Figurant parmi les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale, la France est malgré tout releguée au rang de puissance moyenne. La période sombre de l'Etat de Vichy ont entaché son prestige et son image de pays des Droits de l'Homme. C'est pourquoi, des politiques internationales de grande ampleur sont menés par les dirigeants successifs du pays pour redorer l'image de la France et réaffirmer son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis et de l'URSS notamment par l'intégration européenne dont la France et l'Allemagne constitue le "noyau dur".
La possession d’un empire colonial a permis à la France, vaincue en 1940, de reconstituer une puissance militaire pour pouvoir compter parmi les vainqueurs en 1945. L’importance stratégique mondiale que cet empire confère à la puissance française, les ressources naturelles des colonies, la population et le marché qu’elles représentent, donnent aux dirigeants l’espoir de compter parmi les grandes puissances. Enfin, le pays estime qu’il doit défendre les intérêts et les propriétés des français installés dans les colonies et guider le développement de celles-ci.
Mais des révoltes graves se produisent dès 1945 en Algérie et en Indochine, en 1947 à Madagascar, en 1952 au Maroc, en 1954 en Algérie. Rejetée par les peuples des territoires concernés, ainsi que par la logique de l’ONU, la colonisation se révèle plus un obstacle à la puissance française qu’un atout géographique.
2 - La colonisation affaiblit l’influence française
Le régime parlementaire de la IVe République a du mal à faire des choix nécessaires : pour ne pas donner l’impression de céder par faiblesse aux revendications indépendantistes, les partis rivalisent d’intransigeance et déchaînent les guerres coloniales. La conséquence en est un recul grave du prestige de la France et un affaiblissement de son économie et de sa capacité à influencer les relations internationales.
En Indochine, les forces françaises vaincues doivent laisser la place à des régimes faibles sous tutelle américaine.
En Afrique du Nord, l’expédition militaire de Suez (1956), destinée à combattre l’Egypte de Nasser pour punir celui-ci de son appui à la guérilla algérienne, échoue à cause de l’hostilité de l’URSS et des Etats-Unis. Dans les conférences internationales et à l’ONU, les pays du Tiers monde condamnent régulièrement la politique française comme à Bandung en 1956.
En Algérie, plus proche de la métropole et où les colons français sont bien plus nombreux, la guerre sera plus âpre, faite d’attentats, de ratissages et d’opérations policières où l’on pratique la torture. Les succès militaires français durcissent l’opposition de la population et ne peuvent suffire à empêcher le désir d’indépendance.
3 - La décolonisation
Seuls quelques responsables lucides essaient de préparer une décolonisation négociée : Pierre Mendès France, qui organise l’indépendance de l’Indochine, Alain Savary et Gaston Defferre, qui préparent l’autonomie progressive des autres colonies.
Mais il faut attendre le général de Gaulle, pourtant porté au pouvoir par les partisans de l’Algérie française, pour que la France décide de s’engager définitivement dans la décolonisation : les pays d’Afrique noire accèdent à l’indépendance en 1960, l’Algérie en 1962.
B - Par une stratégie militaire indépendante
La IVe République a préparé les bases d’une politique extérieure indépendante, en particulier par ses investissements militaires (recherche atomique) ; mais le pays reste dépendant de la puissance américaine, à cause de la « Guerre Froide » et des difficultés coloniales. De Gaulle inaugure une politique plus spectaculaire pour rompre avec la tutelle des Etats-Unis.
1 - La dissuasion
La possession de l’arme atomique (1960), mise au point par les techniciens français sans aide extérieure, permet à la France de disposer de la même puissance menaçante que les deux grands. Les missiles intercontinentaux, puis les sous-marins atomiques complètent en 1967 cet arsenal, qui peut atteindre tous les points de la planète.
La France refuse d’intégrer ces armes dans les dispositifs de l’alliance occidentale : elles pourront être utilisées dans toutes les directions (« tous azimuts »), garantissant l’indépendance des choix nationaux.
2 - L'indépendance stratégique
De Gaulle retire peu à peu les forces françaises des dispositifs militaires alliés qui les plaçaient sous commandement américain, à travers l’OTAN. En 1967, le démantèlement des bases alliées installées sur le sol français parachève ce retrait.
La prospérité économique, le siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, les liens privilégiés maintenus avec les pays francophones et les anciennes colonies africaines, la possession de petits territoires conservés sur tous les continents, complètent ces éléments de puissance et permettent de mener une politique autonome.
3 - Une politique entre les deux blocs
Le général de Gaulle sait se montrer un allié fidèle des Etats-Unis en cas de crise (crise des fusées de Cuba). Mais il cherche avant tout une voie originale entre les deux blocs, qui irrite souvent les américains : il critique l’hégémonie des Etats-Unis et du dollar, il reconnaît la Chine populaire en 1964, il soutient les pays arabes après leur défaite de 1967 contre Israël.
Une politique d’aide aux indépendances nationales lui permet d’allier son idéologie nationaliste et sa volonté de contrer la domination des deux grands. Dans ses voyages officiels, il ne cesse d’encourager les résistances en Europe de l’Est, contre l’URSS (en 1968, voyage en Roumanie et condamnation de l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie), dans le Tiers monde, contre les Etats-Unis (voyage dans les pays d’Amérique latine en 1964, discours de Phnom Penh contre l’intervention américaine en Indochine en 1966), au Québec, où il soutient les revendications des canadiens francophones en 1967.
Provocatrices, les idées stratégiques de de Gaulle ont peu de retombées immédiates, mais elles ont par la suite montré leur pertinence.
C - Par l’Europe et la modernisation du pays
Face à la puissance économique des Etats continentaux que sont les Etats-Unis et l’Union soviétique, la France ne peut continuer à avoir une influence forte dans les relations internationales sans faire partie des pays les plus développés et remplacer l’importance que lui donnait son empire par le poids d’une Europe unie. C’est pourquoi, de Gaulle, pourtant réticent vis-à-vis de tout abandon de souveraineté, accepte le développement du marché commun préparé par la IVe République. Il utilise l’ouverture créée par l’intégration européenne pour accélérer la modernisation de la France. La mise en concurrence stimule les entreprises et les contraint à s’adapter aux innovations techniques ; une politique ambitieuse de recherche scientifique, stimulée par les besoins militaires et atomiques, aide à rattraper l’efficacité et la productivité américaine ; les investissements de l’Etat dans les infrastructures orientent l’évolution du pays vers une société riche et modernisée. Démultipliée par la force économique de l’Europe, la puissance française peut ainsi être à la mesure des ambitions internationales de son président.
II - L'indépendance de la France et de l'Europe
A - Atouts et limites de la puissance française
La France reste une puissance moyenne, mais qui bénéficie de son passé de grande puissance et de son héritage culturel.
1 - La défense et le Conseil de sécurité
L’arsenal nucléaire fonde l’indépendance de la diplomatie française ; il repose sur la bombe à hydrogène (1968) et sur des sous-marins porteurs d’armes atomiques de dissuasion. L’armée est modernisée par la création d’unités d’intervention rapide, capables de lancer des opérations militaires limitées dans des pays lointains.
Utilisant le statut de puissance (siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU), le président Giscard d’Estaing sait être à l’initiative des évolutions diplomatiques : il suggère la tenue de sommets annuels des chefs d’Etat des pays les plus riches (G7, en 1975 à Rambouillet) ou de grandes conférences internationales réunissant les pays du Nord et ceux du Sud (Paris, 1977 ; Cancun, 1981).
2 - L’influence culturelle
La France bénéficie de son passé et lui doit la présence du français comme langue internationale dans tous les documents diplomatiques, la réputation de Paris comme capitale artistique et littéraire, la situation de pays le plus visité par des touristes, le prestige attaché à la nation des « Droits de l’Homme ».
Bien sûr, cette position est affaiblie par la domination de l’anglais dans le monde des affaires et des sciences et par la puissance culturelle des Etats-Unis. Mais un effort permanent reste consenti par la nation pour préserver une partie de cet héritage : importance du réseau des centres culturels et des lycées français et du réseau diplomatique, le second au monde après celui des Etats-Unis, coopération avec les pays où l’on parle le français, symbolisée par les « sommets » réguliers de la francophonie.
3 - Vingt de politique internationale (1969-1989)
Avec réalisme, les successeurs du général de Gaulle mènent la politique extérieure d’une puissance moyenne. Ainsi, les relations franco-américaines se détendent : tout en conservant leur autonomie, les armées françaises participent à nouveau aux manœuvres de l’OTAN et le président Mitterrand soutient les Etats-Unis et leurs alliés en 1980 face à la menace de missiles soviétiques.
Mais l’originalité de la politique extérieure française demeure : dans les relations privilégiées entretenues, depuis 1970, avec les pays arabes et l’appui apporté aux revendications des Palestiniens ; dans les bons rapports entretenus avec l’URSS jusqu’en 1989, dans le souci d’équilibrer l’influence américaine en Europe.
B - L'intégration européenne
L’importance économique croissante d’une Europe de plus en plus intégrée et peu à peu élargie à de nouveaux Etats conduit les dirigeants français à faire de la construction européenne un objectif majeur.
1 - Les continuités du choix européen
Vers 1950, la construction européenne apparaît comme une nécessité pour contrebalancer la puissance soviétique et réconcilier la France et l’Allemagne.
C’est d’une unification économique qu’elle va naître, avec la mise en commun des ressources en charbon et en acier (création de la CECA avec l’Allemagne, l’Italie et le Benelux, en 1951), dont l’organisation préfigure les futures institutions européennes (une commission technique, un conseil des ministres, une assemblée et une cour de justice). Malgré l’échec d’une organisation similaire pour une défense européenne (la Communauté Européenne de Défense, abandonnée en 1954), on élargit et on renforce cette union économique par le Traité de Rome (1957), qui crée la Communauté Economique Européenne (CEE).
2 - Les hésitations des français
Certes, le nationalisme du général de Gaulle le conduit à une vision plus ambigüe de la place de la France dans l’Europe. Dans l’opposition, il avait combattu tout transfert de souveraineté et avait largement contribué à l’échec de la CED. Une fois au pouvoir, il reste méfiant vis-à-vis de tout risque de supranationalité : il rejette à deux reprises la candidature de l’Angleterre, craignant qu’elle ne nuise à l’indépendance de l’Europe face aux Etats-Unis ; surtout, en 1965, il exige l’unanimité pour les décisions importantes, bloquant ainsi toute évolution vers une fédération.
Mais, en même temps, de Gaulle accepte et renforce la logique de coopération économique avec la Politique Agricole Commune (PAC) et la libre circulation des produits industriels (1968). Le renforcement des politiques économiques et des institutions européennes lui paraît d’autant plus nécessaire qu’il permet de compenser la perte de l’empire colonial.
3 - Quelle Europe ?
Les présidents suivants vont jouer plus clairement le jeu de l’intégration européenne. Georges Pompidou lève l’opposition française à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE ; Valéry Giscard d’Estaing défend la candidature de la Grèce, puis celle de l’Espagne et du Portugal, qu’organise François Mitterrand.
La France est à l’initiative des traités qui organisent les institutions européennes et l’union monétaire, transforment peu à peu la CEE en une union quasi-fédérale. Dès 1974, avec les sommets des chefs d’Etat, qui se tiennent tous les six mois ; en 1979, avec le système monétaire européen et la première élection du Parlement européen au suffrage universel. Surtout, le traité de Maastricht, en 1992, prépare la monnaie unique, l’euro, et étend le champ des compétences gérées au niveau européen (police, justice, transports, consommation, santé, culture).
Mais une bonne partie de l’opinion française (et aussi des Etats membres de l’Union Européenne) refuse la logique fédérale : c’est ce qu’exprime Jacques Chirac en 1978 lorsqu’il critique la politique européenne de Giscard d’Estaing (« appel de Cochin ») ; c’est ce que veulent dire les électeurs lorsqu’ils n’acceptent qu’à une très courte majorité (51,4%) le traité de Maastricht, appuyant les groupes politiques qui refusent cette évolution, à droite comme à gauche ; c’est enfin ce que traduisent les conflits de l’année 2003 autour de la politique étrangère commune ou du projet de Constitution européenne.
C - Après 1989, une place dans un monde multipolaire
La fin du bloc communiste modifie les atouts de la diplomatie française, qui ne peut résister que plus difficilement à l’influence américaine.
1 - Avec ou contre les Etats-Unis ?
L’alliance atlantique avec les Etats-Unis reste le ciment de l’action internationale de la France : ainsi, les Etats-Unis appuient de leur puissance militaire la restauration de la paix dans l’ancienne Yougoslavie. Avec les autres pays d’Europe, la France participe largement à la guerre du Golfe (1991) et, après les attentats meurtriers contre les Etats-Unis, à la guerre contre le régime afghan, qui protégeait les terroristes. A l’ONU, c’est l’accord entre les cinq grandes puissances qui permet d’aider à l’organisation d’un monde multipolaire (création de l’Organisation Mondiale du Commerce, interventions dans les zones de tension, création d’une cour pénale internationale).
Pourtant, refusant d’accepter certains aspects de la politique extérieure américaine, la France prend parfois la tête des pays qui s’opposent : ainsi, elle critique l’appui trop manifeste donné à Israël au détriment des Palestiniens, elle cherche à unifier une politique étrangère européenne rivale de celle des Etats-Unis, et, en 2003, elle s’oppose à l’intervention militaire en Irak. Cette attitude provoque l’hostilité des américains, qui comprennent mal les choix français, et, dans l’opinion française, le développement de l’antiaméricanisme.
2 - Vis-à-vis des pays émergents
L’influence traditionnelle exercée par la France dans les pays issus de son ancien empire colonial peine à se maintenir. L’Afrique compte moins dans les flux économiques mondiaux et l’économie française ne peut plus suffire à la soutenir.
Quelques signes le montrent : la dévaluation du franc CFA en 1996, le plafonnement de l’aide économique, les difficultés rencontrées lors des interventions militaires (Rwanda, 1994 ; Côte d’Ivoire, 2003). Au Moyen-Orient et dans le monde arabe, l’influence française ne contrebalance plus la puissance américaine et la diplomatie française n’est pas la mieux placée dans les deux zones en croissance rapide que sont l’Europe de l’Est et l’Asie.