoles d’ingénieurs et des lycées techniques et une recherche fonctionnelle.
2 - La productivité
Elle est multipliée par 30 durant la période.
Le baby-boom élargit le marché via l’augmentation de la consommation.
3 - Le rôle des Etats-Unis
Les USA servent de modèle pour les entrepreneurs via les nouvelles méthodes d’organisation du travail (taylorisme, fordisme).
L’apport d’argent par le plan Marshall eut pour but de :
Rétablir l’Europe pour lutter contre le communisme ;
Faire consommer des produits américains ;
Le GATT et le SMI sont d’autres leviers d’intervention.
L’explosion des échanges passent de 4 à 47 millions de $ en 1975. Les modes de vie s’américanisent.
L’avènement puis le règne de la technologie, le passage de l’entreprise artisanale à l’industrie multinationale s’affirme.
On assiste à une révolution technologique (électricité, radio, téléphone, cinéma, avions). La consommation se massifie.
Des innovations voient le jour telles que : l’atome, le plastique, les matières synthétiques.
Les entreprises se concentrent et s’internationalisent (FTN).
4 - Le rôle de l’Etat
L’Etat providence de Keynes (Welfare State) se développe en France. Il intervient dans l’économie en investissant dans les structures de pointe (nucléaire) et en réinjectant des revenus dans l’économie (sécurité sociale, HLM pour favoriser l’accès au logement…).
C - Les mutations de la société
Les paysans ont quasiment tous disparu. Ils constituent plus du quart en 1945 et moins du dixième en fin de période :
La mécanisation pousse au chômage ;
La PAC favorise le phénomène ;
Les exploitations sont de plus en plus grandes ;
Les parcelles sont remembrées pour être plus facile à cultiver ;
La classe ouvrière augmente (45%). Les méthodes fordistes s’appliquent en France avec une OST qualifiée « d’abrutissante ». Le niveau de vie des ouvriers s’améliore mais pas les conditions de vie. La mobilité sociale n’est pas permise.
Les « cols bleus » explosent. Ils concernent le secteur tertiaire en passant de 1/3 à 1/2 de la population active.
Le nombre d’artisans et de commerçants recule alors que les emplois non qualifiés du commerce augmentent.
Les hauts fonctionnaires, les cadres et les ingénieurs explosent littéralement dans le tertiaire.
Ce sont les principaux consommateurs ; ils se distinguent aussi par leurs 1/2 valeurs conformistes (individualisme, ambition,…).
L’urbanisation est commune à toutes les couches sociales avec banlieues de plus en plus étendues naissant au cours des Trente Glorieuses.
Les transformations sociales ont donc été profondes et rapides. La société de consommation se développe grâce à la hausse du revenu et à la baisse des prix et à la diversité des produits.
Le moteur de la croissance reste encore l’industrialisation mais qui porte sur de nouveaux produits (innovations).
Ce mouvement de croissance soutenue s’interrompt brusquement avec en 1973 le premier choc pétrolier.
II - La croissance dépressive depuis 1973
A. La rupture des années 70
Elle est visible par la chute de la production industrielle.
Les usines font faillite, ferment, licencient. Le chômage explose.
Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le PIB baisse. A la différence de 1929, les prix ne s’effondrent pas mais s’envolent (+10%/an d’inflation). C’est la stagflation et le chômage de masse.
Les causes principales sont les suivantes :
Les chocs pétroliers :
Octobre 1973 : le prix du baril de pétrole est multiplié par 4 en mesure de représailles contre Israël et les USA.
Les pays du Sud reprennent en main leurs richesses ; jusqu’alors les compagnies pétrolières étaient détenues par des firmes anglo-américaines ;
1979 : révolution islamiste qui chasse le Shah d’Iran ;
Guerre Iran/Irak : le Golfe Persique s’affaiblit et l’approvisionnement en pétrole non assuré ;
La facture énergétique s’alourdit, la balance commerciale s’inverse : on fait la chasse aux « gaspis » ;
Le système monétaire de Bretton Woods est aboli par Nixon. La convertibilité du dollar en or est suspendue : les monnaies « flottent ». Le dollar est dévalué et les échanges sont instables. Pour compenser cette perte de valeur, l’OPEP augmente ses prix.
Une autre école affirme que la crise est due aux cycles de Kondratiev.
Ces principaux signes sont donc un essoufflement de la consommation en même temps de l’apparition d’une révolution technologique (NTIC), riches d’innovations et de recherche : c’est la 3e révolution industrielle (aérospatial, nucléaire, informatique, robotisation, miniaturisation…).
B. Une croissance honorable, à partir de 1976
Le taux de croissance annuelle passe de 5 à 2% dans les pays développés. Durant cette période, le PIB augmente autant que pendant les Trente Glorieuses.
Les échanges explosent, c’est l’accélération de la mondialisation.
La consommation continue d’augmenter mais de manière ralentie.
Taux d’équipements des ménages français
1973
1992
Automobile
62%
77%
TV couleur
10%
90%
Réfrigérateur
87%
98%
Lave-linge
66%
89%
Cependant, pendant cette même période, les inégalités NORD-SUD se creusent.
C. Montée du chômage et de l’exclusion
30 Glorieuses : 300 à 400 000 chômeurs en France.
1975 : 1 million
1985 : 2 millions
1995 : 3 millions
Le chômage de masse explose donc.
Il est de longue durée et touche en priorité les femmes et les jeunes non diplômés. Les cadres sont également touchés de même que les seniors.
C’est la fin du fordisme avec l’avènement de la robotisation et les premières délocalisations.
Le travail précaire et la flexibilité se développe.
On libéralise l’économie. Margaret Thatcher le met en place en Angleterre de manière « sauvage ». L’Etat-providence n’existe plus. On cherche à stimuler l’investissement et la croissance en baissant les impôts.
Cette politique créée des exclus. On revient sur le mythe d’une croissance bénéfique à tous. Le sort ne s’en trouve pas amélioré.
1970 : 24 millions de chômeurs aux USA ;
1999 : 36 millions
La contestation du libéralisme voit le jour avant même les années de crise dans les années 50.
III - Vers une société de consommation à l'échelle planétaire
La fracture économique est désormais aussi numérique ; les NTIC sont au cœur des préoccupations : on parle d’une « société de communications ».
A. Les modalités de mise en place
On assiste à la course au haut débit pour transmettre toujours plus et toujours plus vite en miniaturisant. Il faut aussi des serveurs qui offrent un domaine de services toujours plus grand.
B. Plus qu’une révolution technique
Elle permet de rapprocher les hommes via l’instantanéité de la transmission de l’information. L’ubiquité est ainsi permise.
Elle modifie les comportements humains. Cependant, cette immédiateté empêche le recul et l’objectivité par rapport à un évènement.
La communication est essentielle pour l’économie. Des empires (AOL Time Warner) se sont spécialisés dans ce secteur.
Ce sont aussi des acteurs puissants de la mondialisation.
Ils semblent que la communication prenne de plus en plus d’importance dans la politique.
C. Les limites de la société de communication
On peut donc privilégier le contenant au contenu en mettant au second plan les idées ce qui représente un danger pour la démocratie. Des comportements impulsifs peuvent avoir lieu chez les citoyens.
La mise en place de cette société ne réduit pas la fracture NORD-SUD.
Il y a aussi un 1/4 monde dans les pays riches.
Elle participe à l’uniformisation du monde via l’extension du modèle américain.
Les NTIC créent de nouveaux modes de vie mais renforcent les inégalités et peuvent entraîner des réactions identitaires de la part de ceux qui refusent l’uniformisation.
« Le monde est devenu un atelier et un hypermarché planétaire où ne circule librement que les marchandises, pas les personnes et dans lequel est répandue la culture libérale dominante qui corrode les cultures différentes. »
Sous-commandant Marcos (gauche) : révolutionnaire mexicain.