L'emploi est au coeur des préoccupations économiques et sociales contemporaines. Dans une société où l'identité sociale passe principalement par le travail, il importe de connaître précisément les facteurs qui sont à même de faire varier la quantité et la qualité des emplois offerts.
Diverses transformations ont affecté l'emploi depuis une trentaine d'années. Quelles sont les responsabilités respectives des gains de productivité et du progrès technique dans ces transformations ? Quelles sont aussi les principales explications théoriques du chômage sur lesquelles s'appuient les politiques mises en place pour y remédier ?
I - Organisation du travail, croissance et évolution de la condition sociale
A - La division du travail, source de croissance et de gains de productivité
1 - De Smith à Ford
Smith présente le modèle théorique implanté en Angleterre vers la 2e moitié du XIXe siècle dans les secteurs industriels.
Cette nouvelle division du travail a permis d’augmenter les gains de productivité. On note 3 facteurs positifs explicatifs :
Chaque ouvrier se spécialise ;
La répétitivité des tâches accroît l’habileté du salarié ;
Les postes fixes permettent de réduire les temps morts ;
Le travail est déqualifié, mécanisable et les innovations de procédés nombreuses ;
Ce modèle ne s’est pas généralisé à toute l’économie car celle-ci demeure encore très rurale. La Révolution Industrielle n’est pas omniprésente et on assiste à une résistance des salariés souhaitant conserver le modèle artisanal qui leur confère une plus grande autonomie.
Taylor veut casser ce modèle conservateur car trop peu productif car les ouvriers limitent leurs rendements.
Il rationnalise le travail :
Analyse du processus de production ;
Détermination des gestes à effectuer ;
Invente ces propres outils ;
Décompose le travail en gestes simples et répétitif dans le but d’éliminer les temps morts ;
Les tâches sont parcellisées ;
Le travail est progressivement déqualifié et le savoir-faire dépossédé ;
Désormais, c’est l’employeur le maître : la conception est séparée de la production (cols blancs ≠ cols bleus) ou exécution ;
Le salaire est individualisé aux salariés. On paye au rendement et au mérite. Ceux qui respectent les consignes sont récompensés. Chacun va chercher à produire plus augmentant ainsi les gains de productivité. On assiste à une intensification du travail. Le contrôle hiérarchique est indispensable pour la bonne application des tâches (nécessaire présence de « chefs » c'est-à-dire de contremaître).
La division est verticale (production/conception) et horizontale (parcellisation).
Le Chatelier et Taylor considèrent le « travail productif comme une valeur fondamentale et un gage de progrès ». Le terme valeur sous entend ici un idéal qui oriente les comportements c'est-à-dire une attitude à laquelle on est attaché. Celle-ci sous entend une rationalisation de tous les instants dans la recherche de gains de productivité. Se développerait donc un certain esprit du capitalisme qui cherche à mettre en adéquation les buts assignés et les moyens à utiliser pour y parvenir.
Le moyen le plus pertinent consiste, pour eux, à rationnaliser la division du travail qui constitue le point de départ du progrès économique et social. On sait que les gains de productivité se diffusent dans l’économie et qu’ils renforcent la croissance et donc le développement.
Ce modèle sous-entend que la science devient l’élément central de la société et en particulier la science appliquée à l’économie.
Dans les 2 documents apparaissent les premières limites et oppositions au taylorisme et à sa vision propagée en France par le Chatelier :
Il déqualifie le travail et il exproprie l’ouvrier de son savoir-faire ;
Il renforce l’individualisme en essayant d’introduire un salaire différentiel ;
Il intensifie le travail et les cadences et dépossède l’ouvrier de l’organisation de son travail par la division verticale ;
Il introduit une certaine déshumanisation du travail. Le salarié devenant producteur et consommateur à la fois ;
Le fordisme qui apparaît aux USA à partir des années 20 dans le secteur automobile constitue à la fois un prolongement mais aussi un complément du taylorisme :
Un prolongement puisqu’il reprend de base du taylorisme :
Une division verticale et hiérarchique du travail ;
Une division horizontale du travail avec la parcellisation des tâches et la spécialisation des salariés. Ceux-ci assument des tâches simples répétitives non qualifiées et strictement contrôlées pour optimiser les gains de productivité ;
Un complément avec des innovations :
La standardisation des produits c'est-à-dire la fabrication en grandes séries des mêmes produits ;
La chaîne d’assemblage, c’est le produit qui avance progressivement devant les salariés. C’est donc le convoyeur qui impose son rythme de travail.
C’est l’amont qui commande la production à l’aval ;
La hausse des salaires : pour pouvoir écouler la production de masse que génère taylorisme et fordisme, il faut augmenter les revenus pour encourager la demande.
La demande est donc le déterminant de l’offre et naturellement le fordisme est le complément au keynésianisme ;
Durant les Trente Glorieuses, la valeur ajoutée se répartit nettement vers le facteur travail. Il y a donc une progression du salaire réel. Un Etat-providence est également mise en place (sécurité sociale…).
Les salariés ont une prise en charge collective de risques individualisés. L’Etat-providence accroît le revenu disponible des ménages par la redistribution de prestations sociales. L’Etat investit dans les infrastructures et la recherche ce qui permet d’incorporer le progrès technique. Les gains de productivité décollent dans le secteur industriel : cela alimente d’une part la hausse des salaires et d’autres part la hausse des profits et les premiers encouragent la consommation et les seconds l’investissement ce qui accroît la production de masse.
L’Etat est un acteur majeur, grâce à une politique monétaire de relance, via la baisse des taux d’intérêts.
Il faut encourager la demande des ménages via la hausse des crédits c'est-à-dire la solvabilisation de la demande.
De même, la baisse des taux d’intérêts favorise les entreprises pour l’investissement pour encourager la production de masse et accroître les gains de productivité.
« La condition la plus essentielle est sans doute que les échanges internationaux aient une importance limitée. »
Le modèle fordiste en France, autrement dit le cercle vertueux, s’appuie sur une condition incontournable : une relative fermeture de l’économie parce que la production alimente la consommation de masse de produits nationaux. A partir du moment où l’économie s’est ouverte, le cercle vertueux est devenu vicieux.
Taux d'ouverture = [((x + m) / 2)) / PIB] x 100
Taux de couverture = (x / m) x 100
Progressivement, la part des produits importés à tendance à augmenter. Le moteur de l’économie devient l’offre et le salaire doit être limité. C’est la logique de la politique libérale depuis la fin des Trente Glorieuses.
2 - Les crises du fordisme
Ce document met en évidence une crise sociale du fordisme qui apparaît dès les années 60 aux Etats-Unis, premier pays d’application de ce modèle : il y a un rejet du système et une remise en cause de sa légitimité. Cela prend plusieurs manifestations comme l’absentéisme, le turnover (rotation du personnel entre les entreprises), les grèves, les malfaçons, le sabotage, un désintérêt pour le travail et la qualité des produits.
Il y a plusieurs types d’explications à cette crise sociale :
Le travail apparaît répétitif, monotone, inintéressant, sans mise en œuvre d’une qualification reconnue et d’un niveau de responsabilité. Le désintérêt pour le travail et donc croissant ;
Les jeunes générations issues du baby-boom arrivent progressivement sur le marché du travail ; leur niveau de scolarisation étant plus élevé, le niveau de résistance au modèle est donc plus fort puisqu’il apparaît déshumanisant et aliénant ;
Il y a remise en cause de la hiérarchie c'est-à-dire de la division verticale du travail et donc de l’organisation pyramidale. Celle-ci ne laisse en effet aucune autonomie, aucune responsabilité, aucune initiative ;
Les conséquences sont immédiates pour les entreprises et progressives :
Ralentissement des gains de productivité ;
Les produits sont de faible qualité ce qui pèse sur la compétitivité de l’entreprise et mécontente les clients ;
La part des profits à tendance à diminuer dans la valeur ajoutée d’où une baisse du taux de marge ce qui vient peser progressivement sur le niveau d’investissement ;
Le modèle commence à s’essouffler.
Une 2e série limites apparaît à partir des années 70-80 puisqu’il y a une crise économique et technique du modèle : le fordisme va buter sur un certain nombre de rigidité qui avait fait sa force.
Dans la phrase soulignée, Ford met en évidence la logique qui guidait le fordisme dans les années 50-70 : il fallait produire en grandes séries des produits standardisés à bas prix et pour tous dans un cercle vertueux (production et consommation de masse) :
Pendant la période fordiste, la demande était l’élément moteur puisque l’on fabriquait en grande série les produits. Or, la demande des consommateurs va se modifier progressivement. Celle-ci est plus fluctuante et diversifiée. Il faut s’adapter par des séries courtes avec une multiplication des modèles pour un même produit. La consommation devient ostentatoire puisqu’elle permet d’afficher un statut. A mesure que le revenu progresse, c’est la différence qui fait la différence entre les consommateurs. La qualité de produit devient un élément déterminant de même que l’innovation ou le Service Après Vente ou enfin la publicité. La compétitivité hors prix s’impose avec la concurrence internationale ;
Au niveau de l’organisation productive, l’automatisation de la production va s’imposer et le travail à la chaîne tend à reculer avec la substitution capital-travail. La part des ouvriers non qualifiés tend donc à diminuer. Le nombre d’ouvriers qualifiés progresse et ils ont de plus en plus des fonctions de maintenance ou d’entretien de l’appareil progressif. Cela exige plus de qualifications globales de la part des salariés ;
Le taylorisme et le fordisme construit sur un modèle rationnel doivent donc évoluer pour répondre rapidement au marché et à la demande, diversifier les produits et mettre en avant la qualité.
Ces changements s’incarneront à travers l’adoption progressive du toyotisme.
3 - Le toyotisme
Face aux critiques sociales, économiques et techniques émises dans les années 50, 70, 80 (sociale => technique => économique), des transformations ont été opérées dans l’organisation du travail de 3 manières différentes :
Un enrichissement des tâches : il s’agit d’accroître l’intérêt du travail en atténuant la division horizontale et verticale, et en rétrocédant une part de conception et de responsabilité aux ouvriers ;
L’élargissement des tâches : il s’agit d’atténuer la division horizontale du travail en faisant tourner les salariés sur des postes techniquement d’un même niveau ;
Les groupes semi-autonomes : ils mettent en avant un enrichissement collectif du travail puisqu’un ensemble d’ouvrier sans supérieur hiérarchique direct doit assumer la responsabilité collective d’une fonction de production. Il y a une répartition négociée des tâches et un autocontrôle pour parvenir à un objectif de production ;
Quelles que soient les modalités choisies, l’objectif reste le même : faire face au désintérêt pour le travail qui pèse sur la productivité et le profit.
Taylorisme
Toyotisme
Idée de base
Produire en grande série pour accroître les gains de productivité ;
Mettre en place une flexibilité, une fluidité face à la demande du client (0 délai, 0 papier, 0 stock) ;
Principes de l’organisation
Division horizontale et verticale du travail ;
Atténuer les effets négatifs de la division du travail (horizontale et verticale) ;
Mise en œuvre des qualités attendues des salariés
Exécution fidèle des consignes mises au point par la conception dans un temps limité et de gestes précis ;
Aucune capacité d’initiative exigée ;
Grande spécialisation des ouvriers ;
Prise d’initiative individuelle et collective des travailleurs ;
Capacité de réaction, d’adaptation et donc une plus grande polyvalence (0 panne, 0 défaut) ;
Formation des travailleurs
Très faible formation (« sur le tas »), déqualifiée ;
Interchangeabilité (Ouvrier Spécialisé)
Formation initiale (diplômes) et continue de qualité pour valoriser la polyvalence et la qualification des salariés (0 panne, 0 défaut) ;
Carrière et relations sociales
Progression salariale avec mérite ou au défaut l’ancienneté ;
La hausse des salaires dépend de la hausse des gains de productivité ;
Le CDI à temps plein domine avec un emploi à temps plein (emploi typique) ;
Les relations sont conflictuelles dans l’entreprise à mesure que progressent les dysfonctionnements du système ;
Emploi garanti à vie dans les grandes entreprises mais la précarité est plus grande dans les PME sous traitante d’où l’importance du niveau de diplôme ;
Le consensus et la culture d’entreprise sont forts et les syndicats adoptent un modèle coopératif ;
Les modèles de progression toyotisme ou ohnisme remettent radicalement en question ce qui prévalait dans le modèle de production occidentale :
Il faut produire en fonction de la demande pour éviter les stocks inutiles (0 stock) ;
Il faut répondre en temps réel à la demande pour satisfaire le plus vite possible le client en s’adaptant à une demande de plus en plus variée, différenciée et volatile (0 délai) ;
L’entreprise ne doit produire que ce qui est commandé et donc limiter en amont la quantité de ses stocks et limiter en aval la quantité des produits fabriqués mais non vendus. Autrement dit, le 0 stock impose une production en flux tendus ou en JAT (Juste A Temps) ;
La recherche de maximisation du profit impose de réduire les coûts de production et de fonctionner en limitant les dépenses intermédiaires grâce aux avantages que fournit l’informatisation (0 papier) ;
La qualité est mise en avant sur des séries courtes pour répondre à une demande de différenciation. L’appareil productif doit donc s’adapter rapidement, en temps réel : il y a automatisation et autonomisation de l’appareil productif. Les salariés ont donc un contact de plus en plus éloigné avec le produit ; ils deviennent des gestionnaires de l’outil de production : ils assurent la maintenance et l’entretien. Ils doivent être capable de s’adapter, d’anticiper, de réparer, de détecter les défauts de qualité des produits (0 panne, 0 défaut). Cela implique donc des salariés plus qualifiés en amont ;
Le toyotisme met en avant très tôt une analyse des défauts et des insuffisances du tayloro-fordisme et propose une rationalisation de ce modèle appliqué au Japon dans un cadre culturel particulier. L’ensemble converge vers une même logique : rationaliser la production, accroître la production et donc maximiser le profit.
Le toyotisme s’inscrit donc dans le post-fordisme.
4 - Les conditions de travail contemporaines, post ou néo-taylorisme ?
B - Les évolutions du monde du travail
1 - La mise en place de la société salariale
Dans la période précapitaliste qui s’inscrit dans la féodalité, la société est divisée en 3 ordres dont les valeurs et le positionnement diffère dans la société : à la noblesse la défense du territoire et la perception des taxes, au clergé le spirituel et au 1/3 Etat le travail et la charge des contributions. L’activité économique n’y est pas valorisée ; elle est dominée par un secteur primaire, le travail étant perçu comme une charge réservée aux pauvres.
La société plonge dans la logique capitaliste avec la Révolution Industrielle dont la finalité est d’accumuler le capital. Pour y parvenir un nouvel esprit se met en place qui met en avant « les eaux glacées du calcul égoïste ».
La production de richesses devient donc une nouvelle valeur dominante dans la société. Pour y parvenir, la division du travail va s’intensifier avec une séparation du capital et du travail. Apparaissent alors 2 classes sociales selon Marx, bourgeoisie et prolétariat. Au déclin des indépendants (artisans, commerçants et agriculteurs) correspond la hausse du salariat. Pour fixer les rapports entre l’employeur et le salarié, un document juridique va naître le contrat de travail.
Au milieu du XIXe siècle, les ouvriers souffrent d’une précarité généralisée dans le travail et dans la vie dont les aspects sont les suivants :
Des salaires faibles, instables, non garantis et fonctions de la conjecture économique ;
Les enfants travaillent très tôt (officiellement dès 8 ans et leur niveau de revenu est légalement inférieur) ;
La pauvreté au travail se répercute dans la condition de vie au niveau du logement, de la nourriture ; il y a des pratiques à risques comme l’alcoolisme et le non travail signifie l’indigence absolue (paupérisation) ;
Une solidarité de type privée se met en place, notamment avec le clergé ou par des dons, mais elle demeure peu efficace face à la pauvreté.
Face à ce constat, la réaction marxiste apparaît « naturelle ». L’ordre économique avantage la bourgeoise : c’est l’âge d’or du capitalisme. Il va y avoir progressivement l’édification de la société salariale.
Dans la logique de la contestation qui se met en place à la fin du XIXe siècle, plusieurs changements vont intervenir dans le sens d’un rééquilibrage des rapports entre le capital et le travail en faveur du travail :
1864 : reconnaissance du droit de grève ;
1884 : reconnaissance du droit syndical ;
1895 : création du premier syndicat, la CGT ;
1906 : reconnaissance du repos hebdomadaire (dimanche) ;
1919 : limitation de la durée de travail à 8 heures / jour ;
1936 : accords Matignon (semaine de 40 heures, 2 semaines de congés payés) ;
1945 : création de la sécurité sociale, des comités d’entreprises (pour les entreprises de plus de 50 salariés) et des délégués du personnels (pour les entreprises de plus de 10 salariés) ;
1950 : mise en place du SMIG puis SMIC en 1969 ;
1956 : 3e semaine de congés payés ;
1968 : accord de Grenelle (ministère du travail) avec l’augmentation du salaire et la création de sections syndicales en entreprises ;
1969 : 4e semaine de congés payés ;
1982 : 5e semaine de congés payés et passage à la semaine de 39 heures ;
1998 : loi sur les 35 heures ;
Dans tous ces changements législatifs, il y a une mise en place de garantie pour les salariés dont la situation va s’améliorer avec la généralisation des emplois typiques : le CDI à temps complet avec une sécurité de l’emploi. Dans cette logique, l’instauration de l’Eta-Providence va contribuer à sécuriser le parcours des salariés :
Par le rôle de l’école qui offre à chacun la possibilité de la promotion sociale dans une société plus ouverte avec la moyennisation ;
Par la sécurité sociale qui instaure une protection collective pour des risques individuels (4 branches : maladie, retraite, famille, chômage) ;
La mise en place de la société salariale par une intensification de la division du travail a favorisé la réalisation de gains de productivité. On reconnaît les affectations classiques :
Augmentation du salaire (Trente Glorieuses) ;
Augmentation du profit (années 80-90) ;
Baisse des prix (option privilégiée avec la mondialisation) ;
Hausse des recettes de l’Etat ;
La diminution du temps de travail qui peut prendre plusieurs formes :
La baisse de la durée du temps de travail (journée de 8 heures, RTT…) ;
La réduction de la durée de la vie active (entrée plus tardive, sortie plus précoce jusqu’à la réforme des retraites) ;
La précarisation du travail avec le temps partiel où le chômage ;
Si l'on fait le bilan des durées annuelles du travail selon le pays, on constate que :
Ces durées sont plus élevées dans les pays anglo-saxons ou au Japon ;
Et plus faible dans les pays d'Europe continentale ;
En particulier, le taux est faible au Royaume-Uni et aux Pays-Bas à cause de l'importance du temps partiel dans ces pays.
2 - Qualifications et compétences
On assiste à une augmentation forte du niveau de qualification de la main-d’œuvre et des diplômes requis pour y parvenir comme le montrent certains chiffres :
Alors qu'en 1982, sur les postes non qualifiées les 4/5 (79 %) avaient au plus le brevet, ils ne sont plus que la moitié en 2001. Dans le même temps, le nombre de salariés diplômés bac ou supérieurs au bac a été multiplié par quatre ;
Pour les postes qualifiées, la proportion de non diplômés a été divisée par deux (de 40 à 21 %) alors que les diplômés bacs et supérieurs au bac sont passés du tiers à la moitié ;
Pour accéder aux postes qualifiées, la faiblesse des diplômes constitue un handicap très lourd et même sur les postes non qualifiées il y a de plus en plus de salariés diplômés.
Il y a des facteurs explicatifs à ces changements :
L'investissement en capital humain avec la nation constitue depuis 20 ans une priorité puisqu'il apparaît que la compétitivité hors prix devient un déterminant de la compétitivité globale des pays du Nord dans le cadre de la mondialisation ;
La division du travail se modifie : alors que le taylorisme s'appuyait sur une déqualification avec la parcellisation du travail les formes actuelles privilégient une plus grande responsabilisation et qualification des salariés ;
Par ailleurs, les employeurs sont de plus en plus exigeants dans leur recrutement, d'une part parce qu'il y a de plus en plus de diplômés et d'autre part parce qu'il y a la présence d'une « armée industrielle de réserve ». Dans cette configuration, le diplôme est gage de productivité du travail et les employeurs sélectionnent beaucoup plus d’où une perte de rentabilité de ces diplômes ;
Compétences et qualifications sont des notions différentes mais complémentaires :
La qualification décrit l'ensemble des aptitudes acquises par un individu ou requises pour occuper un emploi. La qualification porte donc autant sur le salarié que sur son poste de travail. Elle est attestée par un diplôme général, professionnel ou technique et décrit un ensemble de savoir ou de savoir-faire mesurable et qui détermine la position dans la hiérarchie. En résulte alors un niveau de revenu reconnu. La logique de qualification est caractéristique de l'emploi typique des 30 glorieuses et elle permettait d'inscrire les salariés dans des groupes sociaux homogènes (ce qui renforçait le poids des syndicats) ;
La logique de compétences est plus contemporaine, plus large mais aussi plus confuse. On retient par exemple, les capacités à travailler en groupe, à s'investir, à être réactif, autonome, responsable, à respecter des normes ou des délais, avoir le sens du contact etc. C'est donc une notion difficile à évaluer et qui permet d'exiger plus. Elle s'impose dans la norme de recrutement et correspond aux nouvelles formes d'organisation du travail.
« D'une simple obligation de moyens, on est passé aujourd'hui à une obligation de résultats dans la société » : pendant les 30 glorieuses, l'obligation de moyens passait par une recherche accrue de qualifications pour les salariés (rôle de la scolarisation et de la formation continue). Cela permettait d'inscrire les salariés dans des grilles de qualification dans le cadre d'emplois typiques avec tous les avantages qui en découlaient.
La logique de résultats s'impose aujourd'hui pour tous les salariés, il s'agit de maximiser la productivité source de profit. La logique de compétences vient donc se juxtaposer à la logique de qualification et elle met en avant savoir, savoir-faire, savoir-être. La pression qui pèse sur les salariés s'est donc accru ; il y intensification du travail et il faut mettre en avant polyvalence, flexibilité et capacité d'adaptation.
Cela entraîne une individualisation de la relation salariale et l'individualisation de l'évaluation des performances. Le collectif de travail s'affaiblit, l'individualisme progresse. Par ailleurs, les groupes d'actions collectives comme les syndicats voient leur influence se réduire. Le rapport de force est donc de plus en plus défavorable au facteur travail à mesure que le chômage de masse progresse dans la société.
3 - Evolution du contrat de travail
Un contrat de travail est un document juridique qui définit les règles applicables entre un employeur et un salarié c'est-à-dire les obligations et droits de chacun, dans une relation de subordination entre salariés et employeurs.
Le contrat de travail est évidemment nécessaire dans une société parce qu'en fixant les obligations de chacun il reconnaît aussi des droits au niveau des salaires, des horaires, de la qualification, des conditions de travail,... La relation contractuelle permet donc de limiter l'arbitraire qui pourrait naître de la subordination (arbitraire sanctionnée par le tribunal des prud'hommes). Les principes du libéralisme sont variés ; à la fois économique et politique :
Politique : ce sont les droits individuels reconnus par exemple dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen (droit de parole, de réunions, de vote, d’expression...) ;
Economique (main invisible, maximisation du profit, esprit du capitalisme, homo oeconomicus, flexibilité) ;
Le salariat constitue bien un problème pour les libéraux parce que la relation contractuelle limite la stricte application des règles du marché en introduisant des rigidités (le SMIC par exemple, empêche le salaire de fluctuer librement à la baisse en période de chômage).
Pour l'auteur, la mise en place d'une protection des salariés et donc l'intervention de l'État est nécessaire que la relation de subordination pourrait entraîner un arbitraire trop important qui fragiliserait les salariés.
Le CDI (contrats à durée indéterminée) constitue l'emploi typique tel qu'on le connaissait pendant les 30 glorieuses. Le terme du contrat n'est pas connu à l'avance et il constitue donc un élément de stabilité et de sécurité pour le salariat :
Stabilité dans la durée de l'emploi ;
Sécurité par l'assurance d'un revenu minimum et une progression continue des salaires pendant les 30 glorieuses ;
Sécurité par la mise en place de la protection sociale qui grâce aux cotisations versées tous les mois assure la protection collective de risques individuels ;
Sécurité par la mise en place d'un droit du travail protecteur (congés payés, temps de travail, protection contre les licenciements...) ;
Les négociations collectives désignent les relations qui existent entre les partenaires sociaux (syndicats de salariés, représentation des employeurs et l'État) et qui ont permis la mise en place des acquis sociaux.
Les conventions collectives constituent très souvent le résultat de ces négociations collectives : ce sont des accords qui réglementent les salaires, les grilles de qualification, les horaires, les conditions de travail etc.
Très souvent, ces conventions collectives s'appliquent pour une branche (celle-ci regroupe toutes les entreprises fabriquant un même type de produits).
La négociation collective par les conventions de branche a constitué un temps fort du pouvoir syndical pendant les 30 glorieuses parce qu'elle avait lieu au niveau national mais qu'elle s'appliquait ensuite obligatoirement aux entreprises. C'était donc un moyen de répartir les gains de productivité en faveur les salariés.
La logique actuelle des entreprises et donc de dénoncer ces conventions collectives pour décentraliser les négociations en les ramenant au niveau de l'entreprise.
Dans le cadre de l'individualisation de la relation contractuelle, ces changements affaiblissent les salariés.
Les changements annoncés par ces deux textes décrivent le passage d'une norme d'emploi, le CDI emploi typique des 30 glorieuses, vers une nouvelle norme d'emploi en termes de flux, l'emploi atypique.
Alors que le CDI avait contribué à sécuriser le salariat en lui assurant une certaine stabilité, les emplois atypiques contribuent à l'effritement du monde salarial. Ils entraînent une progression de l'insécurité sociale en dérogeant à la norme de l'emploi typique. Ces emplois atypiques sont liés au retour des politiques libérales. Jusqu'aux années 30, ces théories étaient dominantes avant la mise en place du keynésianisme avec notamment le New Deal de Roosevelt.
On peut distinguer au niveau juridique, deux types de contrats particuliers le CDD et le contrat d'intérim :
Le Contrat à Durée Déterminée lie directement le salarié et l'employeur dans un rapport de subordination, la durée étant définie en amont ;
Le contrat d'intérim fait intervenir une entreprise d'intérim qui achète une prestation de travail offerte par le salarié et revendue à un employeur (la demande de force de travail) ;
On ne peut pas toujours assimiler travail à temps partiel et sous-emploi parce que parfois le temps partiel est choisi majoritairement par les femmes.
Les emplois à temps partiels ont été multipliés dans la période contemporaine parce qu'ils permettent d'enrichir le contenu de la croissance en emplois (modèle de croissance plus extensive).
La dernière phrase du texte montre que la multiplication des emplois à temps partiels (imposé) a contribué à la paupérisation de la main-d’œuvre, c'est-à-dire à la multiplication des emplois peu rémunérés.
Le contrat nouvelle embauche créé en août 2005, constitue un type de contrat favorisant la flexibilité du marché du travail parce qu'il permet aux employeurs de pouvoir licencier plus librement sans avoir à fournir des justifications pendant une période de deux ans. C'est donc un motif favorable pour renforcer les créations d'emplois.
Inversement, cela inscrit les salariés dans une certaine insécurité en termes de revenus, de durée du travail et de projets dans leur avenir.
4 - Précarisation contemporaine de l'emploi
Le premier document met en avant des transformations dans la structure de l'emploi avec :
Un déclin inéluctable de la catégorie des agriculteurs exploitants ;
Une baisse de l'emploi non qualifié dans le secteur industriel qui touche les ouvriers non qualifiés ;
Une progression de l'emploi non qualifié dans le secteur tertiaire avec les employés non qualifiés ;
Enfin, une progression de l'emploi qualifié avec la hausse des professions intermédiaires et cadres supérieures ;
13,27 % de la population active occupent un emploi précaire dont 13 % dans le secteur privé et 13,8 % dans le secteur public. Il y a donc plus de précaires dans le public que dans le privé.
Le nombre de salariés touchés (%) par la précarité a été multiplié par cinq, soit une augmentation de 400 % en passant de l'indice 100 en 1985 à 500 en 2004.
30 % des femmes sont concernés par le temps partiel contre 5,30 % pour les hommes. Cela représente un total de 16 % de la population active.
Sur 100 femmes actives, 30 sont à temps partiel.
Sur 100 hommes actifs, 1/20 est à temps partiel.
Les femmes sont très stigmatisées en France. La plupart de ces emplois sont imposées.
1/6 des actifs sont à temps partiels.
45,6 % de la population active sont des femmes et 54,39 % sont des hommes.
En termes de répartition par sexe, on constate qu’il y a une forte féminisation du marché du travail.
Taux de salarisation de l’économie : 89,21 %. 9/10 des actifs occupés sont des salariés.
On peut différencier, 2 approches concernant l’analyse du marché du travail en France : une logique de stocks et une logique de flux d’emplois :
En termes de stocks : on adopte une approche statique de la réalité et on examine la situation à un moment donné. De cette photographie, on en tire alors des proportions permettant de dégager la structure des emplois existants.
Ainsi, en France, c’est pour le moment l’emploi typique qui domine puisque le % d’emplois atypiques, certes en forte progression, n’est que de 13,3% ;
En termes de flux, on examine les mouvements d’emploi entre deux dates en adoptant une approche dynamique. Ainsi, l’essentiel des emplois qui se créent aujourd’hui sont de nature atypique et l’essentiel des retours au chômage concerne la fin d’emploi atypique ;
Le marché du travail est donc marqué par une grande flexibilité aujourd’hui.
Concernant la norme d’emploi, compte tenu d’une plus grande flexibilité du marché et des départs massifs à la retraite le poids des emplois atypiques est amené à augmenter.
Plusieurs facteurs sont mis en avant pour justifier le retour à ces emplois :
Une raison économique : le CDI peut apparaître trop rigide puisqu’il existe de nombreux freins au licenciement (préavis, indemnités, motifs de licenciement, plans sociaux éventuels). Le CDI est donc un obstacle pour ajuster le volume de la main d’œuvre au volume de la production et ainsi favoriser la flexibilité. La main d’œuvre devient une variable d’ajustement qu’il convient de gérer en flux tendus (sans stocks inutiles) ;
En terme de gestion de la main d’œuvre, la flexibilité est un moyen pratique pour mettre à l’essai les salariés et leur assurer un tremplin vers le CDI ;
En termes de productivité du travail c’est un moyen de mise en concurrence des salariés entre les précaires (marché secondaire du travail) et les salariés anciens et « protégés » (marché primaire du travail). Cette concurrence peut accroître la productivité globale de l’entreprise ;
En termes de pacifications des relations sociales, l’arrivée de salariés précaires dont la rotation est rapide a pour effet de dissoudre le collectif de travail en renforçant l’individualisation contractuelle et salariale et en affaiblissant le poids des luttes collectives. Les revendications salariales et les conflits sociaux se réduisent ;
C’est l’Etat qui a favorisé la multiplication de ces emplois :
En faisant évoluer le code du travail ;
En accordant des exonérations de charges sociales pour les emplois à temps partiel notamment ;
Ça permet aussi de faire baisser officiellement le chiffre du chômage en partageant le travail et la pauvreté des revenus du travail. Cela permet de créer plus d’emplois et cela enrichit le contenu de la croissance en emploi.
Cela contribue à stigmatiser des catégories particulières plus concernés par ce type d’emploi : les moins qualifiés donc les moins diplômés, les ouvriers et les employés, les jeunes, les femmes et les étrangers d’origine maghrébine.
5 - Les stratégies de flexibilité
L’auteur va distinguer 2 marchés du travail :
Un marché primaire caractérisé par l’importance des emplois typiques avec toute la sécurité qui se greffe autour dans la durée, dans le revenu, dans les droits individuels que s’ouvrent les salariés comme la retraite et le chômage, dans une certaine protection collective par les syndicats, dans des possibilités de promotion interne et d’ascension sociale ;
Le marché secondaire ou périphérique regroupe l’ensemble des salariés qui occupent des FPE (Formes Particulières d’Emploi) c'est-à-dire des emplois atypiques (temps partiel, CDD, intérim, CNE, apprentissage, stages…).
Ces types d’emploi s’éloignent progressivement de la sécurité qui se greffait autour du CDI avec un revenu limité, une durée incertaine, des droits limités, une protection collective faible puisque les salariés restent peu dans l’entreprise, un retour fréquent au chômage, peu d’espoir de promotion dans l’entreprise.
Les flux de passage entre ces 2 marchés se modifient :
Entre le marché secondaire et le marché primaire, il y a plus grande étanchéité et peu d’espoir de promotion pour les salariés atypiques ;
Entre le marché primaire et le marché secondaire, il y a plus grande porosité et un plus grand risque de déclassement entre ces deux marchés ;
Globalement, la sécurité au regard du travail s’est réduite, l’insécurité économique et sociale a progressé et on assiste à un dualisme croissant dans la société entre salariés « protégés » et « en sursis » et salariés instables dont le nombre progresse.
La logique de la flexibilité s’est donc imposée depuis une vingtaine d’années en France. Elle consiste pour une entreprise à s’adapter aux évolutions de sa demande et de son environnement.
Cela consiste donc « à faire sauter tous les verrous », toutes les rigidités qui empêchent l’entreprise de fonctionner en flux tendus.
Il existe donc plusieurs moyens :
Flexibilité quantitative externe : on fait varier la quantité de la main d’œuvre en ayant recours à des salariés extérieurs sur des emplois atypiques (CDD, temps partiel, CNE, stagiaires ou intérim). On utilise le marché du travail secondaire ou l’armée industrielle de réservé ;
L’externalisation : il s’agit de faire faire par d’autres entreprises spécialisées, des missions jusque là exécutées en interne. Cela permet de mettre en concurrence des entreprises sous-traitantes soumises aux règles du donneur d’ordres. Cela allège alors les effectifs des entreprises donneurs d’ordre ; cela reporte sur d’autres la gestion de la main-d’œuvre au sein de PME marquées par un fort asyndicalisme. Cela permet aussi de faire baisser les coûts de l’entreprise donneuses d’ordres et donc soit de faire baisser les prix ou de maximiser le profit ;
La flexibilité quantitative interne : c’est le temps de travail qui sert d’ajustement en fonction de l’intensité de la demande, notamment des entreprises soumises à des variations saisonnières : les entreprises basculent donc ainsi dans l’annualisation du temps de travail (1607 heures par an) et la durée hebdomadaire varie selon les impératifs avec des semaines plus ou moins chargées ;
Le temps supplémentaire est récupéré par un repos compensateur sans rémunérations des heures supplémentaires ce qui limite un éventuel supplément de revenu en particulier pour les catégories les plus qualifiées.
Le temps de vie familiale doit s’adapter au rythme de vie professionnelle ce qui peut fragiliser l’organisation de la vie sociale.
Mais, cela favorise aussi plus de temps libre à un moment donné.
L’utilisation des horaires peut permettre d’éviter aussi les licenciements en période de difficultés notamment pour les salariés atypiques :
La flexibilité fonctionnelle : on joue sur la polyvalence et donc sur la qualité des salariés en valorisant l’autonomie, la responsabilisation, le savoir, savoir-faire et savoir-être (qualification et compétences). Cette flexibilité correspond aux NFOT (Nouvelles Formes d’Organisation du Travail) ;
La flexibilité salariale : on fait varier le salarié en fonction de la situation de l’entreprise et en favorisant l’individualisation salariale qui s’appuie notamment sur la compétence.
Ici le salarié peut apparaître à la fois comme cause et conséquence de la productivité ;
Ce document fait un bilan empirique du lien qui existerait entre degrés de rigidité sur le marché du travail et fréquence du chômage de longue durée : les cas sont très divers, il est difficile d’établir une corrélation entre la flexibilité et la baisse du chômage de longue durée (voir exemple de pays).
La rigidité du contrat de travail n’est donc qu’un déterminant parmi d’autres et lier cet aspect au chômage est très réducteur.
II - Croissance, progrès techniques, emploi et chômage
A - Présentation du marché du travail
1 - Les facteurs déterminants de l'offre et de la demande
Au regard de ce schéma, on constate qu’il y a une multiplicité des facteurs pouvant affecter le niveau du chômage dans un pays.
2 - La vision libérale du marché du travail
Le marché du travail constitue le lieu de confrontation entre l’offre et la demande de force de travail.
L’offre de travail émane des salariées. C’est une fonction croissance parce quand le prix augmente, le nombre de salariés prêts à travailler augmente.
La demande de travail émane des employeurs. C’est une fonction décroissante parce quand le prix diminue, les employeurs embauchent plus.
Les 2 fonctions varient en sens inverse.
A l’intersection des 2 comportements correspond le prix d’équilibre et la quantité d’équilibre.
Le salarié compare le salaire d’équilibre proposé par le marché à son utilité marginale à travailler. Si le salaire lui apparaît trop faible, sa désutilité marginale augmente et donc l’offre du travail diminue. Par exemple, un salarié à mi-temps payé au SMIC dont le revenu se rapproche du RMI voit son utilité marginale à travailler d’où un possible maintien dans la trappe de l’inactivité et donc à pauvreté.
2 solutions sont possibles à partir de ce constat. Soit augmenter les revenus du travail, soit diminuer les revenus de l’assistance.
Le comportement de l’employeur présente une autre logique : il compare le coût marginal d’un salarié supplémentaire embauché à sa productivité marginale et donc 2 cas sont possibles :
Le coût marginal est supérieur à la productivité. Il n’y a pas d’embauche voire licenciement ;
Dans le cas inverse, lorsque le coût marginal est inférieur à la productivité, l’employeur est incité à embaucher ;
Le prix d’équilibre du marché du travail décrit le salaire lequel, en théorie, devrait être flexible :
Si à un moment donné, l’offre devient supérieure à la demande, la rareté du travail diminue donc le prix du travail devrait diminuer favorisant le retour des embauches (hausse de la demande) et une baisse de l’offre de travail. On arrive donc à un nouvel équilibre sur le marché du travail et le chômage a diminué ;
Si à un moment donné, la demande est supérieure à l’offre (pénurie de main d’œuvre), l’offre devient plus rare donc le prix du travail va augmenter, ce qui incite les offreurs à plus se présenter sur le marché du travail et au contraire ce qui désincite les employeurs à embaucher voire les poussent à licencier. Le problème d’équilibre est résolu dans un nouvel équilibre ;
C’est la flexibilité du prix qui devrait permettre l’autorégulation du marché et la somme des décisions individuelles (microéconomique) devrait concourir à l’intérêt général (macroéconomique).
C’est la main invisible de Smith.
Dans le schéma, le chômage s’explique de la manière suivante : il résulte d’un niveau de salaire supérieur à ce que proposerait naturellement le marché. Dans cette situation, l’offre augmente et la demande diminue et l’écart est croissant entre les deux d’où une hausse de la population active inoccupée voire du chômage de longue durée.
Dans cette logique, c’est le salaire minimum qui est visé, fixé réglementairement par l’Etat, et qui constituerait une rigidité supplémentaire sur le marché du travail. En d’autres termes, le SMIC empêcherait l’ajustement automatique sur le marché du travail (critique du rôle de l’Etat).
3 - Les critiques de l'analyse libérale et prolongements contemporains
Fitoussi évoque depuis longtemps déjà, le rôle du travail en allant au-delà de la vision simpliste micro-économique. Il apparaît donc en opposition avec la vision traditionnelle reprise par l’analyse libérale. Il dénonce « la suppression du salaire minimum » de ce qui « pensent le travail comme une marchandise ». Dans cette approche, « le marché du travail est un marché comme les autres » et le salaire doit résulter de la confrontation entre l’offre et la demande et donc être flexible.
Son analyse introduit une dimension sociale : le travail est un élément essentiel de l’intégration sociale parce qu’il permet d’exister, d’être reconnu, d’avoir un statut, il densifie le réseau de sociabilité et il est le vecteur du revenu et de la consommation. Etre intégré par le travail, « c’est penser son avenir ». Inversement, connaître la précarité ou l’exclusion par absence de travail c’est à coup sûr fragiliser le lien social.
Le marché du travail n’est donc pas un marché du travail comme un autre parce qu’ici il n’y a pas de marchandises mais des hommes. Par ailleurs, ce marché s’est construit par des luttes politiques sociales. Son fonctionnement n’est donc pas « naturel ».
Ce second document nuance très largement l’idée qu’il y aurait un marché du travail homogène résultant de la simple confrontation offre/demande avec une flexibilité qui en assurerait l’autorégulation.
Certes la norme d’emploi est en train de changer aujourd’hui et elle s’éloigne de la zone de sécurité qu’avait introduit le CDI pour le salariat. Au contraire, la précarité progresse fragilisant le travail comme projet d’intégration.
Cependant, le fonctionnement du marché du travail fait apparaître certains constats :
Avec l’approche dite du salaire d’efficience ce ne serait plus la production marginale qui déterminerait le salaire (libéral) mais des salaires plus élevés que ceux du marché pourrait renforcer la productivité et même stabiliser les salaires les plus performants dans l’entreprise ;
Dans l’approche du modèle insiders/outsiders, le personnel en place adopterait une stratégie de protection vis-à-vis des salaires extérieurs (les outsiders ou précaires en défendant leurs salaires et leurs emplois et en luttant contre la flexibilité du salaire) ;
Le marché du travail apparaît en réalité très segmenté avec un fort dualisme entre les catégories de salariés. Ils ne forment pas un tout homogène ;
Le document met en évidence les caractéristiques actuelles du marché du travail à travers la coexistence de 2 marchés juxtaposés :
Le marché primaire : il regroupe les salariés les plus qualifiés, les plus diplômés, ceux dont le terme du contrat n’est pas connu à priori c'est-à-dire embauchés en CDI avec des perspectives de promotion, une sécurité certaine parce que défendue par les syndicats ;
Le marché secondaire : il regroupe les salariés les plus précaires sur les contrats atypiques donc les moins qualifiés, diplômés, rémunérés, ceux dont les perspectives sont très limités dans l’entreprise avec retour fréquent au chômage ;
Compte tenu de la réalité actuelle du marché du travail en termes de flux, ce marché secondaire est amené à prendre de l’ampleur parce qu’il permet de faire fonctionner en flux tendus au niveau de la gestion de la main d’œuvre (celle-ci servant de variable d’ajustement).
B - Présentation et analyse du chômage
1 - Définitions
La population active regroupe tous les actifs c'est-à-dire ceux qui ont une activité rémunérée (population active occupée) plus tous ceux qui manifestent la volonté de retrouver un emploi (population active inoccupée ou chômeurs).
La population inactive regroupe donc tous les autres parce qu’ils non ni activités rémunérés ni de recherche active d’emploi (retraités, lycéens, étudiants, personnes au foyer, bénévoles).
On peut retenir la définition internationale du chômage telle qu’elle est définie par le BIT (Bureau International du Travail) :
Il faut être sans emploi et ne pas avoir travaillé une heure pendant la semaine de référence ;
Il faut être disponible immédiatement pour répondre à toute éventualité de travail ;
Il faut rechercher activement un emploi par des démarches précises (être inscrit, par exemple, à l’ANPE, envoyer des CV, participer aux entretiens) ;
C’est une définition très stricte du chômage parce qu’elle a pour conséquence d’évincer des statistiques certains chômeurs potentiels (par exemple, ceux qui ont travaillé une heure, ceux que l’on considère comme des « chômeurs découragés » parce qu’en chômage de très longue durée et qui n’ont plus de démarches actives de recherche d’emploi).
Cette définition est donc arbitraire, subjective et reste conventionnelle.
La définition de l’ANPE est moins stricte. Elle mesure les DEFM (Demandes d’Emploi en Fin de Mois). Est considéré comme chômeur :
Celui qui est sans emploi, à temps plein, mais qui peut travailler jusqu’à 78 heures par mois ;
Qui est disponible pour travailler ;
Qui recherche un emploi ;
C’est le chiffre du chômage qui est publié tous les mois par le ministère en particulier celui des chômeurs de catégorie 1 (ceux qui recherchent un CDI à temps complet).
Ce chiffre qui est le plus faible dans la mesure du chômage reflète de manière très imparfaite la réalité sociale du chômage.
Octobre 2006 : 8,8% de chômeurs ; s'obtient à partir de la formule suivante :
Taux de chômage = (Nombre de chômeurs / Population active) x 100
Il existe aujourd’hui plusieurs zones intermédiaires entre l’emploi, le chômage et l’inactivité et les individus peuvent connaître successivement plusieurs situations au cours de leur vie ce qui traduit bien une certaine fragilisation des parcours individuels.
2 - Evolutions et inégalités relatives au chômage
C - Les divergences théoriques concernant l'explication de la lutte contre le chômage
On peut retenir 3 définitions concernant les causes possibles du chômage :
Le chômage frictionnel ou de mobilité : lorsque les individus changent d’emplois ou sont licenciés ou lorsqu’il y a mobilité géographique, il peut y avoir un déclin entre la qualification qu’on met sur le marché et la qualification requise pour un nouveau poste (délai d’adaptation entre les deux) ;
Le chômage conjoncturel : il est fonction du niveau de la croissance économique lorsque le volume des richesses progresse rapidement il y a nécessité de créer de l’emploi ce qui fait baisser le chômage et inversement. Plus le modèle de croissance sera extensive et plus il y aura d’emplois crées pour chaque point de croissance générés ;
Le chômage structurel : il est la conséquence des changements de long terme de l’économie puisqu’il y a des secteurs en croissance et d’autres en déclin (la destruction créatrice). Par exemple, la désindustrialisation relative de la France qui s’explique par la recomposition géographique des lieux de production entraîne la disparition d’emplois dans le secondaire.
Le coût du travail est donc déterminant dans le chômage structurel ;
Face à diagnostique, 3 types de solutions peuvent être apportées :
Pour le chômage frictionnel : on peut mettre en avant la formation, la qualification et la compétence de la main d’œuvre par un investissement en capital humain. C’est le rôle de l’Etat dont l’intervention est susceptible d’entraîner des externalités positives et favorise un modèle de croissance endogène ;
Pour le chômage conjoncturel : les pouvoirs publics peuvent relancer l’économie par une baisse des impôts (solution libérale) ou par une hausse des dépenses publiques (solution keynésienne) ;
Pour le chômage structurel : l’action des pouvoirs publics et sur un plus long terme pour restaurer la compétitivité prix et hors prix de l’économie :
Pour la compétitivité prix, l’Etat peut alléger le coût du travail par une baisse des charges sociales ;
Pour la compétitivité hors prix, l’Etat peut développer les dépenses en Recherche et Développement (DIRD) pour accroître la possibilité d’innovations et de dépôt de brevet et ainsi briser la routine du capitalisme ;
1 - L'analyse libérale dominante
L’analyse libérale ou néoclassique du marché du travail propose une perspective contemporaine pour expliquer le maintien du chômage de masse dans nos économies. A partir du schéma, on peut résumer les principales critiques qui sont émises. Il existerait 2 formes de chômage :
Un chômage volontaire : il résulterait du choix des salariés de refuser de travailler en dessous d’un certain salaire dit salaire de réservation. Les salariés se maintiendraient donc au chômage en attendant des opportunités d’emplois mieux rémunérés. La présence de minimas sociaux ou d’indemnisation du chômage, les enfermerait alors dans une trappe à inactivité ;
Le chômage volontaire :
Il résulterait d’une insuffisante flexibilité du marché du travail s’expliquant par des perturbations extérieures (rôle des syndicats dans la revendication salariale ou rôle de l’Etat dans la fixation du salaire minimum, le SMIC) ;
A travers les difficultés d’adaptation de l’offre et de la demande de forces de travail sur un marché (chômage frictionnel) ;
Pour résoudre ces différentes formes de chômage, il faut :
Réinciter les salariés à se mobiliser dans l’activité et à sortir de la trappe à inactivité. Par exemple, durcir les conditions d’accès à l’indemnisation du chômage, ou alors baisser les minimas sociaux ou enfin permettre aux salariés de cumuler le revenu d’activité et le revenu de transfert come le RMI ;
Réintroduire de la flexibilité sur le marché du travail, par exemple, en supprimant le salaire minimum ou en simplifiant les procédures de licenciement. Il faut donc favoriser tout ce qui pourrait limiter les rigidités du marché du travail ;
2 - La contre proposition keynésienne
La politique keynésienne adapte évidemment un point de vue totalement opposé à l’analyse néoclassique du marché du travail :
Les keynésiens inversent la problématique « salaire réel – emploi – production » pour la transformer en « demande effective – production – emploi » : alors que pour les libéraux c’est le coût du travail qui va déterminer la prise de décision d’embauche des 3 employeurs (comparaison productivité marginale/coût marginal) et donc la rentabilité de l’offre dans l’économie, pour les keynésiens c’est le niveau de la demande anticipée par les entreprises qui détermine leur volume de production et le niveau requis pour l’emploi ;
Cela invalide donc la loi des débouchés de J-B Say selon laquelle « c’est l’offre qui créée sa propre demande ». Au contraire, pour les keynésiens c’est la demande qui génère la production ;
Le chômage est donc de nature involontaire parce qu’il provient d’un insuffisant niveau de la demande effective ;
Cette remarque invalide alors la « solution libérale » pour qui il suffit de laisser de fluctuer à la baisse le salaire pour créer des emplois. En effet, un salaire qui baisse c’est de la consommation en moins dans l’économie d’où une baisse de la demande effective et un maintien du chômage ;
Ce constat relégitime l’intervention de l’Etat qui par les politiques budgétaires, monétaire, de change ou de revenu et de change permettrait de relancer les revenus par 2 mécanismes : le multiplicateur et l’accélérateur.
3 - L'école du déséquilibre et politique économique de l'emploi
Marché des produits
Marché du travail
Excès d’offre
Excès de demande
Excès d’offre
Chômage
Chômage
Excès de demande
Inflation contenue
« La théorie du déséquilibre » proposée par Malinvaud envisage dès les années 70 de synthétiser les approches keynésiennes-classiques en montrant les déséquilibres qui peuvent existé à la fois sur le marché du travail et des produits.
L’hypothèse de base retenue est la suivante : les points sont rigides à court terme. Le salaire ne fluctue donc pas au jour le jour.
L’ajustement se fait donc plus par les prix mais par les quantités c'est-à-dire par un surplus de chômage.
On est dans une situation de déséquilibre sur le marché du travail avec un excès d’offre. Il y a donc chômage qui peut être de 2 natures différentes :
Sur le marché des produits, l’offre est supérieure à la demande : la demande effective est donc insuffisante. Le chômage de nature involontaire parce que la demande est trop faible. On est en chômage keynésien ;
Sur le marché du travail, la demande est supérieure à l’offre, autrement dit ne peut répondre à la demande : les entreprises décident de ne plus produire parce que tout salarié supplémentaire à embaucher serait trop coûteux (comparaison coût marginal/productivité marginale).
Il y a donc chômage parce que l’offre est insuffisamment rentable. On est en chômage classique.
2 diagnostiques, 2 solutions :
En chômage keynésien : il faut relancer la demande ;
En chômage classique : il faut restaurer la rentabilité des entreprises ;
En France, depuis 20 ans, c’est plutôt le diagnostic en termes de chômage classique qui s’est imposé, c'est-à-dire l’approche libérale avec les conséquences que cela entraine en matière de politique économique.
La politique économique consiste à faire intervenir l’Etat au niveau des grands indicateurs macroéconomiques que constituent le revenu, la consommation, l’emploi, la croissance et le chômage…
Cette intervention s’appuie sur un ensemble d’instruments théoriques qui permettent de mettre en avant des objectifs. Certains sont contradictoires comme l’opposition inflation / chômage :
A priori, une politique keynésienne de relance (hausse du déficit budgétaire, baisse des taux d’intérêts, hausse du revenu disponible, dépréciation de la monnaie) est de nature à dynamiser la croissance économique en favorisant l’emploi. Dans le même temps, des tendances inflationnistes apparaissent parce que la masse monétaire en circulation progresse ;
Une politique libérale de rigueur aura les effets inverses dans l’économie puisqu’elle se propose de lutter contre l’inflation (baisse des dépenses de l’Etat, hausse des taux d’intérêts, baisse de la part des salaires dans la VA, politique de change fort) ;
On peut représenter ce conflit d’objectif à travers la courbe de Phillips de la manière suivante :
Plusieurs facteurs vont permettre d’expliquer en France, l’acquis de la désinflation :
Des facteurs internes avec :
La baisse de la part des salaires dans la VA que favorise la désindustrialisation salariale mais aussi la pression du chômage qui modère des revendications salariales ;
La hausse des taux d’intérêts réels qui entraîne la politique monétaire de rigueur désinvite les agents économiques à demander du crédit. La création monétaire est limitée et des réformes favorisent même le financement non monétaire (marchéisation, titrisation, désintermédiation, financiarisation) ;
Des facteurs externes avec :
Le contre-choc pétrolier en 1986 qui favorise la baisse du prix des matières premières ;
La politique de Franc-fort (monnaie qui s’apprécie) obtenue grâce à la hausse des taux d’intérêts réels qui favorise la baisse des prix des produits importés ou désinflation importée ;
Le choix des politiques actuelles montre que l’on a progressivement glissé le long de la courbe de Phillips pour obtenir la désinflation mais au prix du maintien d’un chômage de masse.
Dans la construction européenne, la politique économique appliquée est nettement d’orientation libérale.
4 - Evaluation des résultats de la théorie dominante
La flexibilité est mise en avant par les auteurs néoclassiques qui voient un avantage à supprimer les règles encadrant les licenciements et celles qui modifient la fixation libre par le marché du niveau de rémunérations. Ainsi, les Etats-Unis ont le niveau de chômage le plus faible et un niveau élevé de flexibilité. La facilité de créer et de supprimer l’emploi serait un atout pour dynamiser l’économie et la croissance. Le chômage de longue durée serait plus important dans les économies moins flexibles. Malgré cette théorie, les chercheurs de l’OCDE ont des difficultés à vérifier de manière empirique une corrélation entre rigueur des législations nationales et chômage et les situations sont en fait très variables. Les effets de la flexibilité peuvent être aussi déstabilisants avec un accroissement de la paupérisation des plus faiblement qualifiés, une difficulté à s’insérer durablement dans l’emploi. L’instabilité des rémunérations peut aussi peser sur la croissance en réduisant la demande effective des ménages les plus modestes, à forte propension à consommer. Les Etats Unis ont réussi à concilier flexibilité et croissance dans les années 90 grâce à une politique économique monétaire active qui a favorisé la croissance et l’emploi par la baisse des taux d’intérêt et un recours facile au crédit. Dans les années 2000, ce sont les dépenses budgétaires notamment de guerre, qui ont permis, dans une logique keynésienne, de maintenir la croissance.
La flexibilité a donc des effets contradictoires selon les pays dans lesquels elle s’applique.
III - Croissance, progrès technique et emploi
A - Productivité, croissance et emploi
1 - Les gains de productivité et extensions des marchés
La phrase soulignée met en avant le mécanisme de la répartition des gains de productivité dans l’économie : ce sont les gains de productivité qui expliquent que l’on peut produire plus mais à moindre coût ; soit par une organisation du travail plus rationnelle, soit en incorporant le progrès technique dans la fonction de production.
Les gains de productivité constituent du « grain à moudre » dans l’économie et la manière dont ils vont se répartir est essentielle. En effet, ils peuvent permettre :
De baisser les prix et d’accroître la demande extérieure par un surplus d’exportations ;
De baisser les prix et d’accroître le pouvoir d’achat des salariés ;
La hausse des salaires et alimenter la hausse du pouvoir d’achat ;
La hausse des profits, l’autofinancement et l’investissement, ce qui permet d’introduire le progrès technique ;
La hausse des recettes de l’Etat et d’alimenter ainsi la dépense publique, source de croissance ;
La baisse du temps de travail ;
Quand il y a un ralentissement des gains de productivité, cela affecte l’emploi et la croissance. Cela peut bloquer le déversement d’emploi.
Le pouvoir d’achat constitue la quantité de biens et services que l’on peut théoriquement acheté compte-tenu de la hausse comparative du salaire nominal et des prix.
Les gains de productivité permettent de produire plus et à moindre coût ce qui permet de réaliser des économies d’échelles (coûts fixes répartis sur un plus gros volume de production). Le prix moyen diminue donc ce qui favorise la baisse des prix sur le marché ;
Lorsque l’entreprise réalise plus de richesses alors que ses coûts augmentent moins vite, elle peut en affecter une partie vers la hausse des salaires ;
La double relation baisse des prix et hausse des salaires favorise alors une capacité de dépenses supplémentaires pour les ménages ce qui engendre l’extension des marchés ou une hausse des débouchés ;
L’extension des marchés prend alors 2 formes :
Soit le supplément de pouvoir d’achat se dirige vers des productions déjà existantes ;
Soit les innovations ont fait émerger des besoins nouveaux se traduisant par des marchés nouveaux (« destruction créatrice » chez Schumpeter) ;
2 - Gains de productivité et emploi
Aux USA, en moyenne tous les ans durant la période 73-80, la productivité / actif a augmenté de 0,1% (croissance extensive).
Le PIB a connu, tous les ans en moyenne au Japon, une progression de 9,5% dans la période 65-73 en étant multiplié par 1,1.
En Allemagne, dans la décennie 90, l’emploi total a diminué de 0,3% / an, autrement dit l’économie détruisait plus d’emplois qu’elle n’en créait pendant cette période.
La productivité qui mesure la productivité réalisée compte-tenu des facteurs utilisés peut s’apprécier au regard de la production du travail et en particulier la productivité par actif. Pour la nation, on peut la calculer de la manière suivante :
Productivité par actif = Production / Emploi <=> Emploi = Production / Productivité par actif
On voit apparaître ainsi les conditions nécessaires à la création d’emploi dans l’économie ; à savoir que l’emploi ne peut progresser qu’à une seule condition : la production doit augmenter plus vite que les gains de productivité. La production décrit ici la croissance du PIB et celle-ci dépend de l’intensité de la demande effective. Dans le cas contraire, où les gains de productivité augmentent plus vite que la production, l’emploi va diminuer dans le secteur concerné.
C’est une des conditions du déversement d’emploi.
A partir de ce constat, on peut donc établir 2 modèles de croissance possible :
Un modèle qui génère des richesses en s’appuyant sur la quantité des facteurs de productions et en particulier la hausse de l’emploi ;
Un modèle qui génère des richesses en s’appuyant sur la rationalisation dans l’utilisation des facteurs de production à partir des gains de productivité ;
Le 1er décrit un modèle de croissance extensive et le 2nd une croissance de type intensive.
Historiquement, on voit ainsi apparaître 2 modèles dans la période contemporaine :
Une croissance essentiellement extensive s’appuyant donc peu sur des gains de productivité, c’est le cas des Etats-Unis dans les années 70-80 ;
Une croissance essentiellement intensive s’appuyant de manière dominante sur l’essor de la production, c’est plutôt le modèle européen jusqu’au années 80 ;
Le 1er modèle est plus créateur d’emploi. De nouveaux modèles apparaissent depuis 10 ans :
Aux USA, il y a accélération des gains de productivité notamment par l’investissement immatériel et l’introduction des TIC et du progrès technique dans la fonction de production ;
En France, il y a un ralentissement des gains de productivité notamment parce que l’emploi et de plus en plus tertiaire. Il y a un enrichissement en contenu de la croissance en emploi qui s’appuie souvent sur la précarité et la paupérisation (modèle anglo-saxon) ;
De ces 2 modèles, on peut en déduire de nouvelles relations :
Taux de variation de la production = Taux de variation de la productivité + Taux de variation de l'emploi
Ce qui explique alors les croissances plus ou moins extensives.
On peut analyser la logique microéconomique qui va dicter la stratégie dans leur positionnement de marché : elle s’efforce de maximiser la productivité globale des facteurs en rationnalisant l’utilisation du capital et du travail (investissement matériel ou immatériel, formation du personnel, utilisation de la flexibilité). Sa logique est donc d’accroître ses gains de productivité en ayant des rendements d’échelles croissants : il faut que la production augmente plus vite que le total des facteurs de productions utilisés ce qui lui permet de réaliser des économies d’échelles.
Il y a économies d’échelle lorsque la hausse de la production permet de faire baisser les coûts :
Coût moyen = Coûts totaux / Quantité produite
Ses économies d’échelles s’expliquent parce que les coûts se diluent sur un plus gros volume de production :
Coûts totaux = Coûts fixes + Coûts variables
Les entreprises s’efforcent de maximiser ces rendements d’échelles parce que dans l’économie ils sont devenus très important.
Dans la logique actuelle de la mondialisation, l’essentiel des gains de productivité se répartissent plutôt vers la baisse des prix pour faire face à la concurrence.
Cette logique microéconomique est recherchée par les entreprises pour essayer de s’extraire de la concurrence et du prix imposé par le marché ou être en position de monopole temporaire par les innovations (Schumpeter).
On peut faire le bilan de la relation entre les gains de productivité et la demande au niveau macroéconomique :
La modération salariale qui intervient depuis une vingtaine d’années avec la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée limite la consommation des ménages à plus forte propension à consommer. Lorsque les revenus des ménages les plus aisés augmentent plus vite, la propension à épargner augmente plus vite dans la société ce qui limite la demande effective ;
Comme la concurrence par les prix est très vive avec le reste du monde, notamment les pays émergeants, les gains de productivité se transformant en baisse des prix, peuvent être insuffisant sur le sol national, ce qui pénalise alors les exportations, la demande extérieure et donc l’emploi pour le chômage ;
Enfin, les gains de productivité qui génèrent des profits peuvent favoriser les IDE ce qui limite alors l’effet multiplicateur de l’investissement national et donc les conséquences positives sur l’emploi ;
B - Effets quantitatifs et qualitatifs du progrès technique sur l'emploi
1 - Le déversement d'emplois, descriptions et conditions d'applications
Le débat est très ancien sur le rôle du progrès technique vis-à-vis de l’emploi : à priori le progrès technique est utilisé pour accroître les gains de productivité dans l’entreprise. Cela se traduit par une modification dans la fonction de production, dans le sens d’une substitution capital / travail. L’intensité capitalistique progresse et à court terme, le progrès technique serait destructeur d’emploi.
Dans un deuxième temps, le progrès technique serait créateur d’activités nouvelles, notamment par des innovations de produits ou de procédés ce qui susciterait de nouveaux besoins, de nouveaux secteurs, de nouveaux emplois. Le progrès technique favoriserait donc un mouvement récurrent du capitalisme capable d’en « briser la routine » dans un mouvement de « destruction créatrice ». Il y aurait donc compensation ou déversement d’emploi et le progrès technique serait créateur d’emploi à long terme.
Ce document met en avant les explications du déversement d’emplois énoncés par Sauvy ou Fourastié. Le progrès technique créerait de l’emploi à long terme :
Dans le secteur des biens de production, c'est-à-dire ce qui fabriquent les machines permettant la substitution capital / travail ;
Dans les secteurs ayant introduit ce progrès technique par les innovations de procédés parce qu’ils bénéficient de baisse des prix qui génèrent une consommation supplémentaire et donc de l’emploi ;
Dans les secteurs bénéficiant des innovations de produits, l’étendue des marchés ayant progressé c'est-à-dire les débouchés. La baisse des prix est possible parce que la productivité s’appuie sur des économies d’échelles. La baisse des prix peut se traduire par une hausse de la consommation à condition que l’élasticité prix de la demande soit suffisamment forte de manière à générer de l’emploi dans le secteur concerné. Dans le cas contraire, si la productivité progresse plus vite que la demande il y a destruction d’emploi et donc chômage ;
Enfin, par exemple, si la baisse des prix est forte, dans le secteur secondaire (dont les produits proviennent de plus en plus des pays émergeants) cette baisse des prix qui se traduit en gain de pouvoir d’achat peut se déverser dans une consommation nouvelle dans le secteur tertiaire ;
Le déversement d’emploi doit normalement se traduire par une hausse du volume global de l’emploi et le progrès technique n’est donc pas destructeur d’emploi.
A la lecture du graphique, on note :
Il ya des recompositions dans la structure avec un déclin très important du primaire ;
Essor du secondaire pendant les Trente Glorieuses et baisse relative depuis ;
Forte progression du tertiaire ;
Il y a également une progression du volume de l’emploi en 50 ans de 19 millions à 26 millions d’actifs aujourd’hui ;
Le déversement est bien effectif et le progrès technique n’a pas détruit l’emploi.
Le document met en évidence des conditions et donc des limites au déversement d’emploi :
Le passage d’un secteur à un autre n’est pas automatique pour les salariés parce qu’il faut qu’ils aient la formation nécessaire pour s’insérer dans les nouveaux emplois proposés.
Cela implique en amont une certaine qualification et donc un stock de capital humain élevé et donc un système scolaire performant. Les difficultés de reconversion peuvent entraîner un chômage frictionnelle et donc du chômage de longue durée pour certaines catégories sociales (ouvriers et employés) ;
Le déversement n’est possible que si la répartition des gains de productivité est équilibrée comme elle le fut pendant les Trente Glorieuses entre hausse des salaires, hausse des profits et baisse des prix. La tendance actuelle qui favorise la baisse des prix (face à la mondialisation) et la hausse des profits au détriment des salaires peut bloquer le déversement d’emploi ;
Une dernière condition est émise par Sauvy pour que le déversement vers le secteur tertiaire puisse encore s’opérer aujourd’hui ; ce secteur constitue un gisement d’emploi, la productivité y est faible et donc nécessairement les salaires doivent être faibles pour que la demande soit suffisamment élevée en direction du secteur tertiaire. Autrement dit, la multiplication des emplois dans le tertiaire ne pourra se faire que par la modération salariale notamment pour les emplois non qualifiés. Cela implique soit des salaires faibles, soit une baisse des charges sociales.
La création des emplois non qualifiés dans le tertiaire s’appuie sur une hausse des inégalités de revenu ;
2 - Le progrès technique modifie la structure des emplois
Le progrès technique modifie la structure des emplois comme le souligne le document 16 avec l’évolution des emplois non qualifiés, qualifiés et très qualifiés. Ainsi, le nombre d’emplois :
Très qualifiés n’a cessé de progresser depuis 1982 en passant de l’indice 100 à 140 ;
Qualifiés est passé de 100 à 115 ;
Non qualifiés a fortement baissé de 82 à 94 en passant à l’indice 80 puis s’est redressé depuis mais en passant et se stabilisant à l’indice 95. Les mesures d’allégement de charges pour les bas salaires ont enrichi le contenu de la croissance en emplois non qualifiés freinant la substitution capital travail. Par ailleurs, la forte croissance de la fin des années 90 a favorisé la hausse des ces emplois dans le tertiaire ;
Le document 17 insiste sur le rôle accru de la polyvalence des salariés. Les taches sont plus larges et enrichies et le salarié doit valoriser ses compétences à partir d’une intensification du travail. Celui qui reste à l’écart de ces exigences nouvelles se retrouve largement déclassé et exclu du système productif.
Le document 20 conforte ces constats en montrant que la progression des qualifications et la nécessaire maîtrise des TIC dans l’emploi renforce les inégalités de salaires entre les salariés, notamment aux EU. Le progrès technique profite beaucoup plus aux salariés qualifiés qui peuvent ainsi vendre leur savoir faire et leur savoir être alors que les autres se retrouvent relégués avec des rémunérations en baisse. Le marché sanctionnerait ainsi la faiblesse de leur productivité marginale par un déclassement salarial. La part du travail non qualifié décroît donc dans la richesse créée. Ce « biais technologique » favorise les salariés ayant des perspectives grâce à leur niveau élevé de formation générale. On assiste ainsi à l’essor des « working poors » aux Etats-Unis mais aussi en France (1/3 des SDF travaillent). Par ailleurs, l’ajustement se réalise par une forte progression du taux de chômage des plus fragilisés en termes de qualifications. Seule une formation générale initiale accrue peut limiter le CLD des moins qualifiés.
Le progrès technique actuel (qualifié de « troisième révolution industrielle ») se différencie de celui du fordisme des Trente Glorieuses qui s’appuyait sur la déqualification des tâches, la hausse de la productivité du travail non qualifié par la spécialisation et la parcellisation du travail. Le progrès actuel met plutôt en avant le savoir et le savoir être.
Par ailleurs, ce progrès technique qui se diffuse toujours plus vite se répand aujourd’hui dans le tertiaire avec l’informatisation qui permet un stockage plus grand de l’information, une accélération de traitement de ces informations et une mise en directe des opérateurs par Internet.
Enfin, ce progrès semble inexorable du fait de la concurrence extérieure qu’impose la mondialisation. Celle-ci, dans le contexte du capitalisme patrimonial, impose des rendements élevés qui fragilisent de nombreux secteurs « délocalisables ».