THEME 6 - Internationalisation des Échanges et mondialisation
Plan de l'article
Alors que le XIXe siècle a constitué le point de départ de la multiplication des échanges internationaux, les Trente Glorieuses et la période contemporaine des années 80-2000 ont permis la généralisation de la multinationalisation des firmes et de la globalisation de leur stratégie. Le commerce mondial s’est progressivement recomposé avec affirmation de la circulation de produits manufacturés dans le cadre d’une nouvelle division du travail. Des pays émergents ont connu une accélération de leur croissance économique remettant en question les équilibres anciens. Enfin, une certaine mondialisation culturelle véhiculant le modèle occidental se répand suscitant inquiétudes et réactions.
I - Commerce international, croissance et développement
A - Croissance et transformations du commerce mondial
1 - Une recomposition géographique contemporaine
Au niveau historique, l’ouverture économique internationale a suivi la croissance économique issue de la Révolution Industrielle. Initiée en Grande Bretagne, celle-ci s’est ensuite implantée en Europe Continentale en Allemagne et en France puis dans des pays du nouveau monde comme les Etats-Unis et le Japon. Cette intensification des échanges s’est appuyée sur les relations coloniales dans une Division Internationale du Travail (DIT) dite classique (les colonies fournissant les matières premières, les métropoles transformant celles-ci en produits industriels finis). Les flux d’échanges augmentent ainsi plus vite que la production, renforcés par une amélioration des moyens de transport (chemin de fer, voie maritime). Cette tendance de fond s’est largement intensifiée à partir des années 60. Le Produit Intérieur Brut (PIB) mondial, en valeur et dollars courants, a été multiplié par près de 30 et le commerce international par près de 60. L’Europe s’est imposée comme un acteur de premier plan grâce à son processus d’intégration initié à la fin des années 50, comptant dans ses rangs le 1er exportateur mondial avec l’Allemagne. Les trois dernières décennies ont été marquées par un bouleversement majeur : la montée en puissance des pays asiatiques avec le Japon d’abord puis les pays du sud est de la zone (les Dragons comme Taiwan, Hong Kong, Singapour et la Corée du Sud) et enfin aujourd’hui la Chine, devenant le 3ème exportateur mondial en 2004. La progression de ce pays semble loin d’être achevée même si le positionnement des pays d’industrialisation ancienne reste encore fort dans le domaine des produits manufacturés.
Les pays du nord restent ainsi les principaux acteurs du commerce mondial avec 72 % du commerce mondial dont 26 % pour les Etats-Unis 22 % pour l’Europe, et 16 % pour le Japon. De même, les pays du Nord, Etats-Unis en tête, impose-t-ils de plus en plus d’accord bilatéraux ou régionaux aux pays du sud concernant le respect de la propriété intellectuelle ou l’ouverture des marchés, contournant ainsi les décisions multilatérales de l’OMC.
2 - Une recomposition des flux d’échanges
Le volume des produits manufacturés est celui qui a connu la progression la plus remarquable depuis les années 60. Ces produits représentent aujourd’hui près des 2/3 de l’ensemble du commerce mondial alors que la part des produits agricoles décline régulièrement avec moins de 10 % du commerce actuel. La hausse du revenu mondial se dirige alors plus massivement vers la consommation de biens industriels et moins vers les biens primaires (Loi d’Engel au niveau international). Les pays en développement qui ont réussi leur essor économique sont ceux qui se sont insérés dans le commerce des produits industriels alors que ceux qui sont restés bloqués dans l’ancienne DIT (produits agricoles, minerais) se marginalisent progressivement. Enfin, la part des services représente aujourd’hui 20 % de l’ensemble des flux du commerce mondial en augmentation régulière depuis 20 ans. Les pays du Nord jouent un rôle prépondérant puisque les 5 pays les plus industrialisés (EU, RU, Allemagne, France et Japon) représentent les 2/5 des exportations mondiales de services.
3 - Un essor du commerce intrarégional
Ce commerce a fortement augmenté dans la période contemporaine avec la constitution de 4 zones privilégiées : l’ALENA, l’ASEAN, le MERCOSUR et l’Union Européenne. Le commerce intrazone se développe fortement à mesure que ces zones sont fortement intégrées c’est à dire à mesure que le poids du commerce entre les partenaires de la zone se renforce. Ainsi, le commerce de l’Union Européenne dépend pour les 2/3 des échanges à l’intérieur de la zone (idem pour l’ALENA avec un taux de 50 %). D’autres régions comme l’Asie dépendent par contre pour les 4/5 de leurs relations avec le reste du monde et du flux d’échanges en provenance des pays du Nord.
La position relative de la France : une dégradation récente
La position commerciale de la France s’est améliorée dans les années 90 avec des gains de compétitivité prix imputable aux politiques de désinflation compétitive et de modération salariale instaurées dans les années 80. Ce solde a été excédentaire à partir de 1993 jusqu’au début des années 2000. Les 2/3 des exportations nationales se dirigent vers l’Union Européenne et l’Allemagne constitue notre premier client et fournisseur (15 % des exportations et 17,5 % des importations). Les soldes commercial et courant (incluant les services) se sont dégradés depuis le début de la décennie avec un déficit de 0,4 % du PIB en 2004. Le solde de la balance commerciale a par exemple été en déficit de 7,8 milliards d’euros en 2004 et l’excédent de la balance des services se réduit. La forte appréciation de l’Euro face au dollar (+50 % entre début 2002 et fin 2004), la faiblesse du niveau des exportations françaises vers l’Asie ou l’Amérique (20 % de nos ventes alors que ces régions assurent 50 % du commerce mondial) et la forte appréciation des prix du pétrole, expliquent en partie cette dégradation.
B – Approches théoriques concernant le lien entre libre échange et spécialisation
1 - Approches libérales traditionnelles ou néoclassiques: la spécialisation à l’origine du libre échange
Adam Smith, dès 1776 dans Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations, présente le fondement et la justification de l’échange international à travers la théorie de l’avantage absolu : un pays dont les coûts de production sont moins élevés que ceux de ses concurrents étrangers a tout intérêt à se spécialiser dans ce type de production. Dans le cas contraire, l’ouverture au commerce international et les importations sont légitimes. En 1817, dans Principes de l’économie politique, David Ricardo va approfondir ce raisonnement qui présente une faiblesse majeure : un pays ne disposant d’aucun avantage absolu est condamné à disparaître. A partir de l’exemple célèbre du drap anglais et du vin portugais, il montre qu’il vaut mieux qu’un pays se spécialise dans les productions pour lesquels son avantage relatif est le plus élevé ou au contraire dans lequel son désavantage relatif est le plus faible. Cette théorie dite de l’avantage comparatif ou avantage relatif permet alors à tous les pays de participer à l’échange international dans un jeu à somme positive où chacun est gagnant. La production mondiale c’est à dire l’étendue des marchés augmente puisque chacun se spécialise et réorganise son travail de manière optimale. La productivité du travail, issue de la spécialisation, progresse. Les prix diminuent, l’offre de produits augmente de même que la richesse globale et la croissance économique. L’ouverture au commerce mondial favorise la spécialisation et une allocation optimale des ressources dans le cadre d’une division internationale du travail plus rationnelle.
La théorie néoclassique du début du XXe siècle reprend cette approche en la modernisant avec le théorème HOS (issu des travaux de Elie Hecksher – 1879/1952 – Bertil Ohlin – 1899/1999 – et Paul Samuelson – 1915). L’avantage comparatif s’expliquerait par la dotation factorielles de chacune des productions nationales qui incorporent une plus ou moins grande quantité relative de facteurs capital et de travail. Les pays doivent ainsi se spécialiser dans des productions qui incorporent le facteur dont ils sont abondamment dotés (par exemple des productions à fort contenu en travail non qualifié pour la Chine aujourd’hui ou des productions à plus fort contenu capitalistique et technologique pour les pays du nord). L’avantage comparatif en dotation factorielle avantageuse favoriserait ainsi la spécialisation et l’insertion au commerce mondial.
2 - Les approches contemporaines
En 1961, Linder propose la théorie de la demande représentative. Pour exporter plus facilement, un pays doit avoir une demande intérieure suffisamment élevée pour lui permettre une baisse des coûts progressive (réalisation d’économie d’échelle). Lorsqu’il commerce avec des pays dont le niveau de revenu et la structure de la demande sont proches, le commerce international est un prolongement du marché intérieur, avec intensification de flux entre pays du nord. Le rôle de la taille du marché intérieur a considérablement avantagé les multinationales américaines dans les années 60.
B. Lassudrie-Duchêne développe en 1979 la théorie du commerce intra-branche. La demande des consommateurs des pays riches est une demande de différenciation à partir de produits similaires mais spécifiques. Il y a un échange croisé de produits aux caractéristiques précises mais proches répondant au désir des consommateurs. La qualité, la présentation, les caractéristiques ou l’image de marque deviennent des critères primordiaux face au prix. Cet essor du commerce intra-branche a participé largement à l’avènement du commerce intrazone dans les grandes zones de commerce mondial.
P. KRUGMAN développe une approche contemporaine en montrant que c’est le libre échange qui favorise une spécialisation des économies et entraîne la constitution d’avantages comparatifs :
Par effet de dimension (le nombre de consommateurs potentiels augmente ce qui renforce les économies d’échelle et la baisse des prix mais aussi l’amortissement plus rapide des coûts de recherche et développement) ;
Par effet de diversification (les consommateurs ont accès à plus de produits et les entreprises à des consommations intermédiaires moins onéreuses) ;
Par effet de concurrence (l’ouverture favorise la pression sur les coûts des producteurs nationaux et remet en cause les structures de marché de type oligopolistique ou monopolistique qui désavantage les consommateurs) ;
Le libre échange constitue donc une constante dans l’approche économique depuis deux siècles, défendue par l’approche libérale. Celle-ci qui y perçoit un moyen d’assurer la croissance des richesses et une répartition optimale des ressources au niveau international par la libre circulation des biens, services, hommes et capitaux.
Le commerce mondial s’est ainsi accéléré depuis 50 ans et constitue la règle générale des rapports marchands entre pays. L’impulsion a été donnée par les organisations internationales (GATT devenu depuis 1995 l’OMC, FMI, Banque Mondiale …).
Cette construction s’est efforcée de répondre aux faiblesses du protectionnisme des années 30 qui auraient constitué une des causes de la Seconde Guerre Mondiale. Néanmoins, le protectionnisme reste important et prend des formes variées. Il touche petits mais aussi grands pays comme le Japon (normes juridiques et sociales) ou les Etats-Unis (agriculture, acier par exemple).
Après avoir déterminé les avantages du libre échange, il conviendra de détailler les formes, objectifs et faiblesses du protectionnisme.
C – Libre échange, croissance et protectionnisme
1 - Le libre échange et la croissance économique
Historiquement, le libre échange s’est développé pour plusieurs raisons à partir du XIXe siècle :
Baisse progressive des coûts de transport maritimes et terrestres ce qui a favorisé une baisse des prix des produits, un supplément de pouvoir d’achat et une intensification des exportations et importations ;
Limitation progressive dans la deuxième moitié du XX° siècle des droits de douane et restrictions aux importations sous l’effet des accords du GATT puis de l’OMC ;
Cette généralisation des échanges a favorisé un rapprochement des niveaux de rémunération entre les salariés de continents économiques proches comme l’Europe et les Etats-Unis. Les échanges augmentent ainsi plus vite que la croissance accélérant le rythme de la création de richesses et la distribution du revenu.
Par ailleurs, les consommateurs accèdent à des produits moins onéreux ce qui libère du pouvoir d’achat dans l’économie et génère un déversement de consommation et d’emplois vers le secteur créateur d’emplois que constituent les services.
L’ouverture favorise aussi pour les pays riches, la mise en relation de pays similaires dans le cadre de l’échange intra-branche, ce qui accroît l’étendue des marchés. Cela permet alors par effet d’apprentissage et économies d’échelle une baisse des prix et une hausse des ventes. Il y a un amortissement plus rapide des coûts et une incitation nouvelle à l’innovation, source de compétitivité hors prix.
Le libre échange favorise également l’essor économique et le développement des pays non insérés initialement dans la Révolution Industrielle. Ces Nouveaux Pays Industrialisés (NPI) particulièrement en Asie, accèdent à la demande solvable internationale en mettant en avant leur dotation factorielle avantageuse en travail peu qualifié et peu rémunéré. Par suite pour les plus anciens, ceux-ci peuvent progressivement se doter de production plus capitalistique et incorporant plus de technologie d’où une remontée de filière générant plus de valeur ajoutée locale.
2 - Philosophie du protectionnisme
Face aux difficultés des pays du nord de tradition industrielle ancienne, confrontés à la concurrence des NPIA, la problématique du protectionnisme ressurgit régulièrement dans le débat public. Face aux délocalisations ou aux importations massives en provenance notamment de Chine, le débat se cristallise sur les actions possibles qui pourraient être mises en place au niveau européen.
Le protectionnisme est en réalité un débat ancien, il peut-être défensif. A la fin du XIX° siècle, le ministre Jules Méline (1838-1925) mit en place une protection tarifaire destinée à protéger l’agriculture et l’industrie française face à la concurrence allemande accrue. De même, les Etats-Unis instaurèrent au début du XX° siècle, un protectionnisme destiné à lutter et se prémunir contre les écarts de rémunérations trop importants entre pays différents. Ce protectionnisme s’appuie sur des avantages comparatifs et une spécialisation statiques.
Le protectionnisme répond aux faiblesses de l’approche libérale et se veut aussi offensif : c’est l’approche proposée en 1841 par Friedrich List (1789-1846) dans Système national d’économie politique. Pour lui, il convient d’instaurer un protectionnisme éducateur afin de protéger les industries naissantes ou dans l’enfance. La stratégie a pour objectif la mise en place d’avantages comparatifs dynamiques c’est à dire qui se constituent dans le temps. La protection tarifaire permet la constitution d’un vaste marché intérieur dans lequel la hausse progressive de la consommation et du revenu favorise les gains de compétitivité prix. L’industrie nationale peut ainsi progressivement se préparer à l’ouverture internationale en atteignant la maturité (prix compétitifs et maîtrise technologique).
Ce débat pose alors la question de la dynamique des avantages comparatifs dans la durée : chaque spécialisation n’est pas équivalente. Certaines sont propices à des rendements croissants et s’inscrivent sur des marchés porteurs dont l’élasticité revenu de la demande est supérieure à 1. La hausse de la demande favorise la réalisation d’économies d’échelle avec baisse progressive des prix. Les pays se positionnent ensuite sur des productions à plus fort contenu technologique dans une processus de remontée des filières.
D’autres spécialisations sont de nature appauvrissante et subissent une dégradation des termes de l’échange. Ces pays cloisonnées dans l’ancienne DIT (exportations de matières premières contre importations de produits manufacturés) voient leur position dans le commerce mondial se marginaliser et leur niveau de croissance stagner au regard des pays émergeants insérés dans le commerce des produits manufacturés. L’Afrique constitue l’exemple caractéristique.
3 - Les modalités du protectionnisme
Le protectionnisme peut prendre plusieurs formes traditionnelles et plus contemporaines.
Le protectionnisme traditionnel s’appuie sur les tarifs douaniers (droits de douane), les quotas restrictions volontaires d’exportations (comme ce fut le cas avec les automobiles japonaises En Europe ou le textile chinois jusqu’en 2005).
Le protectionnisme non tarifaire s’est développé depuis la fin des années 70 : il s’appuie sur l’imposition de normes techniques de production et d’entraves administratives. Il peut également s’agir de subventions ou de conditions d’exécutions locales (produire un % de produit au niveau local) avec obligation de transfert de technologie.
Il peut s’agir également d’un contrôle des changes, de dévaluation compétitive (cas de l’Italie et de l’Espagne dans les années 90) ou de crédits bonifiés (moins chers) aux exportateurs.
Enfin, la préférence nationale qui s’appuie sur les réflexes culturels des consommateurs est également une arme efficace qui au Japon, limite fortement l’implantation des entreprises étrangères ou les importations.
4 - Avantages et inconvénients du protectionnisme
Avantages
Inconvénients
Le protectionnisme offensif ou éducateur protège les industries dans l'enfance ;
Le protectionnisme défensif limite les destructions d'emplois à court ou moyen terme ;
Le protectionnisme public permet la mise en place de monopole naturel favorisant l'évolution des entreprises de service public dans un environnement non concurrentiel ;
Les monopoles entraînent la hausse des prix et prix supérieurs à ce qui aurait existé en CPP (concurrence pure et parfaite) ;
Il y a une moindre incitation à l'innovation et à la recherche de compétitivité hors-prix ;
Il y a une moindre recherche de gains de productivité parce que moindre pression concurrentielle par la baisse des prix d'où de possibles dérapages inflationnistes ;
Si les marchés extérieurs sont fermés par représailles, il y a de moindres débouchés et moindre réalisation d'économies d'échelle ;
Si les prix augmente, il y a baise du pouvoir d'achat et blocage du déversement de la consommation vers le secteur des services, créateur d'emplois ;
Le blocage du commerce avec les PED limite leur croissance interne et leur développement d'où une pression migratoire accrue pour les pays du Nord ;
D - La mondialisation, facteur de croissance ?
1 - Emergence de nouveaux pays : les NPIA
Il a existé historiquement 3 stratégies de développement utilisées dans le 1/3 monde après la Seconde Guerre Mondiale :
Les stratégies de substitution d’importations :
Il s’agit de promouvoir un développement autocentré en favorisant l’industrialisation du pays par la production nationale de produits manufacturés. On utilise alors une protection tarifaire et une intervention volontariste de l’Etat par des aides à l’investissement ;
C’est un échec car la faiblesse de la demande intérieure a limité la rentabilité des investissements, les inégalités se sont accrues et l’Etat s’est fortement endetté d’où les problèmes de surendettement contemporains. C’est la politique suivie en Amérique latine ;
La stratégie des industries industrialisantes :
Cette stratégie a été mise en place progressivement dans certains pays pétroliers à partir des années 60 (Algérie, Iran, Iraq). L’objectif est encore la mise en place d’un développement autocentré en développant l’industrie lourde pour asseoir l’indépendance technologique du pays. L’Etat planifie l’économie en utilisant la rente pétrolière pour ensuite favoriser l’essor des industries légères ;
Ce modèle a présenté des insuffisances et connaît un échec. Le coût des investissements initiaux fut élevé avec l’achat d’usines « clés en mains » en provenance des pays occidentaux mais avec une main d’oeuvre locale peu qualifiée. Par ailleurs, ces pays ont connu l’instabilité politique ou des guerres qui ont fragilisé la croissance et le développement ;
La stratégie de promotions des exportations :
La stratégie vise à accroître le niveau d’insertion au commerce mondial de manière à accroître la croissance interne et le développement futur. Il s’agit alors de mettre en place une industrie manufacturière à partir de production faiblement capitalistique, s’appuyant sur un fort volume de travail non qualifié. Cela attire progressivement les firmes multinationales des pays industrialisés intéressées par la faiblesse des coûts de main d’oeuvre ;
L’Etat est associé à ce développement à partir initialement de régimes autoritaires militaires. La compétitivité prix du pays est forte d’où essor progressif des exportations ;
L’Etat maintient une sous-évaluation de la monnaie nationale par rapport au $ ce qui renforce la compétitivité des produits à l’export ;
L’Etat encourage et dirige une partie de l’épargne nationale vers les investissements et favorise la scolarisation et la formation de la main d’oeuvre intérieure pour accroître le niveau du capital humain. La qualité de la main d’oeuvre progresse. Le contenu de la production se modifie avec une production plus capitalistique, incorporant plus de savoir- faire et de valeur ajoutée avec notamment les transferts de technologie que concèdent les multinationales. Il y a alors remontée des filières pour les NPIA de la première génération (Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Hong Kong ;
C’est un succès, il y salarisation et féminisation de la main d’oeuvre, essor du revenu moyen grâce à l’intervention de l’Etat qui s’apparente à du protectionnisme offensif. Cette réussite répond donc peu aux seules procédures de marché. On parle ici de développement extraverti ou d’extraversion de l’économie ;
Ces pays sont concurrencés aujourd’hui par les nouveaux NPIA et ont du longtemps se heurter au protectionnisme des pays anciennement industrialisés (voir la polémique actuelle sur la fin des Accords Multifibres qui protégeaient l’Europe des importations de textile asiatique) ;
2 – Ouverture et développement : une relation sous condition
Il existe des conditions indispensables de la relation ouverture économique – croissance susceptibles de valider la stratégie d’insertion au commerce mondial :
Il faut s’appuyer sur un avantage comparatif de type dynamique avec notamment un stock de capital humain croissant ;
Il faut qu’il y ait une stabilité politique et des institutions libres, efficaces et non corrompues (justice, presse …). L’Etat doit assumer ses fonctions régaliennes et assurer la sécurité des biens et des personnes ;
Par ailleurs, toutes les spécialisations ne se valent pas dans l’insertion au commerce mondial puisqu’il y a « des gagnants et des perdants » :
Le commerce mondial est dominé par les pays du nord puisqu’ils réalisent l’essentiel des échanges en commerce intrazone et intrabranche. Ce sont aussi eux qui sont à l’origine et à destination des IDE par l’intermédiaire de leurs multinationales ;
Dans le sud, il n’y a pas d’homogénéité des PED, autrement dit, « il n’y a plus un mais des tiers monde ». Certains se sont développés par l’extraversion mais dans des productions primaires à faible contenu en valeur ajoutée. Ils restent bloquées dans l’ancienne DIT de type coloniale et connaissent une DTE (essentiellement l’Afrique) ;
Ainsi, la croissance économique est la première condition de la réduction de la pauvreté mais les inégalités demeurent très fortes dans le monde comme le montre les graphiques suivants :
3 – Impact de l’action des organisations internationales
Les organisations internationales ont eu un rôle prépondérant dans l’ouverture au commerce mondial et la promotion des idées libérales.
Le FMI (Fond Monétaire International) est né des accords de Bretton Woods en 1944 ; on peut détailler les missions initiales du FMI :
Promouvoir la coopération monétaire entre pays ;
Faciliter l’expansion du commerce mondial et le développement des pays du Tiers Monde (Banque Mondiale) ;
Faciliter la stabilité des taux de change (passage des changes fixes ou changes flottants à partir de 1971) ;
Fournir des ressources aux pays temporairement en difficultés, par exemple ayant un déficit de leur Balance des paiements ;
Le bilan est très critique :
Les écarts de richesses et développement se sont accrus et la Banque Mondiale a échoué ;
Le FMI a souvent appliqué des politiques libérales dites politiques d’ajustement structurel : celles-ci visaient à résoudre les problèmes de la dette dans certains pays en appliquant des politiques de réduction des dépenses publiques et sociales et de privatisation. Il y a eu aussi renforcement des procédures de marché et spécialisation vers l’exportation au détriment des production pour les populations locales. Cela a très souvent aggravé la pauvreté des populations (voir l’exemple de la crise argentine) ;
En ce qui concerne la politique de promotion du commerce mondial, à partir de 1995, l’organisation mondiale du commerce (OMC) remplace la GATT (Accord Général sur les Tarifs et le Commerce, mis en place par Bretton Woods).
L’OMC a le même objectif : renforcer l’essor du commerce international en supprimant progressivement les droits de douane et en étendant le commerce et la concurrence à tous les domaines : marchandises et services.
Il dispose d’un organe qui règle les litiges entre Etats en ce qui concerne les accusations de protectionnisme : l’ORD, Organe de Règlements des Différents, juge les différents, peut infliger des sanctions au pays incriminé ou autoriser l’autre à des compensations.
II - Stratégies internationales des entreprises
A - L'essor des FMN
1 - Les FMN et la mondialisation
Une firme multinationale est une entreprise qui a une partie de son activité réalisée à l’étranger dans une ou plusieurs filiales (une filiale est une entreprise possédée au moins à hauteur de 10 % par sa maison mère). On parle ainsi de plus en plus de firmes transnationales ou firmes globales puisque la stratégie de production est élaborée au niveau planétaire. La firme globale s’appuie sur différents avantages comparatifs qu’elle met en valeur dans les pays qu’elle a choisis (soit la faiblesse de coûts de main d’oeuvre, soit la qualification du personnel, soit la présence d’infrastructures, soit les liens avec l’université …..). Ces firmes présentent partout dans le monde n’en conserve pas moins leur nationalité d’origine. Cette organisation globalisée a pour objectif de maximiser le profit à l’échelle mondiale.
On peut résumer les origines et conséquences de ce processus contemporain de globalisation de la production et de l’économie :
Dimensions de la mondialisation
Forte ouverture des frontières avec intensification des échanges et une augmentation des flux de produits manufacturés dans le commerce mondial ;
Intensification des IDE dans le sens nord/nord mais aussi N/S, en particulier en direction des NPIA et aujourd’hui vers la Chine, l’Inde, le Brésil ;
Interconnexion des marchés financiers, les capitaux circulent librement sans contrôle des changes par les Etats, avec domination du poids de la bourse dans la stratégie des entreprises (exemple des délocalisations) ;
Facteurs explicatifs de la mondialisation
Les pouvoirs publics ont organisé et mis en place cette nouvelle organisation économique à partir de décisions politiques ou de choix décidés au sein des organisations internationales (OMC, FMI, commission européenne) ;
Ces décisions ont libéralisé les échanges avec affaiblissement progressif des protections tarifaires (droits de douane) et extension de la déréglementation aux services ;
La baisse des coûts de transport et la modernisation des moyens de communication et d’information ont intensifié cette globalisation ;
Conséquences pour les entreprises
Nécessité absolue de compétitivité pour les entreprises exposées à la concurrence mondiale ;
La recherche de compétitivité est double et porte sur le prix et sur la qualité (recherche et développement, innovations, publicité, formation du personnel, service après vente) ;
Domination inévitable des firmes multinationales puisqu’elles seules possèdent la taille critique pour rechercher à l’échelle mondiale compétitivité prix et hors prix. Les FMN sont les acteurs majeurs de la mondialisation actuelle et l’intérêt des FMN dépasse alors l’intérêt des Etats ;
L’importance des FMN
Plusieurs critères peuvent être retenus pour classer les FMN (capitalisation boursière, effectifs à l’étranger, indice de transnationalité …) On constate qu’il y a domination des entreprises du nord et en particulier anglo-saxonnes. Cela s’explique par le fait que leur marchés nationaux anciens et disposant d’une demande effective assez conséquente, leur ont permis d’atteindre la taille critique (économies d’échelle et effet d’apprentissage) avant de s’attaquer à la concurrence extérieure. Mais il y a aujourd’hui un nouvel aspect de la multinationalisation puisque celle-ci s’étend aux services avec une forte concentration au profit des entreprises du nord dans les activités financières, bancaires, d’assurance, publicité, marketing, comptabilité, activités hôtelières, transport aérien … . Apparaissent aussi de plus en plus des FMN du sud particulièrement en Chine et en Inde qui commencent à racheter des entreprises du Nord (par exemple, Lenovo (Chine) a racheté la branche PC d’IBM, TCL (Chine) a pris le contrôle de la branche TV de Thomson, …..). La montée en puissance des FMN est une des caractéristiques majeure de la mondialisation amorcée depuis 25 ans. Nombreux sont les pays dans lesquels les firmes étrangères gèrent plus de 10 % de l’emploi total aujourd’hui (15 % en France). Les IDE sont ainsi créateurs d’emplois, il ne faut pas les réduire aux délocalisations.
2 – Rôle des IDE dans la multinationalisation des entreprises
La mondialisation a suivi un processus historique qui a vu se succéder plusieurs étapes dès le début du capitalisme, à la fin du XVI° siècle :
Augmentation des échanges internationaux dans le cadre de la DIT classique. Cela implique un échange de matières premières contre produits finis à partir de la notion d’avantages comparatifs de Ricardo, les entreprises restant nationales (domination de l’Angleterre) ;
Après la Seconde Guerre Mondiale, l’intensification des échanges se renforce à partir des années 60 avec une mobilité accrue des activités productives. Les FMN commencent à s’implanter avec l’essor des IDE. Le commerce international va augmenter plus vite que la production mondiale. Les FMN deviennent des éléments incontournables du commerce mondial même si elles restent fortement implantées et dominées par leur logique nationale ;
Avec les années 80 et surtout 90, on passe de l’internationalisation à la globalisation : la stratégie des FMN devient transnationales puisqu’elle s’élabore à l’échelle globale en ne faisant plus référence aux nations. Il s’agit de rechercher la rentabilité la plus élevée possible quel que soit le coût social pour les pays concernés. Les IDE deviennent le support privilégié de leur globalisation ;
Il y a eu une recomposition contemporaine des flux d’IDE concernant leur destination (c’est à dire les IDE entrants) :
Avant la modification contemporaine, les IDE se dirigeaient plus massivement vers les PED dans le cadre de l’ancienne DIT et de l’échange inter- branche (du Nord vers le Sud) ;
Avec la nouvelle DIT ou DIPP (décomposition internationale des processus productifs), les IDE privilégient à la fois les activités manufacturières et les services. Les flux sortants se dirigent plus massivement vers certaines régions en plein essor comme les NPIA et dans une moindre mesure l’Amérique Latine, délaissant alors l’Afrique et les PMA (pays les moins avancés), bloqués dans l’ancienne DIT. Cependant, l’essentiel des pays d’accueil ou IDE entrants reste localisé dans les pays du nord ;
1 - Pour les IDE entrants
La part des IDE qui entrent dans les pays développés est de 82 % (dont 66 % vers l’Union européenne et 30 % vers l’Amérique du Nord. Les flux d’IDE suivent donc majoritairement un trajet Nord-Nord ;
La part des pays du sud est de 16 % dont 56 % pour l’Asie; le poids de la Chine et de l’Inde est croissant aujourd’hui ;
2 - Pour les IDE sortants
Les pays du nord représentent 92 % de l’ensemble du financement des IDE dans le monde ;
L’Union européenne représente les ¾ (78%) de ces IDE et l’Amérique du Nord 17 % ;
Le poids des PED est de 7.5 % dont les 4/5 proviennent de l’Asie ;
Les IDE transitent par les FMN qui recherchent :
Dans les pays riches, à s’implanter sur les marchés dotés d’un pouvoir d’achat conséquent et d’infrastructures et de capital humain développés ;
Dans les PED, les avantages comparatifs en main d’oeuvre meilleur marché mais aussi à s’implanter sur des marchés en pleine expansion comme en Asie ; on parle alors de relocalisation ;
Les IDE suivent 2 modalités :
Les fusions-acquisitions c’est à dire qu’on s’associe ou on rachète des entreprises déjà existantes ;
Les délocalisations c’est à dire qu’il y a création d’entreprises à l’étranger, la délocalisation étant définie comme le transfert d’activités nationales à l’étranger avec pour conséquences la destruction à court terme de l’emploi national ;
Depuis une dizaines années, ce sont les fusions-acquisitions qui sont très majoritaires dans le processus d’IDE en suivant un trajet Nord/Nord. Cela reste donc dominé par les FMN des pays riches.
Cette version des IDE est préférée par les FMN puisqu’elles :
Bénéficient ainsi d’entreprises déjà installées ;
Bénéficient d’une notoriété de marque et de parts de marché ;
Cela leur permet d’atteindre plus rapidement la taille critique pour bénéficier des économies d’échelle et des effets d’apprentissage ;
Les IDE se sont intensifiés sous l’impulsion des décisions politiques depuis une quinzaine d’années avec la libéralisation des mouvements de capitaux telle qu’elle est défendue par les organismes internationaux (OMC, FMI, commission européenne).
Par ailleurs, plusieurs facteurs se conjuguent pour renforcer cette tendance :
La baisse des coûts de transport des marchandises ;
L’accélération de la circulation de l’information avec le progrès des TIC ;
La baisse progressive de la protection tarifaire (droits de douane)
L’accueil des IDE, fortement encouragé par les autorités locales car source de croissance et d’emploi notamment dans le sud. Souvent, les pays mettent en place des zones défiscalisées attractives ou favorisent la baisse des impôts notamment sur les sociétés ;
3 - Origine de la financiarisation de l'économie
La généralisation des mouvements de capitaux dans le monde c’est à dire la mondialisation financière est à l’origine de nombreux changements au niveau du financement des entreprises et leur stratégie. Le contrôle des changes par les Etats ayant été supprimé entre pays, les capitaux circulent librement à la recherche de plus value à réaliser, sur les produits financiers ou sur les placements en devises (réaliser une plus value, c’est espérer faire un gain entre le prix d’achat d’un titre et le prix de sa revente). Les agents économiques spéculent et font le pari que le marché sera suffisamment instable pour voir la valeur des titres progresser et générer de la plus value. La spéculation se nourrit donc de l’instabilité.
Ainsi, « l’économie financière » peut alimenter « l’économie réelle » quand les gains réalisés lors des plus values alimentent le pouvoir d’achat et la consommation ; inversement, quand la chute des cours entraînent une contraction de la richesse des ménages, cela peut accroître la récession par insuffisance de la demande effective.
Il existe d’autres avantages dans la libre circulation des capitaux : ceux-ci se dirigent là où il existe un besoin de financement. La mobilité des capitaux facilite ainsi au niveau mondial une meilleure allocation des ressources qui :
D’une part limite la création monétaire en fournissant une épargne préalable. Cela favorise alors la désinflation notamment quand il s’agit de financer par ce biais les déficits publics ;
D’autre part limite l’appréciation des taux d’intérêt puisque l’épargne est suffisamment abondante là où elle est nécessaire. Cette détente des taux peut alors encourager investissement, croissance et emploi ;
Ce système peut présenter néanmoins des inconvénients : apparaissent alors des bulles spéculatives c'est-à-dire se sommes de liquidités considérables qui circule entre pays pour l’achat d’actions, obligations, titres publics ou devises. Ces bulles sont déconnectées de l’économie réelle et elles représentent 95 % des 1500 milliards de $ qui circulent tous les jours dans le monde sur les marchés financiers :
Or, lorsque ces bulles éclatent, lorsque la spéculation cesse de croire en une hausse continue et que chacun se met à vendre, il peut y avoir des effets désastreux dans l’économie réelle : des sommes importantes disparaissent d’où baisse des liquidités pour l’épargne, l’investissement ou la consommation ce qui affecte la croissance et l’emploi ;
Les entreprises sont soumises à des impératifs de rentabilité sous la pression des marchés financiers : pour restaurer la confiance et proposer de nouveaux des actions attractives, elles sont incitées à serrer leur coût pour restaurer leur taux de marge. Cela se traduit alors par des suppressions d'emplois, une stagnation des salaires, des délocalisations et donc une aggravation de la fracture sociale ;
4 - Recherche de compétitivité et multinationalisation
FMN se sont fortement développées depuis 1960 sous la domination anglo-saxonne. Sont apparues ensuite les multinationales européennes puis japonaises et enfin celles issues des NPIA. La concurrence est ainsi exacerbée pour capter les parts de marché. La compétitivité devient un impératif absolu. Les FMN élaborent alors des stratégies globales pour tirer profit des avantages comparatifs de chacun des pays en :
Coût de main d’oeuvre ;
Qualité d’infrastructures ;
Qualité de la main d’oeuvre et du stock de capital humain ;
Proximité des centres universitaires et de recherche ;
La stratégie productive s’inscrit dans le cadre de la DIPP, décomposition internationale du processus productif. Lorsque les marchés sont de nature :
Concurrentielle, c’est la compétitivité prix qui s’impose. Cela correspond plutôt à la logique des IDE par les délocalisations dans les pays à faible coût en main d’oeuvre. Ici, l’échange est alors plutôt de type inter-branche ;
Oligopolistique, c’est la compétitivité hors-prix qui s’impose ; le consommateur recherche une consommation de différenciation, les marches sont de nature intrabranche. Les IDE privilégiés sont alors ici les fusions-acquisitions entre multinationales des pays développés ;
On définira alors la compétitivité comme la capacité à affronter la concurrence pour maintenir ou gagner des parts de marché ; elle est double :
Compétitivité prix en dépendant :
Du facteur travail (coût salarial total) ;
Du facteur capital (prix des biens de production, taux d’intérêt pour les emprunts) ;
Des taux de change, une monnaie sous-évaluée comme le $ aujourd’hui favorisant les exportations américaines et inversement, l’euro fort pénalise nos exportations ;
Du comportement de marge des entrepreneurs ;
Compétitivité hors prix en dépendant :
De la qualité ;
Du service après vente ;
De la différenciation des produits et des innovations ;
Des délais de livraison ;
B - Analyse poursuivie par les FMN
1 - Approches évolutives et exemples
On peut faire apparaître les caractéristiques des stratégies des FMN selon la période :
Période
Types de stratégie
Objectif poursuivi
Nature des filiales
Nature de la FMN
Type d'intégration
XIXe - début XXe
Approvisionnement
S'implanter dans les colonies ;
Exploiter leurs matières premières ;
Les réexporter vers la maison mère installée en métropole ;
Mise en place de plantations, d'activités extractives, de comptoirs de commerce
FMN primaire, la production dépendant des matières premières
Verticale en amont à l'étranger
Jusqu'au années 60
Conquête de marchés
On veut aller produire sur le lieu même où existe la consommation en imposant certaines consommations intermédiaires du pays d'origine
Filiales relais
Firmes multidomestiques
Verticale aval à l'étranger
60 / 90
Rationnalisation et minimisation des coûts
Baisser les coûts de production en allant s'installer dans les pays à faible coût de main d'oeuvre
Filiales ateliers
Globalisation de la stratégie
Internationale dans le cadre de la DIPP
2– De la DIT traditionnelle à la DIPP
Le passage de l’ancienne à la nouvelle DIT pour les PED explique de la manière suivante :
Alors que ces pays étaient spécialisés dans l’ancienne DIT dans le cadre d’un échange inter branche matières premières contre produits manufacturés ;
On est passé à une nouvelle DIT dans laquelle les PED sont plus hétérogènes certains s’insérant mieux dans le commerce international grâce à la stratégie de promotions des exportations. Celle ci implique une remontée des filières, une main d’oeuvre de plus en plus qualifiée, un Etat qui fut interventionniste et protecteur pour accéder à des avantages comparatifs favorisant une insertion efficace dans les produits manufacturés ;
Trois organisations sont alors possibles dans ce nouveau cadre :
La FMN peut élaborer directement le même produit dans le pays d’accueil, on parle « d’usine clone ou duplication » ;
La FMN peut réaliser un bien final pour le réexporter ensuite vers le marché mondial ;
La FMN peut organiser sa production au niveau mondial en répartissant dans chaque pays des pièces ou des segments de production, le tout étant assemblé dans un autre pays au final. C’est le cadre de la DIPP (division internationale des processus productif) ;
Les logiques diffèrent alors selon ce qui est recherché :
Dans le cas d’un investissement de nature verticale, les coûts de production respectifs de chacun des pays choisis seront déterminants pour le choix de tel ou tel segment ou de telle ou telle pièce ou enfin, le choix du lieu d’assemblage. C’est donc bien la logique de la DIPP qui s’impose et qui répond le mieux au concept de mondialisation ou de globalisation : la stratégie de l’entreprise est pensée au niveau global, mondial, « au dessus des Etats », dans l’intérêt de la FMN. Ainsi dans cette logique, la FMN fait circuler dans le monde de nombreuses pièces détachées ou segments de production vers le lieu d’assemblage. Ce commerce interne à la multinationale dit commerce intrafirme, augmente plus vite que l’ensemble du commerce mondial et représente près de 33% de ce commerce aujourd’hui ;
Dans le cas d’un investissement de nature horizontale, c’est la taille du marché qui importe. La FMN recherche à s’implanter dans une zone au marché porteur, au pouvoir d’achat lui permettant d’écouler directement plus de produits ;
3– Réduction des coûts et taille critique
La stratégie globale des FMN dans leur choix de localisation des IDE vers les pays du sud varie. Elles privilégient la recherche de dotation factorielle avantageuse au niveau du facteur travail :
Dans un premier temps, ce fut la faiblesse des coûts de main d’oeuvre qui fut recherchée dans des industries standardisée intense en main d’oeuvre peu qualifiée (textile, électronique …..) ;
Dans un second temps, avec la remontée des filières, les productions se centrent plus vers les produits à plus fort contenu technologique ou les services (par exemple, saisie de données ou ingénierie informatique en Inde) ;
Ainsi, les entreprises recherchent la multinationalisation dans un contexte de concurrence accrue entre elles. L’objectif est d’atteindre la taille critique c’est à dire de parvenir à un volume de production et de parts de marché à partir desquelles il y existe des effets microéconomiques positifs :
La hausse de la production favorise la baisse des coûts unitaires d’où réalisation d’économies d’échelle ;
De même, la hausse du volume produit renforce la qualification de la main d’oeuvre par effet d’apprentissage d’où des gains de productivité favorables ;
Cette recherche de taille critique donne ainsi à l’entreprise les moyens de mieux se positionner au niveau de sa compétitivité prix et hors prix. Cela peut alors passer par 2 types de croissance :
La croissance interne, l’entreprise réalise un investissement direct à l’étranger lui permettant de créer de nouvelles activités et d’augmenter ses capacités productives : par exemple création d’une entreprise, seule ou en collaboration avec des financements locaux, on parle alors d’entreprise mixte ou de joint venture ;
La croissance externe, on utilise alors le biais des fusions-acquisitions pour renforcer la présence de l’entreprise sur des marchés déjà existants. C’est la solution privilégiée depuis 10 ans. Les entreprises réunies réalisent alors un résultat d’ensemble supérieur à la somme des résultats des deux entités distinctes d’origine : on parle alors d’effet de synergie (exemple de l’association de Renault et Nissan) ;
4 – Effets de la multinationalisation
Les IDE peuvent avoir un rôle économique positif dans la croissance et le développement d’un pays, qu’ils suivent une trajectoire N /N ou N/S. Ils correspondent néanmoins toujours à une mise en concurrence des territoires entre eux. Il s’agit alors pour ces zones géographiques de fournir un certain nombre d’avantage comparatifs susceptibles de les attirer :
Une main d’oeuvre dont la rémunération reste limitée au regard si possible d’une qualification la plus élevée possible ;
Un niveau d’infrastructures suffisant comme des voies de communication, de transport ;
Un investissement public en capital humain élevée de manière à accroître la productivité de la main d’oeuvre ;
Un droit du travail et une protection sociale limités pour ne pas alourdir le coût du travail ;
Une stabilité économique (peu d’inflation) et politique ;
Ces IDE procurent un certain nombre d’avantages au pays d’accueil :
Ils permettent de réaliser des transferts de technologie ce qui renforce la productivité globale du pays et favorise la remontée des filières ;
Ils dynamisent la création de richesses, les exportations et l’emploi local ;
Ils renforcent l’insertion du pays dans la promotion des exportations de produits manufacturés ;
Ils dynamisent la concurrence en renforçant la nécessité de compétitivité globale ;
Ils présentent aussi des inconvénients pour le pays d’accueil :
Ces pays dépendent totalement de la stratégie de FMN qui peut choisir à tout moment de privilégier un autre pays d’accueil dont les avantages comparatifs sont plus favorables ;
L’essentiel du profit est capté par la FMN qui peut en réorienter une partie vers sa maison mère et ses actionnaires ;
C – Mise en concurrence des territoires et régulation internationale
1 – FMN et Etats
La présence et le poids des actionnaires « non résidents » parmi les entreprises « françaises » du CAC 40 est importante; on constat qu’elles sont de plus en plus majoritairement contrôlées par des capitaux étrangers (entre les 2/5 et les 2/3), avec une très forte présence des capitaux anglo-saxons. Ce sont les fonds de pension américain ou anglais qui investissent les bourses à la recherche de placements rémunérateurs pour leurs caisses de retraite privées. Ils ont alors des exigences de rentabilité très élevée qui font pression sur la stratégie des ces entreprises : elles doivent maximiser les dividendes servis à ces actionnaires pour conserver ces fonds de pensions dans leur capital. Cela peut les inciter à réaliser des « licenciements boursiers » par des délocalisations. Ce terme se définit de la manière suivante :
Une définition stricte : elle correspond à un transfert d’activités économiques déjà existantes du territoire national vers le reste du monde. Il y a alors disparition de ces activités économiques du territoire national ;
Au sens large : il y a délocalisation lorsqu’une firme nationale décide de faire réaliser hors de ses frontières ce qu’elle aurait pu faire elle-même sur le sol national (exemple, les achats de la grande distribution en Chine) ;
Les délocalisations ont des effets variés contradictoires sur le volume et la structure de l’emploi, sur le niveau de la croissance qui vont largement au delà de la simplification médiatique. Deux types d’approches peuvent être abordées ici :
Une approche statique et négative : la délocalisation supprime des emplois à court terme lorsque l’on ferme le site national pour en ouvrir un autre à l’étranger ;
Une approche dynamique et positive : les délocalisations ont aussi permis de gagner des emplois :
Les entreprises qui délocalisent gagnent de la compétitivité prix et des parts de marché ce qui renforce un niveau de profit qui peut ensuite être réinvesti dans le pays d’origine et améliorer sa compétitivité hors prix ;
Les pays d’accueil de ces délocalisations voient leur production et revenu global progresser ; ils peuvent ensuite importer en provenance du pays d’origine des productions à plus forte valeur ajoutée et plus fort contenu technologique. Cela contribue alors à créer dans notre pays des emplois plus qualifiés ;
Le prix des produits importés est inférieur aux prix de ces mêmes produits fabriqués avant sur le sol national (par exemple les importations actuelles de textile chinois). Cela libère du pouvoir d’achat dans l’économie qui peut se déverser vers la consommation de services créatrice d’emplois sur le territoire national, y compris d’emplois non qualifiés ;
Le débat sur les délocalisations est bien plus complexe que le traitement médiatique simplifié qui en est fait.
Par ailleurs, des influences existent entre les FMN et la conduite de la politique intérieure ou extérieure des Etats :
Les FMN ont un pouvoir financier très important compte tenu du niveau des échanges commerciaux qu’elles contrôlent mais aussi du poids qu’elles ont acquis sur les marchés financiers ;
Elles mettent les Etats en concurrence pour obtenir des avantages comparatifs spécifiques qu’elles intègreront dans leur stratégie de DIPP. Il y a donc une surenchère entre les Etats pour attirer sur leur sol les IDE notamment par des baisses de fiscalité, de charges sociales, par un moindre regard des normes environnementales. On parle de dumping fiscal, social ou environnemental ;
Elles font donc peser de nouvelles contraintes sur les Etats qu’on peut recenser :
La mondialisation est à l’origine de la progression des inégalités entre les groupes sociaux : les travailleurs les plus fragiles en termes se qualification et diplômes (c’est à dire les moins dotés en capital économique, culturel et social) sont directement confrontés à ceux des pays à plus faible coût de main d’oeuvre. Leur mise à l’écart n’en est que plus irréversible ;
La mondialisation accroît les conflits entre les nations autour de la manière dont s’organise la DIPP : les pays du nord reprochent à ceux du sud d’avoir des pratiques anti-concurrentielles à cause de leur faiblesse salariale ou sociale. En échange, ces pays du nord utilisent l’arme du protectionnisme non tarifaire ;
Enfin, la concurrence directe que se livrent les territoires fragilise la mission de protection sociale plus développée dans les pays du nord : s’appuyant sur des prélèvements obligatoires élevés, ceux-ci entrent en contradiction avec l’impératif de compétitivité qu’impose la mondialisation ;
Face à ces nouvelles contraintes, 2 réactions sont possibles :
La réaction citoyenne par des manifestations. C’est dans ce cadre qu’agissent les altermondialistes ;
La réaction institutionnelle par l’établissement de nouvelles règles au sein de l’OMC et dans le cadre de la régulation internationale ;
2 – Les régulations internationales
Les pays membres de l’OMC se sont engagés:
A réduire les droits de douane ;
A démanteler les principaux obstacles non tarifaires aux échanges ;
A supprimer progressivement les subventions publiques qui ont un impact sur le commerce international ;
A maintenir « les subventions qui n’affectent pas directement le commerce » comme les subventions pour l’environnement et la recherche ;
Les dispositions de l’OMC visent principalement à faciliter encore plus la libéralisation du commerce, et ce dans tous les domaines (biens mais aussi services), afin d’augmenter les échanges internationaux et d’accentuer la concurrence. En effet, dans l’optique de l’OMC, le commerce international constitue un facteur de croissance économique, un moyen au service du développement, en offrant à chaque pays des débouchés pour leur production et aux consommateurs les moyens de bénéficier d’une saine concurrence (diversité de l’offre, prix plus bas).
Le dumping est une pratique qui consiste à vendre à perte pour s’introduire sur un marché, accroître sa part ou éliminer les concurrents. Le dumping social est une action qui vise à tirer un avantage des différences de réglementation et de coût du travail entre différentes régions ou pays.
Les pays riches invoquent ainsi des arguments éthiques pour condamner des pratiques contraires à la dignité humaine et aux droits de l’homme (le travail des enfants, l’absence de droits syndicaux, etc.). Les pays en développement voient dans cette indignation une façon détournée, pour les pays riches, de faire du protectionnisme et de protéger leur marché.
L’absence de clause sociale est néanmoins profitable à certaines grandes entreprises multinationales. Elles font réaliser une partie de leur production dans des pays où l’absence totale de réglementation du travail leur permet de produire à des conditions avantageuses.
Elles peuvent ainsi baisser leurs coûts et être encore plus compétitives au niveau des prix. En quelque sorte, les intérêts de certains États et des grandes firmes peuvent converger. Certains États (notamment dans les PED) ont intérêt à accueillir les IDE des firmes transnationales, les PED voyant dans cet accueil, un facteur de croissance et d’emploi.
Dans le même temps, certains États peuvent craindre la stratégie de délocalisation des FMN en raison d’une possible augmentation du chômage dans le pays d’origine de la firme. Ils dénoncent de ce fait le « dumping social » des PED, le considérant comme une source future d’appauvrissement. Ainsi, les intérêts, des États et des grandes firmes peuvent diverger, divergences qui s’expliquent par la différence de nature entre les deux organisations :
L’État est une organisation politique dont les intérêts s’identifient par définition à un territoire donné ;
La firme est une organisation économique dont les intérêts dépassent, transcendent, l’existence des territoires. C’est pourquoi, il est plus exact et pertinent de parler de firmes transnationales. Le préfixe « trans » (au double sens du terme : dépasser et traverser) suggère que les firmes dépassent (et prolongent) l’espace territorial de leur nation d’origine tout en traversant celui des pays d’implantation ;
III - Mondialisation, évolution socioculturelle et régulation
A – Vers une mondialisation culturelle ?
1 – Processus d’uniformisation culturelle
La mondialisation met en relation un ensemble complexe de régions marquées par des spécificités socioculturelles. Celles-ci se caractérisent par des normes, valeurs, rites et institutions spécifiques.
Il y a aujourd’hui une diffusion massive de « produits culturels » qui conduit à une proximité des styles de vies. Il y a une circulation à l’échelle planétaire de produits qui réduisent considérablement les distances entre peuples, cultures et civilisations ; Ces produits culturels constituent des biens collectifs appartenant au patrimoine commun de l’humanité mais l’accès est inégal en fonction des ressources économiques ou culturelles.
La mondialisation de la culture apparaît comme un système d’échanges généralisés de biens et services culturels entraînant la circulation de pratiques, de comportements, de modes de consommation, de représentations.
Le rôle des multinationales est important dans la construction d’un « consommateur mondial », adepte des produits proposés par les grandes marques (Coca Cola, Levi’s…) et les produits de la « world culture ». L’accès à ces biens ou services qui correspond à une consommation populaire dans les pays du Nord relève de l’accès à un certain luxe dans le Sud.
Les multinationales véhiculent des modèles pour accroître le volume de production et atteindre une taille critique susceptible d’accroître leurs économies d’échelle. Il s’agit ainsi de rentabiliser au plus vite les efforts de RD, les investissements en infrastructures (ex de la téléphone mobile, de l’informatique, des biotechnologies…). Dans ces secteurs, le produit est d’emblée mondial pour rapidement obtenir un retour sur investissement, ce qui contribue à formater un consommateur mondial avec généralisation des codes et rites occidentaux de consommation. Les produits sont alors standardisés dans un grand nombre de pays et il y a aussi uniformisation des normes techniques (normes ISO).
Cependant, les produits ne sont pas parfaitement mondiaux puisqu’il y a des adaptations aux particularismes sociaux et culturels locaux. Les multinationales essaient ainsi d’adapter leur stratégie globale aux situations locales. On parle de stratégie glocale
2 – Formes de résistance ou d’acculturation
Il est possible d’adopter une lecture anthropologique (étude des institutions et techniques des différents sociétés humaines) et ethnographique (étude descriptives des différents ethnies, de leurs caractères anthropologiques, sociaux, etc.) pour aborder le processus d’acculturation. Ainsi, à travers l’exemple du « culte du cargo », on voit comment certaines religions messianiques (c'est-à-dire prédisant l’arrivée d’un évènement extraordinaire dans un futur indéfini) de Mélanésie ont intégré l’apparition des premiers bateaux sur leurs côtes à leur croyance. Cela illustre le syncrétisme de certaines religions qui combinent ainsi plusieurs éléments de pensée ou de représentation dans une logique de réinterprétation.
On peut reformuler de manière plus théorique cette idée générale. Le terme d’acculturation désigne alors la façon dont deux cultures en contact direct et prolongé l’une de l’autre s’interpénètrent et s’influencent mutuellement. On peut retenir en exemple les phénomènes issus du colonialisme ou les vagues d’immigration des pays pauvres vers les pays riches (par exemple, l’intégration des vagues d’immigration en France).
Ici, l’acculturation est conçue comme un brassage des cultures et semble positive. Mais, elle peut aussi susciter une réaction et une contre-acculturation lorsque le rapport de force est trop déséquilibré avec domination d’une culture sur l’autre (voire les réactions intégristes actuelles).
On peut dresser un bilan des avantages et inconvénients de la mondialisation pour les sociétés et cultures singulières :
Avantages :
Accès plus large aux produits manufacturés et technologiques ;
Généralisation des échanges culturels et circulation de produits et pratiques locales ;
Adaptation croissante des firmes aux exigences locales ;
Phénomène d’emprunt et de réinterprétation des traits culturels d’une société par une autre ;
Inconvénients :
Uniformisation et standardisation des biens et services par le biais des FMN ;
Accès différentiel au progrès économique et social en fonction du niveau d’instruction et de développement ;
Mise en place d’un consommateur mondial au profil et goûts standardisés ;
Acculturation favorisant des situations de domination culturelle ;
B – Insuffisances économiques et sociales de la mondialisation
1 – Inégalités internes
En ce qui concerne les pays du sud, la mondialisation s’appuie au départ sur une progression des inégalités de revenu notamment entre les villes et les campagnes, particulièrement en Asie.
Dans un second temps, toujours en Asie, la croissance issue des IDE et l’ouverture au commerce international se traduisent par :
Une progression interne du revenu ;
Un essor de la scolarisation ;
Une certaine baisse des inégalités ;
En ce qui concerne l’Amérique du Sud, c’est pour le moment la croissance des inégalités qui semblent prédominer.
Dans les pays du Nord, les inégalités s’accroissent entre salariés qualifiés et non qualifiés au détriment de ces derniers mais la mondialisation ne constitue pas le facteur unique :
Le rôle du progrès technique est valorisé puisque les métiers incorporent de plus de compétences (savoir /savoir faire/savoir être) ;
La consommation a évolué en se dirigeant plus vers les services et moins vers les biens industriels (Loi d’Engel) ;
Le commerce intrabranche des pays du nord met en avant la compétitivité horsprix qui s’appuie sur une main d’oeuvre plus qualifiée et dotée en capital humain ;
2 – Inégalités entre pays
La mondialisation favorise les disparités lorsqu’elle s’organise comme c’est le cas aujourd’hui en favorisant une « course au moins offrant en matière de norme sociale et environnementale ». Les FMN privilégient en effet les moins regardants au niveau des salaires, des conditions de travail, des horaires, de la protection sociale, des normes environnementales.
Ces différents avantages comparatifs sont intégrés dans la stratégie globale de DIPP des FMN.
De même, au niveau politique, les citoyens ont-ils le sentiment qu’une distance croissante se développe entre les élites dirigeantes et le peuple. Face à la généralisation de l’insécurité économique et sociale, les citoyens estiment que « l’économie n’est plus au service de l’homme mais que l’homme est au service d’intérêt le dépassant ». Se pose ainsi le problème du rôle du politique face à l’économique.
Enfin, la mondialisation semble accroître les écarts entre les pays du nord et du sud sous forme de domination politique : hébergeant sur leur sol la plupart des FMN leaders de leur secteur, possédant les moyens financiers et la technologie, les pays du nord contrôlent la manière dont s’organise la mondialisation dans les instances internationales.
Les ONG constituent semble-t-il les seuls acteurs capables de s’opposer aujourd’hui à cette dérive libérale de la mondialisation en proposant un autre modèle de société. Ils proposent une occupation de terrain comme on l’a analysé dans le cadre des NMS. Les réactions citoyennes prennent la forme :
De contre sommets par exemple celui de Porto Alegre au Brésil (sommet altermondialiste) contre le sommet de Davos en Suisse (sommet libéral) ;
Des manifestations populaires lors des réunions du G8, etc. ;
Les altermondialistes conçoivent par exemple une organisation différente de la mondialisation qui se propose de respecter les droits de l’homme, les droits sociaux, l’environnement c’est à dire une conception du développement durable.
De même défendent-ils l’instauration de la Taxe Tobin pour limiter la spéculation financière. C’est le cas de l’association ATTAC (Association pour la Taxation des Transactions financières et l’Aide au Citoyen) qui propose l’instauration de cette mesure qui permettrait de taxer les placements spéculatifs de manière à décourager les va et vient de capitaux entre pays pour des motifs purement spéculatifs. Le produit de cette taxe serait ensuite redistribué pour le développement des pays du sud.
Face aux insuffisances actuelles de la mondialisation, certains évoquent enfin une gouvernance mondiale qui pourrait déléguer à une organisation internationale le soin d’édicter des règles contraignantes à appliquer par les Etats :
Par exemple des règles sociales sur le travail, l’interdiction de l’exploitation des enfants et leur obligation de scolarité ;
Des règles protectrices sur le licenciement, le salaire minimum, la protection sociale, le temps de travail ;
Des règles sur la protection de l’environnement, la limitation de l’émission de CO2, la déforestation, etc. ;
Une telle ambition se heurterait évidemment à un obstacle majeur : la perte de souveraineté des Etats. Y sont-ils prêts ? On peut en douter quand on observe par exemple le désengagement unilatéral de l’administration Bush des Accords de Kyoto sur l’émission des gaz à effet de serre.