Chapitre 5 - L'Union europeenne, une grande puissance
Plan de l'article
Au troisième rang par sa population, après la Chine et l’Inde, l’Union Européenne, avec ses 27 pays membres constitue la première puissance du globe par son commerce, la deuxième par son économie et la troisième par son rôle financier. Elle assure près de 40% du commerce mondial et compte pour 30% de la richesse planétaire. Elle s’impose ainsi comme un des trois pôles de la Triade mais les difficultés subsistent comme la fragilité de son unité politique de même que son retard relatif dans certaines industries et technologies du XXIe siècle. L’Union Européenne constitue un ensemble économique particulièrement ouvert sur l’extérieur et donc intégré dans un monde où les différents espaces sont interdépendants. L’essentiel de ses relations s’établit avec les deux autres pôles dominants que sont les Etats-Unis et le Japon. La disparition du bloc communiste en 1990 amène l’Union à renforcer son influence politique en Europe et dans le monde.
I - L'Union Européenne, un pôle dominant de la planète
A - Le premier ensemble commercial mondial
L’Union Européenne se place au premier rang des exportateurs et au deuxième rang des importateurs mondiaux, largement devant l’Amérique du Nord et le Japon. Dans le commerce international des services, elle représente 22% des flux mondiaux (Etats-Unis : 16%, Japon : 10%).
Cette situation s’explique par le morcellement politique de l’Union, qui accroît les occasions de passage de frontières et, par l’intégration économique avancée des Etats membres (le commerce intracommunautaire représente les 2/3 du commerce extérieur de l’Union). La part des produits bruts dans le total des échanges européens de marchandises a diminué, tandis que celle des produits industriels s’est considérablement accrue. Par ailleurs, les stratégies d’organisation spatiale et de séparation des productions dans les grandes firmes européennes (automobile, nucléaire, aéronautique) les conduisent à renforcer leurs échanges internes de pièces détachées et produits finis dans l’Union.
La mutation du contenu des échanges se traduit aussi par une redistribution des partenaires commerciaux. La part des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) a nettement diminué, malgré les accords de préférence commerciale de Lomé et de Cotonou passés avec ces pays.
Les principaux partenaires commerciaux de l’Union Européenne sont en réalité les Etats-Unis (les exportations dégagent un solde favorable à l’Europe). En revanche, le bilan commercial reste déficitaire avec la zone asiatique, le Japon, la Chine et les Nouveaux Pays Industrialisés d’Asie (NPIA). Dans le cadre des échanges mondiaux, l’€uro, monnaie unique de 13 partenaires depuis 2006, est certainement un atout. En effet, cela facilite les transactions et peut susciter, à terme, l’adoption d’une politique économique commune, permettant de faire face à la concurrence ou au protectionnisme de ses rivaux mondiaux. Dans les pays pauvres, l’Union soutient de vastes réseaux de coopération et d’aide au développement. L’UE s’est engagée ces dernières années dans des projets de réformes économiques et sociales en Europe centrale et orientale (programme PHARE). Elle participe aussi à la démocratisation et au développement des les Etats nés de l’éclatement de l’URSS (programme TACIS).
B - Une puissance économique de premier rang
Depuis le 1er janvier 2007, l’UE s’est élargie et comprend 27 Etats soit près de 500 millions d’habitants pour un territoire à peine supérieur à 4 millions de km².
L’UE dispose d’un système productif très performant, mais en pleine mutation, qui résulte de facteurs historiques (la révolution industrielle), de l’accumulation des capitaux, de l’action innovante de multiples acteurs, notamment les entreprises et les Etats. Avec un PIB annuel cumulé supérieur à 15 milliards de dollars, l’Union Européenne dépasse les Etats-Unis et constitue désormais l’espace économique le plus puissant du monde. La situation de l’Union est toutefois plus compliquée que celle des deux autres pôles de la Triade, l’Amérique du Nord et le Japon, en raison de profondes inégalités de développement interne et d’une construction communautaire parfois problématique. Des écarts économiques se superposent aux anciennes divisions historiques, politiques et culturelles. L’Union Européenne a beaucoup de mal à faire valoir ses intérêts dans les négociations économiques internationales (comme dans le cadre de l’OMC) : elle parle rarement d’une seule voix et les intérêts nationaux prennent souvent le pas sur la stratégie communautaire.
C - L’affirmation dans le secteur financier
L’Union Européenne est le premier pôle émetteur mondial d’investissements directs à l’étranger (IDE). Les investissements européens ont considérablement augmenté dans les pays de l’Accord de Libre Echange Nord Américain (ALENA) ainsi que dans les pays industrialisés émergents et dans une moindre mesure en Europe de l’Est. Par ailleurs, l’UE est aussi le premier pôle récepteur de l’investissement direct dans le monde. Si le marché unique attire des capitaux venant des Etats-Unis et du Japon, la majorité des IDE sont d’origine intra-européenne. La géographie régionale des IDE tend à renforcer les inégalités spatiales préexistantes. Les IDE se polarisent souvent sur les espaces métropolitains. En France, par exemple, Paris regroupe 80% des IDE du pays. Leurs facteurs de localisation sont multiples : recherche d’économie d’échelle, proximité des principaux marchés de consommation, recherche de main d’œuvre bon marché (comme en Europe de l’Est) ou au contraire hautement qualifiée (comme dans les technopoles d’Europe de l’Ouest).
La zone €uro associe 13 des 27 Etats membres de l’Union Européenne. Outre les nouveaux Etats membres qui ne sont pas encore prêts à l’adopter, le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark n’utilisent pas la monnaie unique.
L’Europe financière se concentre de plus en plus, aux échelles nationale et continentale, dans les métropoles les plus puissantes. Ainsi, Londres, Paris et Francfort sont les principales places financières de l’Union. L’Allemagne garde un fort potentiel bancaire avec Berlin, Munich, Düsseldorf et surtout Francfort qui accueille à la fois le siège de la Bundesbank et celui de la Banque Centrale Européenne (BCE), en même temps que l’essentiel des transactions boursières allemandes et de nombreux sièges bancaires.
II - Les atouts de l'Europe économique
A - Un riche héritage
Le commerce s’est développé en Europe dès le Moyen-Age avec les foires des grandes villes. Dans un premier temps limité au continent, le commerce s’est étendu au monde entier avec les grandes découvertes du XVIe siècle puis la période des colonisations. Les pays européens sont aujourd’hui les plus ouverts du monde : une grande partie de leur économie repose sur le commerce international. L’Europe a aussi été le berceau de la révolution dans les campagnes et des révolutions industrielles. L’Europe occidentale a dominé l’économie et les échanges mondiaux durant une très longue période ; elle a su développer son savoir-faire technique et ses capacités financières. Au prix d’un effort constant, parfois douloureux socialement, de modernisation de ses structures économiques, l’Union Européenne a su maintenir ses positions face à de nouveaux concurrents jusqu’au lendemain de la Première Guerre mondiale, où les Etats-Unis et le Japon sont devenus des puissances mondiales.
B - Une population qui bénéficie d’un haut niveau de vie
Avec près de 500 millions d’habitants, l’Union Européenne à 27 est le plus peuplé des pôles de la Triade. Malgré d’importantes inégalités, cette population dispose d’un pouvoir d’achat élevé. L’Union est un des marchés de consommation les plus importants et les plus attractifs de la planète. La population active, grâce à des systèmes éducatifs performants, est qualifiée. Les entreprises peuvent ainsi disposer d’une main d’œuvre qualifiée dotée d’une grande capacité d’adaptation. L’élargissement aux pays de l’Europe aux pays de l’Europe de l’Est accroît le potentiel démographique et la capacité de consommation de l’Union, en permettant à de nouvelles populations, moins favorisées, d’accéder à terme à une élévation de leur niveau de vie.
C - Des réseaux de transports performants
Du fait de sa richesse, l’Union Européenne présente une forte densité de réseaux de transports modernes et rapides, qui sont un facteur essentiel de développement et d’attractivité. Reliant entre elles les grandes régions urbaines de l’Ouest de l’Union, mais desservant aussi des régions plus périphériques et bientôt les nouveaux Etats membres, les réseaux de transports font de l’UE un espace à très forte accessibilité, profitable aussi bien aux entreprises européennes qu’à leurs partenaires étrangers.
Si l’essentiel du trafic reste terrestre (route, chemin de fer), les grands ports et aéroports internationaux sont autant d’interfaces performantes avec les reste du monde et figurent parmi les plus fréquentés de la planète (port de Rotterdam, aéroport de Londres). Ces transports sont des éléments déterminants de la dynamique d’intégration de l’Union.
III - Les facteurs qui limitent la puissance européenne
A - Une démographie vieillissante
L’Union Européenne connaît un vieillissement démographique rapide du fait d’une natalité faible et de l’allongement de l’espérance de vie. Les conséquences à moyen terme sont nombreuses : les dépenses de santé augmentent rapidement, le financement des retraites est devenu aléatoire, les capacités d’innovation s’affaiblissent. Ces différents facteurs conduisent à une réduction de l’attractivité et du dynamisme de l’Union, concurrencée par les pays émergents de l’Asie.
L’immigration est devenue aujourd’hui la première source de la croissance démographique, malgré des politiques strictes de contrôles aux frontières extérieures de l’UE. L’espace européen est devenu un foyer important de l’immigration clandestine. Depuis la crise des années 1975-1980, le chômage frappe durement l’Union Européenne. Persistant même lors de périodes économiques de croissance, il reflète les difficultés structurelles d’adaptation de l’économie et de la population active aux mutations rendues nécessaires par la mondialisation.
B - Une capacité d’innovation insuffisante par rapport à celle des Etats-Unis
L’Europe, qui a été le berceau des deux premières industrielles, a longtemps été une terre d’innovation (machine à vapeur, procédés sidérurgiques, etc.). Elle a du mal aujourd’hui à consentir l’effort de recherche qui lui permettrait de concurrencer la suprématie américaine, notamment en matière de hautes technologies. La recherche-développement (RD) est une préoccupation majeure des entreprises européennes. Mais son orientation privilégie les secteurs traditionnels de l’industrie, au détriment de ceux qui, comme les technologies de l’information et de la communication (NTIC), forment le cœur de la révolution industrielle en cours, comme le font par exemple les Etats-Unis.
Cette faiblesse est surtout des pays du Sud de l’Europe et des nouveaux Etats membres de l’Europe de l’Est. Elle est moins marquée ailleurs, notamment en Europe du Nord et de l’Ouest, qui développent le domaine des nouvelles technologies, souvent en collaboration avec des firmes japonaises ou américaines (Nokia, Siemens, par exemple).
C - Une union européenne dépendante
L’Union Européenne reste en position d’infériorité politique et militaire vis-à-vis de la superpuissance américaine qui, par deux fois, au cours du XXe siècle a libéré le vieux continent. Dès 1947, les Etats-Unis ont protégé l’Europe face à l’URSS durant la « Guerre Froide » . De plus, l’Europe, constituée d’Etats très hétérogènes, a du mal à dépasser le stade de l’intégration économique et à définir une politique étrangère et une politique de défense commune, la seule qui lui permettrait d’accéder à une place de premier rang sur la scène politique internationale et de faire ainsi contrepoids à la puissance américaine.
La dépendance économique de l’Europe est également sensible en matière énergétique (pétrole du Moyen-Orient, gaz en Russie). Les Etats-Unis, principal client de l’UE, utilisent même des mesures de rétorsion commerciale pour obtenir gain de cause dans les conflits de toute nature qui les opposent à l’Union.