C’est un espace immense s’étendant du Japon à l’Indonésie marqué par un littoral insulaire. Il s’agit de l’archipel japonais, la péninsule coréenne, le littoral chinois, la péninsule indochinoise et l’archipel indonésien. En outre, c’est un espace discontinu de par la densité, l’économie et d’autres critères.
Il représente 13 % de la population mondiale, 17 % de la production et 20 % des échanges (exportations).
En quoi l’Asie orientale est-elle originale ?
Comment s’est-elle constituée ?
Quelles en sont ses limites ?
I - Les caractéristiques d'une aire de puissance en expansion
A - Une aire fortement peuplée
700 millions d’habitants au total pour une population essentiellement urbaine avec des agglomérations dépassant les 10 millions d’habitants (Tokyo, Osaka, Séoul, Beijing, Shanghai, Taipei) marquées par un phénomène de métropolisation.
B - Une aire éclatée
C’est un espace étiré, hétérogène et composite de par les statuts qu’ont ces pays (état-continent comme la Chine et des états-villes comme Hong-Kong). On trouve une monarchie constitutionnelle au Japon, une démocratie populaire en Chine et mêmes des républiques d’où une diversité dans les régimes politiques.
Les IDH sont très différents et les activités économiques très différentes. Les taux de croissance sont élevés et les flux croissent.
Les principaux pôles économiques sont constitués :
D’un arrière-pays à fortes activités de production ;
Une ou plusieurs grandes villes ;
Un ou plusieurs grands ports ;
Il existe une hiérarchie de ces pôles :
Le Japon domine de par une aire d’activité (mégalopole), de 3 pôles urbains (Tokyo, Osaka, Nagoya) et dispose de 4 ports parmi les 10 premiers d’Asie (Tokyo et sa baie, Nagoya, Osaka-Kobe, Kita-Kyushu) ;
La Chine dispose de 5 pôles urbains (Pékin, Hong-Kong, Guangzhou, Shanghai, Tientsin) et 2 des 10 premiers ports d’Asie (Shanghai, Hong-Kong) ;
Les ports sont des interfaces à plusieurs échelles (locales, nationales, internationales, mondiales).
Ces pôles correspondent à la typologie des villes asiatiques.
C - Un développement en vague successive
1 - Les années 50-60
Le Japon se développe grâce à une sorte de plan Marshall appliqué au Japon. Il se contente de copier, produire, reproduire sans innover.
2 - Les années 70-80
Le Japon développe une puissante Recherche et Développement et commence à délocaliser les activités productives de base dans les territoires à faible coût de main-d’œuvre (Dragons : Taïwan, Hong-Kong, etc.) qui deviennent des Nouveaux Pays Industrialisés (NPI), des pays ateliers fournissant également des ressources au Japon.
3 - Les années 90-2000
Ce sont les NPI qui se sont à leur tour enrichis et qui ont à leur tour diversifié leur production pour ensuite la délocaliser (Bébés Tigres : Viêtnam, Chine, Indonésie, etc.) et s’intégrer dans le commerce international (bourse, banque, etc.).
Ces trois phases s’appuient sur le modèle libéral y compris la Chine, principal concurrent du Japon (mais conservant le côté communiste) dans le cadre de la mondialisation.
C’est donc un espace en extension, non figé à la différence des USA et de l’Europe.
II - Les facteurs
A - Le modèle japonais
Très pauvre en ressources naturelles, le Japon doit importer fortement et par conséquent, se retrouve condamné à l’exportation et à l’ouverture sur le monde.
Aux origines de sa puissance, on y trouve l’industrie automobile et l’électronique (Sony, Toyota, Mitsubishi, Yamaha, Honda, Nissan).
Cependant, le Japon a maintenu des industries plus traditionnelles en les modernisant toutefois (sidérurgie sur « l’eau », chimie, etc.).
Plus récemment, on remarque une tendance à la délocalisation des productions d’assemblage de base. Il y a une grande tendance à la concentration dans le monde des Firmes Transnationales (FTN), notamment dans le secteur automobile (2e rang mondial pour la construction automobile, 1er pour la construction automobile, 2e pour l’informatique spécialisé dans la bureautique, l’aérospatiale, les biotechnologies, etc.).
Cette base solide a profité à l’ensemble de la Chine.
Le facteur travail est aussi très important.
Les japonais sont surnommés les « kamikazes du travail » avec 50 % de la population active. La culture est fortement marquée par le confucianisme et la philosophie (privilégie l’intérêt collectif et non individuel) qui ne remet pas en cause les cadres hiérarchiques.
La main-d’œuvre est aussi qualifiée que ce soit en haut comme en bas de la hiérarchie (ouvriers comme dirigeants) avec un esprit de compétition dans la formation initiale et continue. C’est une population à haut niveau de revenus, très consommatrice de high-tech.
L’économie est organisée de manière capitaliste.
On note un très grand nombre de conglomérats (trust) : les keiretsu. Ils se composent d’une banque assurant le financement, d’une société de production pour l’industrie et d’une société de commerce pour les échanges (Sogo Soshu).
Les PME sont aussi très importantes à cause du recours massif à la sous-traitance.
Sur le plan social, il existe un compromis entre les travailleurs et les entreprises. En échange d’un travail considérable, on leur promet le travail à vie et le conflit social est donc quasi-inexistant : c’est le compromis toyotiste.
Au Japon, l’Etat intervient beaucoup dans l’économie (monnaie, tarifs douaniers pour contrôler les flux). Le Japan External Trade Organization (JETRO) est un organisme d’Etat collectant des infos dans le monde en vue de faciliter le commerce en faveur des entreprises japonaises.
Le Ministry International Trade and Industry (MITI) est un véritable ministère dont le but est de soutenir financièrement les entreprises japonaises exportatrices d’où un rapprochement politique avec les FTN trop proche entraînant de sérieux problèmes de corruption.
Ce modèle va profiter aux NPI qui mettent à leur tour en place le modèle toyotiste.
B - Les autres formes de développement de la Chine littorale et des « Dragons »
Les Investissements Directs à l’Etranger (IDE) jouent un rôle très important. Les Etats-Unis, le Japon et la diaspora chinoise y investissent le plus. En effet, ils constituent presque tous des marchés prometteurs.
La création de zones franches attirent des entreprises et facilitent le commerce car elles n’obéissent pas aux règles (fiscalité allégée).
L’immensité des littoraux et le côté insulaire favorisent son ouverture sur le monde et son intégration dans la mondialisation via notamment les infrastructures portuaires.
III - Les limites
A - Les anciennes limites
C’est une économie dépendant beaucoup des échanges extérieurs et donc de la conjoncture dont les répercussions sont immédiates.
La dépendance énergétique et le besoin de matières premières sont élevées (agriculture, etc.).
La Chine dépend de l’étranger car ses ressources sont mal exploitées.
D’un point de vue environnemental, le Japon a une longue histoire de catastrophes naturelles : catastrophe de Minamata, pollution au mercure, congestion du au manque de place, etc.
Il n’existe pas d’organisations territoriales intégrées comme l’UE ou l’ALENA.
Malgré tout, on note l’existence de l’ASEAN mais qui ne contient pas le Japon et l’Asian Pacific Economic Cooperation (APEC). En outre, les organisations sont embryonnaires et largement dominées par les Etats-Unis.
Le faible poids dans le concert des nations et la présence de tensions et de conflits (Chine et Japon) constitue une autre limite. Les tensions sont essentiellement frontalières.
B - Les limites nouvelles
Le toyotisme est un modèle éprouvé par la concurrence internationale.
Le consensus n’existe plus et il est brisé par le libéralisme à l’américaine (licenciements massifs, chômage de masse, etc.). Ce sont les entreprises qui ont été prises de contrôle par les étrangers qui ont appliqué ces nouvelles stratégies (Renault avec Nissan).
Malgré tout, elles ont entraîné une concentration des entreprises.
Les licenciements se succèdent y compris chez les géants de l’industrie (5 % de chômeurs selon les critères japonais). De même, l’emploi précaire se répand au Japon (« travailleurs pauvres »).
De plus, la population japonaise vieillie entraînant le souci des retraites. L’âge de départ à la retraite est avancé à 65 ans et les cotisations ont augmenté. Les pensions versées ont également été diminuées. La société japonaise respecte de moins en moins les anciens.
On glisse lentement vers l’individualisme alors que le Japon privilégiait le groupe (par exemple avec la hausse du nombre de divorces).
Les violences scolaires, l’absentéisme, les codes vestimentaires… ne génèrent plus de concurrence, ni de compétition.
On assiste à une recrudescence du sectarisme (sectes ayant provoqué les attentats au gaz sarin dans le métro).
Ce sont donc ces signes multiples que connaît la société japonaise.
L’aire asiatique occupe indéniablement une place majeure dans le fonctionnement du monde aujourd’hui avec une prospérité qui s’est construite sur les industries et les exportations (produits manufacturés) tout en valorisant les ressources humaines avec le modèle toyotiste.
La crise que connait cette aire dans les années 80 marque le passage du toyotisme au libéralisme à l’américaine sous la pression mondialisatrice.
Cette aire manque de cohésion car c’est une aire de fait mas pas réellement de droits. Une cohésion qui a tendance à s’effacer à cause de la concurrence que s’est créée le Japon (Chine, Corée, etc.).