theME INTRODUCTIF - Croissance, developpement et changement social
Plan de l'article
Pour étudier les mutations des sociétés modernes sur le long terme, il faut tenir compte des facteurs économiques (la croissance), des transformations induites par ces facteurs (le développement), mais aussi des évolutions des mentalités, des comportements et des structures sociales (le changement social). Chaque facteur pris isolément ne donne qu'un aperçu partiel des changements opérés, c'est pourquoi il faut analyser les multiples interactions entre ces trois notions.
I - La croissance économique: un accroissement continu des richesses
A - Définitions et mesure
Au niveau historique, le phénomène de croissance économique prend son essor à partir de la Révolution Industrielle. Avant, il y avait donc globalement stagnation économique.
Le secteur primaire était donc dominant jusque-là.
La croissance est donc un phénomène nouveau défini comme l'augmentation soutenue et régulière des richesses d'un pays, mesuré par des indicateurs comme le PIB (quantitatif).
Lorsque la croissance économique progresse, il y a plus de richesse à partager dans le pays. Cela intéresse donc autant le capital que le travail.
Concernant les salariés, la croissance peut faire progresser leur niveau de vie : c'est l'ensemble des biens et services marchands ou non marchands mis à disposition des ménages grâce à leur revenu disponible.
La croissance peut faire progresser aussi le pouvoir d'achat : c'est la quantité potentielle de biens ou de services qu'un ménage peut acheter compte tenu de son revenu nominal et du niveau de l'inflation.
Il y a gain de pouvoir d'achat lorsque le revenu nominal progresse plus vite que l'inflation.
La période des Trente Glorieuses apparait atypique par rapport au rythme tendanciel de la croissance depuis 2 siècles. C'est une période exceptionnelle quant au rythme annuel moyen de la croissance (5 % en moyenne).
Depuis 30 ans, nous sommes revenus à un rythme tendanciel classique d’où ce sentiment de crise.
Schumpeter va développer le rôle des innovations dans la croissance économique en montrant comment de nouveaux produits, de nouvelles manières de produire... peuvent favoriser une création supplémentaire de richesse. « En remplaçant le vieux par le neuf », les innovations rythment le niveau de la croissance économique : c'est la destruction créatrice.
Investissement : c'est l'ensemble des biens durables utilisés au cours d'un processus de production.
Consommations intermédiaires : c'est l'achat de biens et de services incorporés ou détruits au cours d'un processus de fabrication.
Consommation finale : achat de biens et services pour satisfaire les besoins primaires des ménages.
Carré magique : inventée par Kaldor dans les années 60, il met en valeur 4 axes : le solde extérieur (solde commercial), le chômage, la croissance et l'inflation.
La vision actuelle du radar est plus fine et précise en multipliant les facteurs de mesure de la situation économique. Cela montre aussi l'interdépendance des différents acteurs économiques (ménages, entreprises, extérieur).
Sur 100 actifs au 1er semestre 2006, 10 % étaient des actifs inoccupés.
Un actif est une personne qui a un emploi rémunéré ou est à la recherche d'un emploi.
Lycéens, étudiants, retraités, personnes aux foyers et bénévoles sont inactifs.
Entre 2004 et 2005, le total des richesses créées a augmenté de 0,3 %.
On était en stagnation économique.
Entre 2005 et 2006, le total des richesses créées a augmenté de 2,3 %.
La situation économique s'améliore.
On peut calculer un coefficient multiplicateur :
La consommation des ménages a augmenté 1,8 fois plus vite que le niveau du pouvoir d'achat. Cet écart s'explique par 2 phénomènes :
Désépargne ;
Recours au crédit ;
La situation économique s'est améliorée et cela se voit sur les finances publiques. Le poids du déficit budgétaire s'est allégé puisqu'il y a plus de rentrées fiscales (TVA, impôts...). Il y a aujourd'hui, une cagnotte fiscale estimée à 3 milliards d'euros qui servira au désendettement.
L'axe des exportations détient une importance majeure dans le cadre de la mondialisation. C'est un indice de compétitivité et donc de gains possibles de parts de marché pour le pays, le tout étant favorable à la croissance.
La situation économique française s'améliore depuis un an avec plus de croissance, de consommation, d'emploi et moins de déficit public. Le taux de chômage diminue (8,9 % aujourd'hui).
B - Une croissance inégalement répartie
Le document nous présente l'inégale répartition du niveau de richesse selon les régions ce qui se traduit par de fortes différences de niveau de vie moyen et de taux de croissance annuel moyen.
On constate que :
La croissance de l’Europe est plus forte que celle de l'Asie ( ) ;
la croissance du Japon est plus forte que celle de l'Afrique ( ) ;
Il y a des répercussions sur le niveau de vie, celui-ci augmentant plus vite, par exemple en Europe ( ) ;
Une croissance moyenne plus forte favorise :
La hausse du niveau des richesses et donc de l'emploi ;
L'essor du niveau de revenu, de pouvoir d'achat et d'épargne ;
La hausse de la consommation et de l'investissement ;
Il y a incorporation du progrès technique puis de gains de productivité et amélioration de la compétitivité ;
La croissance permet d'enclencher un cercle vertueux et auto-entretenu.
Dans un deuxième temps, le document nous montre qu'il y a une hétérogénéité accrue dans les pays en développement puisque :
L'Afrique semble le continent le plus délaissé (croissance la plus faible et niveau de vie inférieur) ;
L'Asie connait un essor notamment sous l'impulsion des NPIA ;
L'Amérique latine a connu un décollage économique ;
Il n'y a plus un mais des 1/3 mondes.
D'une situation économique équivalente de tous les pays en termes de revenus moyens, on assiste à un réel décrochage à partir de la Révolution Industrielle au profit des pays du Nord.
On ne constate pas un phénomène de rattrapage en termes de niveau de vie moyen pour les pays en développement (Sud), ces inégalités ayant donc tendance à augmenter entre les pays.
Le deuxième document représente une courbe de Lorenz qui permet de lier % de population (axes des abscisses en effectifs cumulés croissants) et % du revenu contrôlé (axes des ordonnées effectifs cumulés croissants).
On peut répartir la population en groupes homogènes soit en déciles (10 % de la population), soit en quartiles, soit en quintiles.
La bissectrice représente l'équirépartition c'est-à-dire l'égalité absolue dans la répartition du revenu (20 % de la population détient 20 % du revenu). Plus la courbe va s'éloigner de la bissectrice et plus cela signifie que la répartition du revenu est inégalitaire.
C’est le cas tout au long du XXe siècle :
En 1900, 40 % de la population mondiale détenaient 5 % du revenu mondial ;
En 2000, 40 % de la population mondiale détenaient 10 % du revenu mondial ;
Le dernier document met en évidence vigueur de la croissance et niveau de pauvreté : dans les pays pauvres, le niveau de pauvreté a baissé de 11,8 % lorsque la croissance était très forte.
Malgré une hausse de la croissance économique sur le long terme, les inégalités restent importantes voir progressent ce qui s'explique par une inégale répartition du revenu.
II - Le lien croissance-développement et changement social
A - Présentation et évaluation du développement
1 - Définition
F. Perroux (1903-1987) propose une définition du développement qui se différencie de la notion de croissance.
« On assimile le développement à l'ensemble des transformations des structures économiques, démographiques, sociales, culturelles ou mentales qui accompagnent la croissance économique et la rende durable en améliorant le sort des populations. »
On insistera donc sur 2 points :
L'aspect structurel des transformations (c'est-à-dire le caractère de long terme et de progressif) comme l'urbanisation, la santé, l'éducation, le sort des femmes, l'essor de l'État ;
L'aspect qualitatif des changements comme l'évolution des normes, des valeurs, des comportements, l'individualisme, une volonté d'égalité ;
2 - Exemples de changements structurels
Ce document illustre le développement à travers les changements qui affectent secteurs et catégories socioprofessionnelles (CSP) : on est passé d'un secteur primaire dominant à une société industrielle après la Révolution Industrielle puis à un essor continu du tertiaire dans la seconde moitié du XXe siècle (75 % de l'emploi).
Ces deux documents symbolisent également des signes du développement à travers :
L'espérance de vie : par exemple pour la France elle a été multipliée par deux en deux siècles et elle symbolise un pays équipé en infrastructures médicales ;
L’exemple de la scolarisation confirme le lien croissance-développement puisque un pays formé avec une main-d’œuvre plus qualifiée à plus de chances de s'insérer ;
Le dernier document nous montre une autre transformation issue du développement à travers les changements de consommation : la proportion en biens primaires a tendance à diminuer au profit d'autres dépenses qui symbolisent plus le bien-être (éducation, service, loisirs...). Cela illustre la loi d'Engel qui met en avant le lien entre hausse du revenu et transformation qualitative de la croissance.
Les deux pyramides des âges pour la France à la fin du XVIIIe siècle et à la fin du XXe siècle sont caractéristiques des changements démographiques qui accompagnent le développement.
À la fin du XVIIIe siècle, il y a un régime démographique primitif avec forte natalité et forte mortalité et donc faible excédent naturel ;
À la fin du XXe siècle, la transition démographique s'est opérée, la population a augmenté et sa structure a changé (moins de jeunes et plus de personnes âgées). Natalité et mortalité sont faibles ;
Si l'on regarde la Côte d'Ivoire aujourd'hui, sa pyramide ressemble à celle de la France d'il y a deux siècles en phase de transition démographique.
L'intervention croissante de l'État dans le PIB est également un signe de développement puisque l'essor du pays est associé à une présence plus active de l'État (France : ½ du PIB en dépenses publiques).
Des différences subsistent entre pays, les pays d'Europe (keynésiens) étant traditionnellement plus interventionnistes et les pays anglo-saxons beaucoup moins (libéraux).
3 - La mesure du développement
Face aux critiques des seules mesures quantitatives de la croissance économique, les Nations Unies ont inventé l’Indicateur de Développement Humain (IDH). Il s'agit d'un indicateur quantitatif et de deux indicateurs qualitatifs pour mesurer le lien croissance-développement dans un pays :
1 quantitatif : niveau de vie ou PIB par habitant ;
2 qualitatifs : longévité et le savoir ;
L’IDH s'exprime par rapport à 1. Le classement en termes d’IDH est révélateur des difficultés de la seule mesure en terme quantitatif. Par exemple, les USA ont leur niveau de vie le plus élevé par habitant est seulement le 6e rang en termes d’IDH. Un autre exemple, le Koweït qui a un niveau de vie par habitant très élevé est 43e au niveau de l’IDH.
L'IDH constitue une mesure plus fiable du développement.
Dans le classement de l'IDH, sans surprise, les pays les plus pauvres sont à la fin en particulier ceux du continent africain. Un nouvel indicateur a donc été créé l’Indice de Pauvreté Humaine (IPH) qui retient 3 mesures spécifiques :
La probabilité de décéder avant 40 ans ;
L'analphabétisme des adultes ;
L'accès à des conditions de vie décente (eau, nutrition...) ;
Enfin, pour tenir compte de la nécessité d'améliorer la condition féminine, il existe l’Indice Sexospécifique du Développement Humain (ISDH). Il met en avant les inégalités Hommes/Femmes comme indicateur du sous-développement.
B - Les liens croissance-développement
1 - La croissance favorise le développement
Pendant les Trente Glorieuses, comme le souligne J. Fourastié, la croissance a favorisé le développement en France de manière très rapide :
Des transformations au niveau des CSP avec diminution progressive des agriculteurs et salarisation l'économie ;
Exode rural et urbanisation progressive du pays et essor de l'habitat individuel ;
Changements dans la structure de la consommation avec moins de produits alimentaires et plus de produits électroménagers et d'automobiles ;
Enfin, plus de mobilité géographique et sociale ;
La croissance a permis l'amélioration des conditions de vie pendant les Trente Glorieuses.
En retour, le développement peut aussi renforcer la croissance lorsqu'il y a une volonté de réduction des inégalités : s'il y a un partage plus équitable des terres, la propriété privée se développe et la croissance des richesses est plus forte donc l’Etat dispose de moyens pour agir sur les infrastructures notamment la santé et l’éducation.
Concernant l'éducation, on parle d'investissement en capital humain, source de productivité, de compétitivité et donc de croissance.
2 - La croissance sans le développement
La photo illustre à travers les pays du Sud, les problèmes de développement récurrent rencontrés aujourd'hui :
Au 1er plan, la pauvreté à travers le bidonville ;
Au 2e plan, l'occidentalisation à travers le quartier d'affaires ;
Cette situation est une conséquence négative de développement puisque : l'essor démographique et les changements dans l'agriculture (productivité) favorise l'exode rural.
La population « arrive » en ville sans revenus et se concentre dans le secteur informel.
Le second document met en évidence les inégalités de répartition du revenu et la forte concentration des richesses : 1/5 de la population les plus riches possèdent plus de la moitié du revenu contre 4 % du quintile des 20 % les plus pauvres.
Amérique latine et Afrique sont les plus concernés par ce phénomène d'inégalités de répartition.
La pauvreté constitue un fléau dans les pays en voie de développement (PVD) qui semble bloquer la croissance et le développement, on parle de cercle vicieux.